Crise systémique globale

2011 : L’année impitoyable, à la croisée des trois chemins du chaos mondial

- Communiqué public GEAB N°51 (15 janvier 2011) -

Ce numéro 51 du GEAB marque le cinquième anniversaire de la publication du Global Europe Anticipation Bulletin. Or, en Janvier 2006, à l’occasion du GEAB N°1, l’équipe de LEAP/E2020 indiquait à l’époque qu’une période de quatre à sept ans s’ouvrait qui serait caractérisée par la « Chute du Mur Dollar », phénomène analogue à celui de la chute du Mur de Berlin qui entraîna dans les années suivantes l’effondrement du bloc communiste, puis celui de l’URSS. Aujourd’hui, dans ce GEAB N°51 qui présente nos trente-deux anticipations pour l’année 2011, nous estimons que l’année à venir sera une année charnière dans ce processus s’étalant donc entre 2010 et 2013. Elle sera en tout état de cause une année impitoyable car elle va en effet marquer l’entrée dans la phase terminale du monde d’avant la crise (1).

Depuis Septembre 2008, moment où l’évidence de la nature globale et systémique de la crise s’est imposée à tous, les Etats-Unis, et derrière eux les pays occidentaux, se sont contentés de mesures palliatives qui n’ont fait que masquer les effets de sape de la crise sur les fondements du système international contemporain. 2011 va, selon notre équipe, marquer le moment crucial où d’une part ces mesures palliatives voient leur effet anesthésiant s’évanouir tandis que, au contraire, vont brutalement surgir au premier plan les conséquences de la dislocation systémique de ces dernières années (2).

En résumé, 2011 va être marquée par une série de chocs violents qui vont faire exploser les fausses protections mises en place depuis 2008 (3) et qui vont emporter un à un les « piliers » sur lesquels reposent depuis des décennies le « Mur Dollar ». Seuls les pays, collectivités, organisations et individus qui ont réellement entrepris depuis trois ans de tirer les leçons de la crise en cours pour s’éloigner au plus vite des modèles, valeurs et comportements d’avant la crise, traverseront cette année indemnes ; les autres vont être emportés dans le cortège de difficultés monétaires, financières, économiques, sociales et politiques que réserve 2011.

Ainsi, comme nous considérons que 2011 sera globalement l’année la plus chaotique depuis 2006, date du début de nos travaux sur la crise, notre équipe s’est concentrée dans le GEAB N°51 sur les 32 anticipations de l’année 2011, qui comportent également nombre de recommandations pour faire face aux chocs à venir. C’est ainsi une sorte de carte prévisionnelle des chocs financiers, monétaires, politiques, économiques et sociaux des douze prochains mois qu’offre ce numéro du GEAB.

Si notre équipe estime que 2011 sera l’année la plus terrible depuis 2006, date du début de notre travail d’anticipation de la crise systémique, c’est parce qu’elle est à la croisée des trois chemins du chaos mondial. Faute de traitement de fond des causes de la crise, depuis 2008 le monde n’a fait que reculer pour mieux sauter.

Un système international exsangue

Le premier chemin que la crise peut prendre pour générer un chaos mondial, c’est tout simplement un choc violent et imprévisible. L’état de délabrement du système international est désormais tellement avancé que sa cohésion est à la merci de toute catastrophe d’envergure (4). Il suffit de voir l’incapacité de la communauté internationale à efficacement aider Haïti depuis un an (5), des Etats-Unis à reconstruire la Nouvelle Orléans depuis six ans, de l’ONU à régler les problèmes du Darfour, de la Côte d’Ivoire depuis une décennie, des Etats-Unis à faire avancer la paix au Proche-Orient, de l’OTAN à battre les Talibans en Afghanistan, du Conseil de Sécurité à maîtriser les questions coréenne et iranienne, de l’Occident à stabiliser le Liban, du G20 à mettre fin à la crise mondiale qu’elle soit financière, alimentaire, économique, sociale, monétaire, … pour constater que sur l’ensemble de la palette des catastrophes climatiques et humanitaires, comme des crises économiques et sociales, le système international est désormais impuissant.

En fait, depuis le milieu des années 2000 au moins, l’ensemble des grands acteurs mondiaux, au premier rang desquels se trouvent bien entendu les Etats-Unis et son cortège de pays occidentaux, ne fait plus que de la communication, de la gesticulation. Dans la réalité, rien ne va plus : la bille des crises tourne et chacun retient son souffle pour qu’elle ne tombe pas sur sa case. Mais progressivement la multiplication des risques et des thèmes de crise ont transformé la roulette de casino en roulette russe. Pour LEAP/E2020, le monde entier commence à jouer à la roulette russe (6), ou plutôt à sa version 2011 « la roulette américaine », avec cinq balles dans le barillet.

Evolution mensuelle de l’indice Alimentation de la FAO (2010)
Evolution mensuelle des prix des principales denrées alimentaires (2009/2010)
(base 100 : moyenne 2002-2004)
Source : FAO/Crikey, 01/2011

L’envolée des prix des matières premières (alimentaires, énergétiques (7),…) doit nous rappeler 2008 (8). C’est en effet dans le semestre précédant l’effondrement de Lehman Brothers et de Wall Street que s’est situé le précédent épisode de fortes hausses des prix des matières premières. Et les causes actuelles sont de la même nature que celles d’hier : une fuite hors des actifs financiers et monétaires en faveur de placements « concrets ». Hier les gros opérateurs fuyaient les crédits hypothécaires et tout ce qui en dépendaient ainsi que le Dollar US ; aujourd’hui ils fuient l’ensemble des valeurs financières et les bons du Trésor (ç) et autres dettes publiques. Il faut donc s’attendre entre le Printemps 2011 et l’Automne 2011 à l’explosion de la quadruple bulle des bons du Trésor, des dettes publiques (10), des bilans bancaires (11) et de l’immobilier (américain, chinois, britannique, espagnol, … et commercial (12)) ; l’ensemble se déroulant sur fond de guerre monétaire exacerbée (13).

L’inflation induite par les Quantitative Easing américain, britannique et japonais et les mesures de stimulation des mêmes, des Européens et des Chinois va être l’un des facteurs déstabilisant de 2011 (14). Nous y revenons plus en détail dans ce GEAB N°51. Mais ce qui est désormais évident au regard de ce qui se passe en Tunisie (15), c’est que ce contexte mondial, notamment la hausse des prix des denrées et de l’énergie, débouche dorénavant sur des chocs sociaux et politiques radicaux (16). L’autre réalité que dévoile le cas tunisien, c’est l’impuissance des « parrains » français, italien ou américain pour empêcher l’effondrement d’un « régime-ami » (17).

Impuissance des principaux acteurs géopolitiques mondiaux

Et cette impuissance des principaux acteurs géopolitiques mondiaux est l’autre chemin que la crise peut utiliser pour générer un chaos mondial en 2011. En effet, on peut classer les principales puissances du G20 en deux groupes dont le point seul point commun est qu’ils ne parviennent pas à influencer les évènements de manière décisive.

D’un côté on a l’Occident moribond avec, d’une part, les Etats-Unis, dont l’année 2011 va démontrer que le leadership n’est plus qu’une fiction (voir dans ce GEAB N°51) et qui tentent de figer tout le système international dans sa configuration du début des années 2000 (18) ; et puis on a l’Euroland, « souverain » en gestation qui est actuellement essentiellement concentré sur son adaptation à son nouvel environnement (19) et son nouveau statut d’entité géopolitique émergente (20), et qui n’a donc ni l’énergie, ni la vision nécessaire pour peser sur les évènements mondiaux (21).

Et de l’autre côté, on trouve les BRIC (avec en particulier la Chine et la Russie) qui s’avèrent incapables pour l’instant de prendre le contrôle de tout ou partie du système international et dont la seule action se limite donc à saper discrètement ce qui reste des fondements de l’ordre d’avant la crise (22).

En fin de compte, c’est donc l’impuissance qui se généralise (23) au niveau de la communauté internationale, renforçant non seulement le risque de chocs majeurs, mais également l’importance des conséquences de ces chocs. Le monde de 2008 a été pris par surprise par le choc violent de la crise, mais le système international était paradoxalement mieux équipé pour réagir car organisé autour d’un leader incontesté (24). En 2011, ça n’est plus le cas : non seulement il n’y a plus de leader incontesté, mais le système est exsangue comme on l’a vu précédemment. Et la situation est encore aggravée par le fait que les sociétés d’un grand nombre de pays de la planète sont au bord de la rupture socio-économique.

Evolution du prix de l’essence aux Etats-Unis (2009-2011)
Source : GasBuddy, 01/2011

Des sociétés au bord de la rupture socio-économique

C’est en particulier le cas aux Etats-Unis et en Europe où trois ans de crise commencent à peser très lourd dans la balance socio-économique, et donc politique. Les ménages américains désormais insolvables par dizaines de millions oscillent entre pauvreté subie (25) et rage anti-système. Les citoyens européens, coincés entre chômage et démantèlement de l’Etat-providence (26), commencent à refuser de payer les additions des crises financières et budgétaires et entreprennent de chercher des coupables (banques, Euro, partis politiques de gouvernement, …).

Mais parmi les puissances émergentes aussi, la transition violente que constitue la crise conduit les sociétés vers des situations de rupture : en Chine, la nécessité de maîtriser les bulles financières en développement se heurte au désir d’enrichissement de secteurs entiers de la société comme au besoin d’emploi de dizaines de millions de travailleurs précaires ; en Russie, la faiblesse du filet social s’accommode mal de l’enrichissement des élites, tout comme en Algérie agitée par des émeutes. En Turquie, au Brésil, en Inde, partout la transition rapide que connaissent ces pays déclenche émeutes, protestations, attentats. Pour des raisons parfois antinomiques, développement pour les unes, appauvrissement pour les autres, un peu partout sur la planète nos différentes sociétés abordent 2011 dans un contexte de fortes tensions, de ruptures socio-économiques qui en font donc des poudrières politiques.

C’est sa position à la croisée de ces trois chemins qui fait ainsi de 2011 une année impitoyable. Et impitoyable elle le sera pour les Etats (et les collectivités locales) qui ont choisi de ne pas tirer les difficiles leçons des trois années de crise qui ont précédé et/ou qui se sont contentés de changements cosmétiques ne modifiant en rien leurs déséquilibres fondamentaux. Elle le sera aussi pour les entreprises (et pour les Etats (27)) qui ont cru que l’embellie de 2010 était le signe d’un retour « à la normale » de l’économie mondiale. Et enfin elle le sera pour les investisseurs qui n’ont pas compris que les valeurs d’hier (titres, monnaies, ….) ne pouvaient pas être celles de demain (en tout cas pour plusieurs années). L’Histoire est généralement « bonne fille ». Elle donne souvent un coup de semonce avant de balayer le passé. Cette fois-ci, elle a donné le coup de semonce en 2008. Nous estimons qu’en 2011, elle donnera le coup de balai. Seuls les acteurs qui ont entrepris, même laborieusement, même partiellement, de s’adapter aux nouvelles conditions générées par la crise pourront tenir ; pour les autres le chaos est au bout du chemin.

Notes :

(1) Ou du monde tel qu’on le connaît depuis 1945 pour reprendre notre description de 2006.

(2) La récente décision du ministère du Travail américain d’étendre à cinq ans la mesure du chômage de longue durée dans les statistiques de l’emploi US, au lieu du maximum de deux ans jusqu’à maintenant, est un bon indicateur de l’entrée dans une étape nouvelle de la crise, une étape qui voit disparaître les « habitudes » du monde d’avant. D’ailleurs, le gouvernement américain cite « la montée sans précédent » du chômage de longue durée pour justifier cette décision. Source : , 28/12/2010

(3) Ces mesures (monétaires, financières, économiques, budgétaires, stratégiques) sont désormais étroitement connectées. C’est pourquoi elles seront emportées dans une série de chocs successifs.

(4) Source : The Independent, 13/01/2011

(5) C’est même pire puisque c’est l’aide internationale qui a apporté le choléra dans l’île, faisant des milliers de morts.

(6) D’ailleurs Timothy Geithner, le ministre américain des Finances, peu connu pour son imagination débordante, vient d’indiquer que « le gouvernement américain pouvait avoir à nouveau à faire des choses exceptionnelles », en référence au plan de sauvetage des banques de 2008. Source : MarketWatch, 13/01/2011

(7) D’ailleurs l’Inde et l’Iran sont en train de préparer un système d’échange « or contre pétrole » pour tenter d’éviter des ruptures d’approvisionnement. Source :Times of India, 08/01/2011

(8) L’indice FAO des prix alimentaires vient de dépasser en Janvier 2011 (à 215) son précédent record de Mai 2008 (à 214).

(9) Les banques de Wall Street se débarrassent actuellement à très grande vitesse (sans équivalent depuis 2004) de leurs Bons du Trésor US. Leur explication officielle est « l’amélioration remarquable de l’économie US qui ne justifie plus de se réfugier sur les Bons du Trésor ». Bien entendu, vous êtes libres de les croire comme le fait le journaliste de Bloomberg du 10/01/2011

(10) Ainsi l’Euroland avance déjà à grand pas sur le chemin décrit dans le GEAB N°50 d’une décote en cas de refinancement des dettes d’un Etat-membre ; tandis que désormais les dettes japonaise et américaine s’apprêtent à entrer dans la tourmente. Sources : Bloomberg, 07/01/2011 ; Telegraph, 05/01/2011

(11) Nous estimons que d’une manière générale les bilans des grandes banques mondiales contiennent au moins 50% d’actifs-fantômes dont l’année à venir va imposer une décote de 20% à 40% du fait du retour de la récession mondiale avec l’austérité, de la montée des défauts sur les prêts des ménages, des entreprises, des collectivités, des Etats, des guerres monétaires et de la reprise de la chute de l’immobilier. Les « stress-tests » américain, européen, chinois, japonais ou autres peuvent toujours continuer à tenter de rassurer les marchés avec des scénarios « Bisounours » sauf que cette année c’est « Alien contre Predator » qui est au programme des banques. Source : Forbes, 12/01/2011

(12) Chacun de ces marchés immobiliers va encore fortement baisser en 2011 pour ceux qui ont déjà entamer leur chute ces dernières années, ou dans le cas chinois, va entamer son dégonflement brutal sur fond de ralentissement économique et de rigueur monétaire.

(13) L’économie japonaise est d’ailleurs l’une des premières victimes de cette guerre des monnaies, avec 76% des chefs d’entreprises des 110 grandes sociétés nippones sondées par Kyodo News se déclarant désormais pessimistes pour la croissance japonaise en 2011 suite à la hausse du Yen. Source : JapanTimes, 04/01/2011

(14) Voici quelques exemples édifiants rassemblés par l’excellent John Rubino. Source : DollarCollapse, 08/01/2011

(15) Pour rappel, dans le GEAB N°48, du 15/10/2010, nous avions classé la Tunisie dans les « pays à risques importants » pour 2011.

(16) Nul doute d’ailleurs que l’exemple tunisien génère une salve de réévaluation parmi les agences de notation et les « experts en géopolitiques » qui, comme d’habitude, n’ont rien vu venir. Le cas tunisien illustre également le fait que ce sont désormais les pays satellites de l’Occident en général, et des Etats-Unis en particulier, qui sont sur le chemin des chocs de 2011 et des années à venir. Et il confirme ce que nous répétons régulièrement, une crise accélère tous les processus historiques. Le régime Ben Ali, vieux de vingt-trois ans, s’est effondré en quelques semaines. Quand l’obsolescence politique est là, tout bascule vite. Or c’est l’ensemble des régimes arabes pro-occidentaux qui est désormais obsolète à l’aune des évènements de Tunisie.

(17) Nul doute que cette paralysie des « parrains occidentaux » va être soigneusement analysée à Rabat, au Caire, à Djeddah et Amman par exemple.

(18) Configuration qui leur était la plus favorable puisque sans contrepoids à leur influence.

(19) Nous y revenons plus en détail dans ce numéro du GEAB, mais vu de Chine, on ne s’y trompe pas. Source : Xinhua, 02/01/2011

(20) Petit à petit les Européens découvrent qu’ils sont dépendants d’autres centres de pouvoir que Washington. Pékin, Moscou, Brasilia, New Delhi, … entrent très lentement dans le paysage des partenaires essentiels. Source : La Tribune, 05/01/2011 ; Libération, 24/12/2010 ; El Pais, 05/01/2011

(21) Toute l’énergie du Japon est concentrée sur sa tentative désespérée de résister à l’attraction chinoise. Quant aux autres pays occidentaux, ils ne sont pas en mesure d’influer significativement sur les tendances mondiales.

(22) La place du Dollar US dans le système mondial fait partie de ces derniers fondements que les BRIC érodent activement jour après jour.

(23) En matière de déficit, le cas américain est exemplaire. Au-delà du discours, tout continue comme avant la crise avec un déficit en gonflement exponentiel. Pourtant même le FMI tire désormais la sonnette d’alarme. Source : Reuters, 08/01/2011

(24) D’ailleurs même MarketWatch du 12/01/2011, se faisant l’écho du Forum de Davos, s’inquiète de l’absence de coordination internationale, qui est en soi un risque majeur pour l’économie mondiale.

(25) Des millions d’Américains découvrent les banques alimentaires pour la première fois de leur vie, tandis qu’en Californie, comme dans de nombreux autres états, le système éducatif se désagrège rapidement. En Illinois, les études sur le déficit de l’Etat le comparent désormais au Titanic. 2010 bat le record des saisies immobilières. Sources : Alternet, 27/12/2010 ; CNN, 08/01/2011 ; IGPA-Illinois, 01/2011 ; LADailyNews, 13/01/2011

(26) L’Irlande qui est face à une reconstruction pure et simple de son économie est un bon exemple de situations à venir. Mais même l’Allemagne, aux résultats économiques pourtant remarquables actuellement, n’échappe pas à cette évolution comme le montre la crise du financement des activités culturelles. Tandis qu’au Royaume-Uni, des millions de retraités voient leurs revenus amputés pour la troisième année consécutive. Sources : Irish Times, 31/12/2010 ; Deutsche Welle, 03/01/2011 ; Telegraph, 13/01/2011

(27) A ce sujet, les dirigeants américains confirment qu’ils foncent tout droit dans le mur des dettes publiques, faute d’anticiper les difficultés. En effet la récente déclaration de Ben Bernanke, le patron de la FED, dans laquelle il affirme que la Fed n’aidera pas les Etats (30% de baisse des revenus fiscaux en 2009 d’après le Washington Post du 05/01/2011) et les villes qui croulent sous les dettes, tout comme la décision du Congrès d’arrêter l’émission des « Build American Bonds » qui ont évité aux Etats de faire faillite ces deux dernières années, illustrent un aveuglement de Washington qui n’a d’équivalent que celui dont Washington a fait preuve en 2007/2008 face à la montée des conséquences de la crise des « subprimes ». Sources : Bloomberg, 07/01/2011 ; WashingtonBlog 13/01/2011a

(source : Laboratoire Européen d’Anticipation Politique – LEAP)

6 commentaires pour “2011: L’année impitoyable, à la croisée des chemins du chaos mondial”
  1. La fin du monde ?

    La réalité, c’est que nous vivons la fin d’un monde. Celle-ci n’est pas soudaine comme un tremblement de terre ou un cyclone, même si elle est aussi brutale. Elle s’étale sur plusieurs années, ce qui la rend insidieuse. C’est une révolution de nos manières de vivre, ce qui ne serait pas si grave si elle n’était accompagnée d’une révolution de nos valeurs et de nos manières de nous comporter, de penser. Nous gardons encore la tête dans le monde précédent qui nous a façonnés.

    Et personne ne sait, bien entendu, dans quelle société nous vivrons à l’issue de cette révolution, dont aucun « expert », aucun gouvernement ne peut fixer l’échéance.

    Bill Bonner compare souvent notre époque à la fin de l’Empire romain. S’il a raison — et tout porte à croire que oui --, la crise est une mue, et va s’étirer sur des décennies. Peut-être plus… C’est à un changement de domination du monde que nous assistons.

    La belle histoire du modèle occidental

    L’Histoire nous éclaire pourtant de manière lumineuse. Allez, faites comme moi, regardez un peu dans le rétroviseur :

    • Il faudra environ 500 ans entre la fin de l’Empire romain et l’établissement d’une féodalité structurée. Grâce à celle-ci, une économie marchande se développe en Europe.

    • Encore 500 ans, et une nouvelle révolution arrive avec l’imprimerie (la communication, déjà !) et les grandes découvertes, donnant un nouvel élan au commerce.

    • Encore un peu moins de 300 ans et c’est la Révolution française, une révolution des valeurs morales autant qu’une révolution politique qui entraîne l’Europe…

    • Et très vite suivie d’une révolution économique dite « industrielle » avec l’utilisation de la vapeur et les débuts de la mécanisation. L’Occident se plaît à affirmer des valeurs nouvelles comme les Droits de l’homme, le droit à la propriété, la souveraineté des nations.

    • Un siècle de plus, et l’automobile, l’aviation, l’électricité, l’atome, changent complètement nos conditions de vie, nos habitudes, nos façons de penser.

    • Encore 60 ans environ, et c’est la révolution Internet.

    Vous l’avez remarqué, au cours de ce survol, tout s’accélère. A chaque fois, des métiers ont disparu, des populations ont subi la brutalité du changement, des peuples se sont déplacés par la force des choses ou à la recherche d’un monde meilleur. Les guerres, intercalées entre les crises plus ou moins profondes, se sont révélées être des facteurs d’accélération de croissance et de progrès. Mais pendant toute cette histoire, c’est le modèle occidental qui a dominé — aussi bien moralement qu’économiquement. En dépit des drames à répétition (guerres, génocides, accidents), les Occidentaux ont largement bénéficié de cette évolution, sous le regard étonné ou envieux des autres continents.

    Grâce (à cause des ?) aux progrès économiques, les changements sociaux qui se sont produits au cours des deux derniers siècles ont été considérables. Le niveau de vie s’est très largement amélioré, pour tous. Une civilisation des loisirs s’est imposée avec la satisfaction des revendications des salariés à partager les fruits de la croissance. Un bouleversement des valeurs a accompagné la réorganisation de la société en une nouvelle hiérarchie de groupes sociaux, tandis que l’individualisme s’installe — souvent doublé d’égoïsme. Mais c’est une autre histoire…

    Aujourd’hui, un nouveau changement s’opère, mais pas chez nous.

    Dérive des comportements et piège diabolique

    De progrès en progrès, les Occidentaux en sont arrivés à considérer que leur style de vie était la norme, un acquis indestructible, une sorte d’état naturel — oubliant que les 2.000 ans d’Histoire sont jalonnés d’efforts, de souffrance, de drames, de tragédies.

    De la sûreté de soi à l’arrogance, il n’y a qu’un pas vite franchi. Vivant dans une société basée sur les services, l’Occidental veut être servi, tout lui est dû, et tout de suite car il a la conviction de payer pour ça. Devenu consommateur frénétique de choses comme d’idées, toutes se succèdent à un rythme effréné. « Tout passe, tout lasse, tout casse », mais pourvu que ce soit vite. Nous sommes au royaume de l’éphémère. Tout est consommable, tout est jetable. C’est un des éléments très importants que vous devez prendre en compte en matière d’investissement.

    Comme tout va plus vite, l’individu, affirmant son libre arbitre en tout domaine, devient par nécessité migrant ou nomade, ce à quoi il est encouragé par les outils technologiques modernes. En Occident, on en est fier, car l’on pense que c’est une manifestation de liberté et de démocratie. C’est également une tendance majeure qui infléchit nos investissements.

    Comme pour les Romains du cinquième siècle, l’avachissement, la veulerie, la recherche de la jouissance permanente, l’hédonisme exacerbé, emportent tout sur leur passage, d’autant que la classe politique y participe comme pour masquer son impuissance et son manque de tribuns.

    Profiter en échange de rien, vivre à crédit, est devenu un réflexe. La fuite en avant — qui consiste à distribuer ce que l’on n’a pas et que l’on emprunte --, a certes permis d’acheter la paix sociale pendant longtemps, mais le réveil est douloureux pour tout le monde lorsque le robinet se ferme. A l’aune des bonus mirobolants, les banquiers de toutes sortes se tendent à eux-mêmes ainsi qu’à tous les autres, le piège diabolique de l’excès de dette, fruit du cynisme de l’époque et de la cupidité ambiante. Et comme toujours, les aigrefins rôdent…

    Comme toujours, on cherche des coupables. Alan Greenspan ? Goldman Sachs ? Les banques ? Oui, le monde de la finance s’est pris pour une industrie à part entière, oubliant que son rôle était de recevoir des dépôts et de faire des prêts appropriés aux acteurs de l’économie. Point barre… Mais tout cela n’aurait pas été possible sans les défaillances morales et sociétales évoquées plus haut.

    « Les caves se rebiffent »

    Et soudain, confortablement installés dans cette dynamique, voilà que la mécanique se grippe. On s’émeut que notre chère croissance se fonde sur l’utilisation massive des ressources naturelles jusqu’à épuisement. La nature, bousculée, saccagée, semble se rebiffer par une modification du climat aux conséquences inquiétantes et parfois déjà dramatiques. On réalise que nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir notre part de gâteau, de profits, de plaisir.

    Pour couronner le tout, voilà que les peuples du Reste du Monde, jusque-là ignorés, se mettent en tête de rejoindre le même mode de vie. Voilà qu’ils sont toujours de plus en plus nombreux. Sur le compteur de l’INED, c’est 150 habitants du monde en plus à chaque minute, principalement nés dans ces pays. Pendant que l’Occident se gorge de plaisirs, ils travaillent comme en Europe il y a deux siècles, sans protection sociale décente, mais avec pour seules vertus le courage, l’épargne, et l’ambition.

    Dans l’ombre, sans bruit, en quelques décennies, ils ont effectué les travaux délaissés par l’Occident et constitué un trésor de guerre à ses dépens. L’Occidental médusé découvre alors que ses propres crédits lui sont souvent consentis par ces peuples lointains !

    Les repères s’effacent, la boussole s’affole

    Les repères disparaissent, les valeurs traditionnelles s’estompent, on ne produit plus de la même manière, on pense autrement, on doute là où on croyait. Et l’Histoire nous apprend que les longues périodes de grandes mutations se sont souvent accompagnées de guerres.

    Notre monde, qui paraissait tellement solide qu’il aurait dû être éternel, se délite lentement sous nos yeux, avec des accélérations inattendues. Les illusions ont encore du mal à se dissiper. La rage et le désespoir s’empare des plus fragiles, qui se révoltent contre ce qu’ils ressentent comme une injustice : quoi ! à peine pris l’ascenseur social, il faut envisager de redescendre ? D’autres succombent à la nostalgie des années 70, 60 ou 50.

    Dans le même temps, les hommes voyagent, se mélangent, s’interconnectent dans des proportions inimaginables il y a encore peu de temps. Pourtant, tout cela était en germe quand le premier homme a marché sur la Lune, grâce aux ordinateurs et à la technologie — mais nous ne nous en rendions pas compte. Certains s’en enthousiasment, mais pas tous. Un plus grand nombre s’angoisse devant l’avenir qui bien sûr, est incertain… comme il l’a toujours été, en réalité.

    Autre tendance qui émerge de ces nouvelles sociétés : les réseaux sociaux se multiplient, alors que la solitude est toujours plus grande dans les pays développés. Du coup, on se tourne vers les ONG — ces bons samaritains des temps modernes — ou vers ces organisations supra-nationales longtemps honnies (ONU, FMI, Banque mondiale, G8, G20…) comme vers des sauveurs de ce qui peut encore l’être. Pendant toute cette évolution, du moins sur la période récente où les économistes ont pu tenir des statistiques, un concept revient sans arrêt, nous l’avons vu : celui de la croissance.

    Selon la Banque de Ressources Interactives en Sciences Economiques et Sociales, la croissance était nulle jusqu’à la révolution de l’imprimerie. Il y avait simplement des années bonnes ou mauvaises dans un monde agricole et artisanal. Ensuite, jusqu’à la Révolution française, elle aurait été très faible, de l’ordre de 0,1% par an ! C’est la révolution industrielle qui suscite des taux de croissance comparables à ceux mesurés au XXe siècle.

    La croissance de l’Europe occidentale entre la fin de la Deuxième guerre mondiale et 1973 (les Trente Glorieuses) était exceptionnelle. Depuis la Deuxième guerre mondiale, la croissance des pays européens a été plus rapide que celle des autres pays du monde, en particulier sur cette période, comme cela s’était déjà produit au moment de la Révolution industrielle.

    Mais sans que nous nous en rendions compte, le témoin a été récemment transmis à d’autres acteurs du monde qui ont pris le relais…

  2. dit :

    Pourquoi le FMI est nul et ignore la prochaine crise.

    ▪ Quand tout le monde pense la même chose, personne ne pense

    Le FMI n’a pas vu venir la crise du crédit subprime. Pourquoi de grands cerveaux au service d’une organisation dotée de grands moyens n’ont-ils pas tiré la sonnette d’alarme à temps ?

    Pas plus tard qu’en juillet 2007, les services du FMI estimaient que « l’expansion mondiale reste[rait] forte » et revoyaient à la hausse les perspectives de croissance tout en attirant l’attention sur les vulnérabilités croissantes de certains marchés émergents. Les turbulences du marché financier du début 2007 ont été vues comme « ne justifiant pas une révision fondamentale des perspectives mondiales » (mars 2007).

    Pourquoi ?

    La réponse est contenue dans un . Comme j’ai lu ces 67 pages, je ne vais pas tout de suite vous donner la réponse. Il n’y a aucune raison, cher lecteur, pour que vous accédiez à la Vérité sans Peine. C’est très malsain.

    Sachez donc que ce rapport a été rédigé par le Bureau indépendant d’évaluation du Fonds monétaire international, BIE pour les intimes. C’est un peu ce que sont les « boeufs-carottes » à la police nationale, la Cour des comptes au gouvernement français. Son titre est : Evaluation de l’action du FMI au cours de la période qui a précédé la crise financière et économique mondiale – La surveillance du FMI en 2004-07.

    Toutes les réponses se trouvent concentrées dans la partie IV du rapport : « Comment expliquer l’absence d’un avertissement clair du FMI ».

    ▪ Le FMI est nul car il pratique la pensée unique

    En fait, le rapport ne le dit pas exactement comme je le dis. Il parle de faiblesses analytiques. « Ces faiblesses sont globalement de deux types : pensée doctrinaire et autres postulats intellectuels ; méthodes d’analyse/connaissances incomplètes ».

    Une « pensée doctrinaire… dominante au sein des services du FMI… était que la discipline et l’autorégulation du marché suffiraient à écarter tout problème majeur des institutions financières ».

    Alors là, cher lecteur, du fond de ma tanière tapissée des coupures de presse annonçant la faillite prochaine des pays riches de dettes, je suffoque d’indignation.

    Supposons. Vous êtes employé d’une honorable et digne OSG (organisation supra gouvernementale) de surveillance financière (rien à voir avec le FMI). Les études et mémoires internes s’amoncèlent sur votre bureau pour conclure qu’il n’y a rien à surveiller vu que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

    Vous croyez à ces épais rapports. Ils vous ont hypnotisé et vous avez parfois eu la paupière lourde en les lisant. Vous ignorez tout des bulles qui se sont succédé durant l’histoire financière. Bulles dont l’existence même prouve que l’efficience des marchés est une foutaise (bullshit, en bon américain). Jusque-là, rien de mal, il est permis d’être naïf, ignare et employé d’une OSG…

    Mais, si vous êtes vraiment honnête, vous demandez votre mutation à un endroit où vous pourriez être utile, travailler vraiment, non ? Vous gaspilleriez, vous, l’argent de l’Internationale des Contribuables sans remord aucun ?

    A moins que vous n’ayez l’idée de voir un peu si à l’extérieur on pense comme à l’intérieur. Mais ça, explique notre rapport, ce n’est pas possible à cause du « biais de confirmation, propension cognitive bien connue à ne tenir compte que des informations qui corroborent un postulat et à ignorer les données qui l’infirment ».

    ▪ Le FMI est nul parce que c’est un grand machin autiste

    « Les services du FMI ont tendance à ne pas échanger les informations et à ne pas se concerter entre collègues au-delà de l’unité à laquelle ils appartiennent ». Pas terrible, ça. Le FMI doit manquer de machines à café.

    « Les rapports ont rarement fait référence à des travaux d’analystes extérieurs signalant les risques croissants des marchés financiers ». Pas génial non plus. Mais ça peut s’arranger, le FMI peut s’abonner à MoneyWeek en versions anglaise et française. On peut en mettre une pile au pied des machines à café.

    ▪ Le FMI est nul parce que le franc-parler y est puni

    « Les membres du personnel ont indiqué que les incitations conduisent à s’aligner sur l’opinion dominante au FMI… L’affirmation d’opinions dissidentes peut nuire à une carrière (…). L’expression d’opinions conformes n’est jamais pénalisée, même si elles se révèlent erronées par la suite ».

    Eh oui, mieux vaut se tromper avec tout le monde que d’avoir raison tout seul. C’est plus confortable de jouer « the trend is your friend » que de vouloir être contrarien.

    ▪ Le FMI est nul parce qu’il y a des guerres de chefaillons

    « Les luttes de préséance, étroitement liées à la question du cloisonnement et du cadre incitatif, ont été signalées comme un obstacle majeur à la coopération et à la collaboration entre les services ». Selon un cadre chevronné, « le FMI fonctionne comme un ensemble de petites chefferies/clans ».

    ▪ Le FMI est nul car c’est un béni-oui-oui à la botte des grands pays

    « Il est impossible de faire usage de franc-parler face aux autorités » étant donné que « les gouvernements sont les actionnaires de l’entreprise ».

    En clair, le FMI est soumis à des pressions politiques. Pas les Etats-Unis, non : les services et la direction du FMI ont indiqué ne pas recevoir de pressions directes en vue de modifier les messages issus des missions ». Mais plutôt d’autres pays avancés pour lesquels « il est arrivé que des autorités adoptent des méthodes insistantes, exerçant des pressions explicites pour atténuer des messages critiques ». Selon les termes d’un membre du personnel affecté à un grand pays, il était « difficile de faire un constat critique, même lorsque celui-ci était étayé par une analyse en bonne et due forme (…) les réunions de fin de mission se résumant essentiellement à des séances de négociation sur des questions de formulation ».

    Le FMI semble donc mal parti pour nous alerter de la prochaine crise, celle de la dette souveraine et de la faillite de gros Etats. Il lui manque toujours les cadres capables de fournir « l’impulsion intellectuelle nécessaire pour effectuer du travail de haute qualité ».

    Bien inquiétant tout ça…

  3. Les larmes de crocodile de la Banque mondiale.

    Rien de neuf sous le soleil. La terrifiante inflation des prix, grâce à la monstrueuse inflation de la masse monétaire causée par la Réserve fédérale et sa création d’une Sacrée Quantité d’Argent (SQA) ces dernières décennies, m’a poussé à m’aventurer vers le dangereux précipice qui sépare le fait d’être simplement bizarre et odieux de celui d’être un fou furieux hurlant depuis le toit : « nous sommes tous foutus ! »

    Bien entendu, je tonne également : « achetez de l’or et de l’argent ! Achetez de l’or et de l’argent ! Achetez de l’or et de l’argent ! » jusqu’à ce que ma voix s’éraille et que ma gorge me fasse mal — mais ces paroles de sagesse et de salut financier se perdent dans les rugissements de la foule assemblée, qui crie « vas-y, saute ! », et j’essaie de crier assez fort pour leur dire qu’ils se trompent entièrement et que « je n’ai pas la moindre intention de me jeter dans le vide, bande de crétins ! Mais si vous n’achetez pas d’or et d’argent-métal contre l’horrible inflation de prix déchaînée par la Réserve fédérale, alors, de manière assez ironique, c’est VOUS qui allez tout droit à la mort financière ! Hahaha ! Allez au diable, tous autant que vous êtes ! »

    J’ai même jeté quelques exemplaires de l’essai A Vale of Dollars, par Joel Bowman, du Daily Reckoning, dans lequel il écrit : « selon des données publiées par la Banque mondiale, les prix de la nourriture ont grimpé de pas moins de 15% entre octobre et janvier. L’indice alimentaire de la Banque mondiale n’est plus qu’à 3% de son record de 2008″.

    Cette révélation a fini par causer des discussions parmi les quelques membres de la foule sachant lire, et les appels à me voir sauter ont commencé à s’affaiblir tandis que les gens commençaient à parler des coûts de l’alimentation et du carburant.

    En ce qui me concerne, je me suis tu lorsque M. Bowman a noté que « ce pic des prix a poussé » le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, à sortir, je suppose, de la brume néo-keynésienne qui embrouille son apparente stupidité congénitale pour remarquer que « les prix mondiaux de l’alimentation grimpent à des niveaux dangereux et menacent des dizaines de millions de pauvres ».

    Pour commencer, je dois dire que M. Zoellick fait une nouvelle fois preuve d’un manque total et stupéfiant du sens des réalités en estimant — c’est risible — que « des dizaines de millions » de personnes subiront la hausse des prix de l’immobilier, parce que ce chiffre sera en fait 10 fois plus élevé au moins, voire cent fois, ou même (plus probable) des centaines de fois plus élevé que cette estimation ridiculement basse, dans la mesure où tout le monde sur Cette Foutue Planète (CFP) sera, à un degré ou à un autre, affecté par l’inflation des prix de l’alimentation puisqu’il y a très très peu de gens sur la Foutue Planète sus-mentionnée n’étant absolument pas affectés par une montée en flèche des prix de l’alimentation.

    Et donc, une fois encore, quel crétin ! Même si c’est ce qu’on peut attendre de lui, puisqu’il a allègrement participé à toute cette folie monétaire depuis le début, de manière à être une cause directe de la misère économique mondiale !

    Dommage que M. Zoellick n’ait pas anticipé tout ça, comme l’avait fait la Théorie autrichienne des cycles économiques il y a des années de ça en disant quelque chose comme « les masse monétaires mondiales grimpent à des niveaux dangereux et menacent des dizaines de millions de pauvres », même si, même à l’époque, ça aurait été un grossier euphémisme, mais sur la bonne voie, quand même.

    Au cas où vous penseriez que j’ai une si mauvaise opinion de M. Zoellick parce que je suis de nature intrinsèquement haineuse, la lettre Daily Bell a demandé à John Perkins, auteur du best-seller Les confessions d’un assassin financier, son opinion sur la Banque mondiale.

    A quoi il a répondu : « la Banque mondiale est l’outil d’assassins financiers, cela ne fait aucun doute. C’est l’outil des grandes corporations, du FMI et d’une bonne partie des services de renseignements américains, la CIA et la NSA. En gros, le travail de toutes ces organisations est d’aider ce qui n’étaient que des entreprises américaines — que nous appelons désormais des multinationales — à s’établir dans le reste du monde de manière à pouvoir exploiter les ressources planétaires — naturelles et humaines ».

    Et voilà que M. Zoellick verse des larmes de crocodile sur les pauvres qui doivent payer des prix plus élevés après que lui, un éminent banquier, a encouragé et favorisé la création de tout l’excès monétaire permettant de financer la prise de contrôle des « ressources planétaires — naturelles et humaines » qui a fait grimper les prix ? Hahahaha ! Non, vraiment, c’est trop ! Hahahahaha !

    M’essuyant les yeux, je note que cette sorte de traîtrise de la part des banques et des banquiers est ce qui, je suppose, a poussé George Bernard Shaw à dire : « il faut choisir entre faire confiance à la stabilité naturelle de l’or et à la stabilité naturelle de l’honnêteté et de l’intelligence des membres du gouvernement. Et, avec tout le respect que je dois à ces messieurs, je vous conseille, tant que dure le système capitaliste, de voter pour l’or ».

    Et c’est aussi ce qui me pousse à dire : « achetez de l’or, de l’argent-métal et des actions pétrolières lorsque votre gouvernement stupide permet à la démoniaque Réserve fédérale de continuer à créer des quantités vertigineuses d’argent, semaine après semaine, mois après mois, année après année, décennie après décennie ! »

    Et tandis que M. Shaw tout comme moi sommes d’accord pour dire qu’acheter de l’or est LA chose à faire, il n’y a hélas pas de preuve montrant M. Shaw disant : « youpi ! Investir c’est facile » — même si je pense qu’il serait au moins d’accord sur le fait que c’est facile ! Youpi !

  4. Bill Bonner dit :

    En Irlande, la dette est tenue à bout de bras par l’Europe.

    « L’Irlande est ruinée », a dit notre chauffeur de taxi.

    Nous aimons interroger les chauffeurs de taxis sur l’état de l’économie. Ce n’est pas qu’ils en sachent plus long que l’économiste moyen, mais ils parlent aux gens. Sans caméras ou dictaphones en arrière-plan. Et ils ont leur propre entreprise. Lorsque tout va bien, les gens prennent le taxi. Lorsque les temps sont durs, ils prennent le bus.

    « Mon p***** de revenu a été divisé par deux. La majeure partie de mes courses, ce sont des gens qui sont en voyage d’affaires… ou des gens qui vont travailler. Mais en ce moment, qui fait des affaires ? Qui travaille ? »

    « Les promoteurs immobiliers et les banquiers ont ruiné le pays. Ils ont fait grimper les prix. Ensuite, qu’a fait le gouvernement ? Ils n’en ont pas la moindre idée. Le gars à la tête des affaires financières irlandaises est un ancien instituteur. Je n’ai rien contre les instituteurs, mais que sait-il de la finance ? Et le voilà en train de négocier avec les Allemands ».

    « Les Allemands, eux, ils savent ce qu’ils font. Ils ne veulent pas financer nos erreurs. Qui pourrait leur en vouloir ? »

    De bien des manières, la Grande Correction frappe l’Irlande plus durement que les Etats-Unis. Les Irlandais ont beaucoup trop construit et emprunté… et se sont perdus au pays des rêves.

    « Nous sommes des rêveurs, je suppose. Et des conteurs. C’est une histoire de statut, en Irlande. Entrez dans un bar. Cherchez le gars qui a le plus de personnes autour de lui. C’est lui, le grand homme du coin. Pas le docteur. Pas le politicien. Pas le millionnaire ».

    « Nous sommes des rêveurs et des conteurs… et nous finissons par croire à nos propres histoires ».

    Les Irlandais rêvent grand. La république n’est pas assez grande pour eux. Ils vont donc à l’étranger. Ils ne sont plus que quatre millions sur leur île. Quelque 60 millions de leurs descendants — la diaspora irlandaise — vivent aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, en Argentine et ailleurs. Votre correspondant est l’un d’entre eux.

    Pour la première fois depuis plus d’une décennie, les Irlandais émigrent à nouveau.

    « Si vous êtes un jeune intelligent, que faire d’autre ? C’est triste pour les familles. Mais l’Irlande n’a rien à leur offrir. Ils doivent partir. Et généralement, ils ne reviennent pas ».

    Nous sommes allé ouvrir un compte à la Bank of Ireland.

    « Ils ont dû être contents de vous voir », nous a dit un collègue. « Vous devez être la première personne à ouvrir un compte depuis des années. Le reste d’entre nous sort son argent. Toutes les banques d’Irlande sont insolvables, et tout le monde le sait ».

    « En tout cas, il n’y avait pas de file d’attente », avons-nous répondu.

    Nous sommes arrivé aux portes de la banque à 10h00 du matin. Nous avons sonné (la banque n’ouvrait pas avant 10h30, mais nous avions rendez-vous). Un homme âgé, d’allure digne, portant pull-over et cravate, a ouvert la lourde porte de chêne.

    Nous avons dit pourquoi nous étions là.

    « Ah, oui… elle vous attend ».

    Devant nous se tenait une jolie femme d’une trentaine d’années. Bien habillée, bien coiffée.

    « Est-ce que je perdrai de l’argent si la banque fait faillite ? » avons-nous demandé.

    « Ha ha… aucune chance que ça arrive », nous a-t-elle répondu, avec l’air d’intense sincérité qu’on associe généralement aux vendeurs d’aspirateurs et aux fous furieux. « Je suppose qu’on pourrait dire que nous sommes déjà insolvables, techniquement. Mais nous avons un accord avec la Banque centrale européenne. Nous avons une ligne de crédit. Nous ne ferons pas faillite. Et même si cela arrivait, votre argent est protégé par un programme du gouvernement irlandais couvrant les déposants à hauteur de 100.000 euros ».

    « Mais le gouvernement irlandais n’est-il pas insolvable lui aussi ? »

    « Ha ha… eh bien, je suppose que oui. Techniquement. Mais c’est pareil pour votre gouvernement américain, non ? Enfin, c’est juste techniquement. Le système tout entier ne va pas faire faillite. Nous sommes soutenus par l’Europe. Et l’Europe ne veut pas que l’Irlande fasse faillite.

    Elle avait raison sur ce sujet. L’Europe ne veut pas que l’Irlande fasse faillite. Parce que les dettes de l’Irlande sont le crédit des banques allemandes et françaises. Si on laissait l’Irlande faire défaut sur ses dettes, toute l’affaire tomberait en pièces.

    L’Irlande ne peut pas emprunter sur le marché libre. Les prêteurs ne sont pas idiots. Les Irlandais empruntent donc aux autorités financières européennes. Les taux bas permettent de maintenir à flot les ménages irlandais. La plupart des prêts immobiliers, en Irlande, sont à taux variables. Si on les laissait varier vers le haut, au niveau du marché, les ménages, les banques et le gouvernement irlandais couleraient tous.

    Pour l’instant, l’Europe prête aux autorités irlandaises à des taux bas… si bien qu’elles peuvent empêcher que leurs banques et leurs électeurs fassent faillite. Les banques, à leur tour, sauvent leurs créditeurs de la faillite. Tout le système, en Europe aussi bien qu’aux Etats-Unis et au Japon, dépend d’un flux continu d’argent facile artificiellement bas.

    Et tout le monde semble penser que ce flux d’argent bon marché peut se continuer indéfiniment.

    Bienvenue dans l’économie politique moderne… Les petits problèmes isolés sont amalgamés en problèmes de plus en plus grands. Le danger ne tarde pas à affecter non plus une banque… ou même une nation… mais le système tout entier.

    Nous ne savons pas quand ça cessera. Nous ne savons pas exactement ce qui le fera cesser, non plus. Mais nous sommes certain qu’il y a des profits à faire en misant dessus.

  5. Wall Street : un optimisme obscène.

    Voilà que les robots algorithmiques remettent ça. Ils truquent l’évolution des indices, font perdre leurs repères aux investisseurs qui suivent anxieusement les dépêches. Malheureusement, ce ne sont que de mauvaises nouvelles qui sont tombées tout au long de cette séance de mercredi.

    Les scores boursiers observés hier en clôture sur les places européennes constituent une véritable provocation. C’est un bras d’honneur à l’actualité du jour, une démonstration de force des manipulateurs d’indices. Un nouveau déni totalement assumé de la réalité.

    Nous soupçonnons que ceux qui ont tordu le bras à la tendance le font en toute connaissance de cause. En effet, ils font déjà le pari que la Fed prépare un nouveau miracle.

    Plus les heures passaient, moins l’amplification de la hausse des indices trouvait une explication qui tenait la route. Pas une seule nouvelle rassurante, pas une seule statistique positive à se mettre sous la dent. Pourtant, le Dow Jones qui avait démarré en repli de 0,5% progressait d’autant en clôture. Le Nasdaq perdait 0,8% puis en gagnait 0,55% au final, tutoyant les 2.700 points.

    Le plus étrange — le terme est faible — c’est que le redressement des indices américains s’est amorcé juste après la publication de l’une des pires statistiques immobilière de l’histoire des Etats-Unis : une rechute inattendue de 17% des ventes de logements neufs, à un niveau plancher de 250 000 ventes par an.

    Inspirée par l’embellie miraculeuse qui se dessinait à Wall Street, la Bourse de Paris a terminé en hausse de 0,5% à 3.913 points dans d’étroits volumes (trois milliards d’euros). Elle a enchaîné les incursions en territoire négatif, sous l’impact de la tension des taux au Portugal. N’oublions pas non plus les chiffres macro-économiques détestables (inflation, récession en Angleterre et aux Etats-Unis). Et surtout un climat géopolitique tendu avec un attentat contre un bus à Jérusalem.

    Ajoutons que les dernières infos en provenance du Proche-Orient confirment que la situation reste toujours aussi explosive au Bahreïn. Les hostilités redoublent en Libye avec de nouveaux affrontements à l’arme lourde dans le cadre d’une attaque menée par les troupes fidèles au Colonel Kadhafi. N’oublions pas non plus la déclaration de l’état d’urgence au Yémen.

    N’importe lequel de ces motifs aurait pu suffire à justifier un repli prudent des marchés. Il faut y rajouter des inquiétudes grandissantes sur le refinancement des PIGS. Elles inspirent un scénario catastrophe à l’agence de notation Standard & Poors qui redoute une série de défaillances en cascade. Tout cela avant même que les Européens soient parvenus à un accord sur la mise en oeuvre du MES (mécanisme européen de soutien aux pays en difficulté) prévu pour début 2013.

    Parmi les sujets totalement évacués du paysage boursier, il y a aussi la phase préparatoire des nouveaux stress tests appliqués aux banques. D’après la plupart des commentaires que nous pouvons lire, ils sont déjà considérés comme une mascarade. La pire hypothèse consisterait dans une récession de 0,5% en Zone euro.

    Aucun défaut de paiement de dettes souveraines n’est pris en compte. Pas plus, d’ailleurs, que le risque associé aux émissions obligataires des établissements de crédit des pays périphériques.

    L’inflation n’est même pas évoquée dans le scénario, alors que le pétrole franchit les 106 $. Mais rien n’y fait. Les marchés montent comme s’ils évoluaient dans une dimension parallèle… et pas un commentateur ne s’étonne de ce petit miracle !

    Face aux signaux précurseurs d’une rechute conjoncturelle, font-ils déjà le pari d’un QE3 ?

    La rumeur qui aurait — le conditionnel s’impose — fait grimper Wall Street mercredi soir, c’est celle de la double injection de 300 milliards de dollars pour financer la reconstruction du pays et relancer la croissance. C’est-à-dire l’équivalent du QE2 de 600 milliards de dollars de la Fed.

    Eh bien voilà, il n’y a qu’à imprimer de la dette !

    Qui va l’acheter ? Mais le marché voyons !

    Et qui se soucie des fuites radioactives de la centrale de Fukushima ? Les émissions du réacteur numéro deux sont à leur paroxysme depuis le 12 mars, l’eau impropre à la consommation à Tokyo… Des informations devenues purement anecdotiques ?

    La plus grande catastrophe nucléaire de l’Histoire avec des matériaux mortellement radioactifs (ils ont des cycles de nocivité de 250.000 ans et plus) qui ne peuvent en aucun cas être déplacés après leur fusion, les médias occidentaux en parlent moins. C’est comme si c’était déjà du passé !

    Tout ne serait donc plus qu’une affaire de gros sous. Wall Street s’imagine déjà que le Japon viendra se fournir en priorité aux Etats-Unis plutôt qu’en Corée — voisine de quelques centaines de kilomètres — ou en Chine (le plus gros outil industriel au monde, tout proche également des côtes ouest nippones).

    La hausse de Wall Street survenue hier soir a choqué beaucoup d’internautes aux Etats-Unis. Ils ne comprennent pas la finalité d’une remise en route des algorithmes haussiers, avec une superbe progression linéaire comme seuls les « robots » sont capables d’en générer.

    Une nouvelle flambée du pétrole se profile ; gare à la chute du pouvoir d’achat. Les sans-abri japonais (les personnes âgées principalement) meurent discrètement par centaines. La guerre en Libye a fait des centaines de morts hier. Des émeutes éclatent en Syrie. Le Portugal est en crise (M. Socrates a jeté l’éponge et démissionne). Israël renoue avec les heures les plus sombres du terrorisme aveugle. La santé insolente — et artificielle — des indices américains n’apparaît pas seulement anachronique… elle en devient obscène !

  6. Le 11 mars 2011 n’a jamais existé.

    Cette fois, ça y est. Les forums boursiers et les salles de marché commencent à frissonner d’aise — ou de commentaires consternés. La rumeur de la mise en oeuvre d’un QE3, sous la houlette de Monkey Business Ben, gonfle et s’amplifie.

    Un nouveau largage de dollars par hélicoptère sur Wall Street se prépare. A côté, les largages d’eau sur la centrale de Fukushima auront l’air d’un verre de vin blanc versé sur des darnes de saumon dans un plat en terre cuite.

    Plus les nouvelles affligeantes ou dramatiques s’enchaînent depuis le 11 mars, plus il apparaît impossible que la réalité se permette de contrarier l’avance inexorable des marchés. Une réalité « sans grand impact », nous affirme un stratège du premier négociateur de bons du Trésor au monde, Kantor Fitzgerald. « Les marchés ont surestimé les conséquences de la catastrophe nippone sur la reprise économique américaine ».

    Il faut oser ! Pour résumer : si la conjoncture ne conforte pas le discours dominant, niez-la !

    Non mais de quoi la planète se mêle-t-elle, avec ses tremblements de terre et ses tsunamis ? Depuis quand les investisseurs devraient-ils se préoccuper de l’endettement abyssal des trois premières économies mondiales (Etats-Unis, Europe, Japon) ? Qui sur Terre peut prétendre être plus puissant que le trio Bernanke/Geithner/Wall Street ?

    Plus aucune règle économique ou éthique ne s’applique aux marchés. Le seul but des élites américaines ultra-libérales est de les voir grimper éternellement. Pendant ce temps, la récession et l’inflation laminent les classes moyennes. Pourquoi la Fed ou la Bank of Japan s’interdiraient-elles de noyer Wall Street ou Tokyo sous un déluge d’argent fictif qui emporterait les derniers vestiges du capitalisme entrepreneurial ?

    Comment ne pas être abasourdi par la hausse de 2% des indices boursiers ? Elle s’est amorcée mercredi, juste après la publication des pires chiffres immobiliers de l’histoire des Etats-Unis.

    Cela a constitué pour certains opérateurs et stratèges un véritable électrochoc. Les Etats-Unis se dirigent tout droit vers une nouvelle récession. Et cette dernière sera précipitée par la chute prévisible de la consommation dans un contexte d’inflation réelle hors de contrôle. Ni une ni deux, ce sera le QE3 ! Les « marchés de flux » sont de retour.

    C’est ainsi que nous retrouvons le CAC 40 au-dessus des 3 970 et l’Euro Stoxx 50 à 2 910 points. Ce sont là des niveaux supérieurs à la clôture du 10 mars dernier !

    C’était avant le séisme/tsunami/accident nucléaire du 11 mars, avant les frappes aériennes sur la Libye, avant les chiffres calamiteux concernant l’immobilier américain, avant que le pétrole n’atteigne les 106 $, avant la démission du Premier ministre portugais, avant la dégradation de la note d’une trentaine de banques espagnoles par Moody’s.

    Le message induit par la forte hausse des marchés depuis 48 heures, c’est que tout va mieux maintenant qu’avant les tristes événements du 11 mars. Les indices ont grimpé 2% en moyenne et même 2,5% pour l’Allemagne.

    La conjoncture économique et géopolitique serait manifestement plus favorable aujourd’hui qu’il y a 10 jours.

    C’est si vrai que l’or — il a fusé vers 1 449 $ l’once — et l’argent (38,3 $ l’once) battent de nouveaux records historiques. C’est une preuve indiscutable de confiance dans le caractère bénin des pressions inflationnistes. La Chine, elle, multiplie les initiatives pour les contenir.

    En aucun cas la chute de 0,9% des ventes de détail au Royaume-Uni ne saurait constituer un motif d’inquiétude vis-à-vis d’une potentielle récession. Londres menait la hausse tambour battant (1,5%) dès le milieu de la matinée, comme stimulée par un taux d’inflation de 4 à 4,3% en rythme annuel.

    Il n’existe plus aucune corrélation entre la hausse des indices et l’actualité au jour le jour. Les indices boursiers sont de nouveau gouvernés par la liquidité. L’argent, qui fuit tour à tour les émergents, puis le Japon, puis les dettes des pays périphériques, va s’investir partout où il y a un potentiel de plus-values à court terme.

    Oubliée la centrale de Fukushima, oublié le Proche-Orient en ébullition, oubliées les mauvaises statistiques. Il faut bien faire quelque chose de l’argent sorti de nulle part et que la Fed déverse sur Wall Street chaque matin depuis début décembre.

    Wall Street poursuit son rally haussier ; les indices américains refranchissent d’importants seuils techniques comme les 1 300 sur le S&P ou les 2 700 sur Nasdaq (1,3% à 2 735 points). Tout cela alors que les commandes de biens durables ont rechuté de 0,9% en février.

    A Paris, 100% des valeurs du CAC 40 ont terminé dans le vert. Tout va mieux qu’hier… ou même que le 10 mars dernier. Une évidence qui n’échappe à personne…

    C’est pourquoi tous ceux qui ne sont pas passés acheteurs au-dessus des 3 930 points (clôture du 11 mars à Paris) sont des idiots. C’est le genre de commentaires qui prolifère sur les forums. Ils émanent des suiveurs systématiques qui se calent dans la roue des manipulateurs d’indices et ne s’émeuvent ni des cadavres japonais, libyens ou syriens, ni de ce qui a causé leur décès et en causera, hélas, encore beaucoup d’autres.

    Il y avait de « l’argent à prendre », peu importe le contexte, le marché n’en a que faire.

    Si vous les poussez dans leurs retranchement, vous aurez droit à l’incontournable : « les mauvaises nouvelles sont déjà dans les cours ; le marché dans sa prodigieuse omniscience postule que le pire est passé et que le meilleur reste à venir ».

    Un meilleur qui ne vient jamais. C’est ce que nous constatons depuis l’automne 2008, une fois évacuées les statistiques truquées de la croissance et de l’inflation aux Etats-Unis.

    Si jamais vous suivez le mouvement haussier amorcé mercredi, et que la tendance se retourne, alors vous serez ridiculisé et blâmé. Tout ça parce que vous aurez payé le marché plus cher que le 10 mars. Comme si vous viviez sur une autre planète et n’aviez pas constaté un enchaînement de drames et de difficultés dont aucune n’est résolue. Ni les fuites radioactives de Fukushima, ni l’avenir des pays en révolte du Proche-Orient, ni la solvabilité du Portugal, ni celle de nombreuses banques américaines plombées par la crise immobilière.

    Il fallait être fou pour acheter le CAC 40 au-dessus de 3 900 ou le S&P à plus de 1 300.

  7.  
Faire un commentaire

Cocher cette case pour être averti par mél des commentaires à venir.
(vous pouvez aussi être averti par mél des commentaires à venir sans commenter)


Accélérez votre navigation sur ce site en utilisant :
Google Chrome
Le navigateur internet rapide et novateur !