Crise systémique globale

Deuxième semestre 2011 : Préparez-vous à l’implosion du marché des Bons du Trésor US

- Communiqué public GEAB N°53 (16 mars 2011) -

Au-delà de ses tragiques conséquences humaines (1), la terrible catastrophe qui vient de frapper le Japon va se révéler le choc fatal pour le marché chancelant des bons du Trésor américain. Dans le GEAB N°52, notre équipe avait déjà expliqué comment l’enchaînement des révolutions arabes, cette chute du « mur des pétro-dollars » (2), allait se traduire courant 2011 par l’arrêt des achats massifs de Bons du Trésor US par les pays du Golfe. Dans ce GEAB N°53, nous anticipons que le choc brutal que subit l’économie japonaise va entraîner non seulement l’arrêt des achats de T-Bonds US par le Japon, mais qu’il va obliger les autorités de Tokyo à vendre durablement une part importante de leurs réserves en bons du Trésor US afin de financer le coût énorme de stabilisation, de reconstruction et de relance de l’économie nippone (3).

Le Japon et les pays du Golfe représentant à eux seuls 25% du total des 4.400 milliards USD de la dette fédérale US (Décembre 2010), LEAP/E2020 considère que cette situation nouvelle qui s’affirme au cours de ce premier trimestre 2011, sur fond de réticence croissante de la Chine (20% des Bons du Trésor US) à continuer à investir dans les titres fédéraux US (4), porte en germe l’implosion du marché des Bons du Trésor US pour le second semestre 2011 ; un marché qui n’a désormais plus qu’un seul acheteur : la Réserve fédérale US (5).

Il est certain que le contexte de la crise des titres des collectivités locales US (Munis) et des dettes publiques européennes (de l’ensemble de la périphérie de l’UE y compris le Royaume-Uni) que notre équipe a anticipée pour cette période (voir GEAB N°50) ne fera qu’amplifier le phénomène. Il est d’ailleurs tout-à-fait significatif que PIMCO, le plus important gestionnaire de fonds obligataire au monde ait décidé fin Février 2011 de se débarrasser de ses bons du Trésor US. Et c’était avant la catastrophe au Japon (6) !

Principaux détenteurs de la dette fédérale US (10/2010)
Sources : US Treasury / Dave's Manuel

Mais au-delà des chocs japonais et arabes (voir GEAB N°52), le processus d’implosion du marché de la dette fédérale US au second semestre 2011 s’accélère sous l’effet de quatre autres phénomènes :

• la mise en place de l’austérité budgétaire aux Etats-Unis (comme anticipé dans le GEAB N°47) qui condamne les collectivités locales US à une crise majeure du marché de leur dette (« Munis »)

• l’impossibilité pour la Fed de mettre en place un QE3

• l’inéluctable hausse des taux d’intérêt sur fond d’inflation mondiale

• la fin du statut-refuge de la devise américaine.

Bien entendu, l’ensemble de ces phénomènes sont liés et, caractéristique d’une crise majeure, on entre dans une période qui va voir leurs impacts se renforcer mutuellement, conduisant à ce choc brutal du second trimestre 2011. On pourrait d’ailleurs ajouter un cinquième phénomène : la paralysie décisionnelle complète du pouvoir US. L’affrontement quotidien, sur pratiquement tous les sujets, entre Républicains (radicalisés par les « Tea-Parties ») et Démocrates (démoralisés par une administration Obama qui a trahi l’essentiel de ses engagements électoraux (7)), tend chaque jour un peu plus à démontrer que Washington est désormais une sorte de « nef des fous », ballotée par les évènements, sans stratégie, sans volonté, sans capacité d&rsquo. Autrement dit, selon LEAP/E2020, quand l’implosion du marché des Bons du Trésor US va commencer, il ne faudra s’attendre à rien d’autre à Washington qu’à une prodigieuse cacophonie qui ne fera qu’aggraver la crise.

Dans ce communiqué public du GEAB N°53, nous avons choisi de présenter plus en détail notre anticipation du choc japonais à l’échelle globale notamment en matière d’inflation et de géopolitique. Les autres phénomènes qui conduisent à l’implosion du marché des Bons du Trésor US au second semestre 2011 sont analysés dans ce GEAB où nous formulons également des recommandations pour faire face à l’évidente aggravation du processus de dislocation géopolitique mondiale.

La triple catastrophe qui vient de frapper le Japon (tremblement de terre, tsunami et accident nucléaire) constitue un événement crucial qui va accélérer et intensifier la crise systémique globale, et en particulier le processus de dislocation géopolitique mondiale. L’ampleur des destructions, le choc direct sur les infrastructures énergétiques de la troisième (ou quatrième économie de la planète (9)), la gravité des accidents dans les centrales nucléaires (10), constitue l’un de ces chocs majeurs auquel le système international actuel n’est plus capable de résister comme nous l’anticipions dans le GEAB N°51 (« 2011 : l’année impitoyable »).

Le Japon, déjà très affaibli par une crise économique chronique qui dure depuis vingt ans et dont l’endettement public est l’un des plus importants au monde, se retrouve désormais face à la double nécessité de financer une reconstruction à grande échelle et d’assurer la transition pour une période indéterminée caractérisée par une limitation de l’énergie disponible et des disruptions de ces circuits d’approvisionnement commerciaux et industriels. Or le Japon est une composante fondamentale du système de gouvernance mondiale de ces dernières décennies. Tokyo est l’une des principales places financières de la planète, l’un des trois pôles de gestion des marchés des devises (avec Londres et New-York) et l’économie japonaise fournit quantité de composants électroniques vitaux pour l’économie mondiale. Enfin, comme nous l’avons analysé dans GEAB par le passé, c’est avec le Royaume-Uni, l’un des deux « flotteurs » (11) qui permet aux Etats-Unis de gérer les affaires planétaires en matière économique, monétaire et financière depuis plus de cinquante ans.

Ce « flotteur » est déjà depuis quelques années attiré de manière croissante dans l’orbite chinoise, au rythme de la montée en puissance de la Chine et de l’affaiblissement des Etats-Unis. La crise déclenchée par le tremblement de terre va, selon LEAP/E2020, accélérer fortement cette évolution notamment parce qu’aujourd’hui, seule la Chine est en mesure d’apporter une aide financière massive au Japon (12), tout en aidant directement son économie en ouvrant encore plus aux entreprises japonaises l’immense marché chinois (13).

Part déclinante du Dollar US dans les transactions internationales (série N°1)
et dans les réserves mondiales de change (série N°2)
Sources : BRI / FMI / Wall Street Journal, 03/2011

En ce qui concerne l’inflation mondiale, on peut déjà identifier cinq canaux par lesquels la crise japonaise va renforcer les pressions inflationnistes actuelles :

1. le coup d’arrêt brutal au développement des politiques d’équipement en nucléaire civil sur l’ensemble de la planète (14) qui va rapidement accroître la pression sur les prix du pétrole (15), du gaz et du charbon

2. la pénurie de nombreux composants électroniques vitaux qui va générer une hausse des prix des équipements électroniques (des ordinateurs en passant par les TV à écrans plats (16)) du fait des coupures d’électricité qui affectent les usines et de la désorganisation des transports (17)

3. une pression accrue sur les prix alimentaires et énergétiques (18) mondiaux du fait d’un accroissement significatif des importations alimentaires du Japon (notamment du riz) puisque la région touchée est l’une des grandes régions agricoles du pays (voir carte ci-dessous)

4. un nouveau recul de la globalisation économique suite aux conséquences mondiales du quasi-arrêt de l’économie japonaise, championne à la fois des exportations et du « flux tendu » (19), qui va limiter d’autant l’effet « déflationniste » des échanges mondialisés (20)

5. et enfin, un double phénomène de perte de valeur du Yen du fait d’injections massives de liquidités par la Banque du Japon et du renchérissement direct du « loyer » de l’argent au niveau mondial (hausse des taux) à cause des besoins gigantesques du Japon pour assurer sa reconstruction

Utilisation des terres japonaises
(rouge : double récolte - riz et blé / saumon : récolte unique - riz / marron : récolte unique – blé / vert : forêt)
Source : Columbia University, 2009

Ces anticipations n’intègrent évidemment pas le scénario de catastrophe ultime qui verrait la région de Tokyo massivement contaminée par la radioactivité suite à une fusion explosive d’un des réacteurs de la centrale de Fukushima (21). Une telle situation conduirait, à l’image de ce qui est arrivé à Tchernobyl, à créer une zone d’exclusion touchant cette région où habitent plus de trente millions d’habitants et qui est au cœur de flux planétaires essentiels, et entraînerait une catastrophe humanitaire sans précédent historique et une disruption immédiate des marchés économiques, financiers et monétaires mondiaux. Il n’y a tout simplement pas de « plan B » à un « arrêt brutal » du nœud global que constitue Tokyo et sa région.

En souhaitant que cette situation extrême ne se réalise pas, notre équipe estime que le choc déjà avéré va donc se traduire par une aggravation brutale de la crise systémique mondiale et que le marché des Bons du Trésor US en sera la première grande victime collatérale dès le second semestre 2011 comme nous l’analysons en détail dans ce numéro du GEAB. Le pire n’est heureusement pas certain, mais le très grave ne fait en revanche plus de doute.

Notes :

(1) Dans ces circonstances tragiques, l’équipe de LEAP/E2020 souhaite exprimer sa solidarité avec le peuple japonais et en particulier avec nos nombreux abonnés et visiteurs japonais. Nous tenons également à souligner que notre analyse très « clinique » des conséquences de la catastrophe qui vient de survenir au Japon n’est pas une marque d’indifférence mais tout simplement le respect de notre méthodologie qui vise à limiter au strict minimum possible les éléments subjectifs au sein de nos anticipations.

(2) Même le Telegraph du 24/02/2011 interprète désormais les révolutions populaires arabes comme la chute de l’empire américain du Moyen-Orient.

(3) Source : , 14/03/2011.

(4) D’après le FT Deutschland, la banque centrale chinoise aurait même reçu consigne de ne plus en acheter du tout. Source : FT Deutschland, 10/03/2011.

(5) Avant la catastrophe japonaise, on estime que la Fed, devenue désormais le premier détenteur de Bons du Trésor US, achetait déjà plus de 70% des nouvelles émissions. Dans les semaines à venir, cette proportion va se rapprocher progressivement de 90% à 95%. Car même malgré sa docilité vis-à-vis des pressions US, le Royaume-Uni, qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans la nouvelle phase de la crise, la « double-dip-flation » comme la nommé notre équipe, n’a plus les moyens d’acheter les Bons du Trésor américain : il est trop occupé à racheter les titres de sa propre dette publique. Et, d’après Karen Ward, une des principales économistes d’HSBC, le gouvernement britannique risque même de devoir faire face à des émeutes de la faim si les prix alimentaires continuent à s’envoler comme ils le font depuis plusieurs semaines. Source : , 09/03/2011.

(6) A court terme, la fuite hors des valeurs boursières (japonaises et autres) peut bénéficier aux Bons du Trésor US, mais c’est un phénomène transitoire. Source :, 09/03/2011.

(7) Le dernier en date est la réouverture des procès de Guantanamo alors qu’il avait promis la fermeture de la prison au plus tard un an après son élection, s’attirant ainsi des millions d’électeurs de la gauche du parti démocrate.

(8) L’autre grand pays occidental dont les élites dirigeantes sont dans la même situation est la France.

(9) Selon que l’on considère ou non l’Euroland comme une économie à part entière. Or le sommet du 11 Mars dernier qui approfondit encore l’intégration budgétaire et financière des pays de la zone Euro rend de plus en plus aberrante la position consistant à vouloir continuer à comptabiliser de manière séparée les grands agrégats économiques des pays de la zone Euro. Ainsi, avec 8.400 milliards €, le PNB de l’Euroland se situe en seconde position derrière les Etats-Unis (10.428 Milliards €), au cours actuel de 1€ pour 1,4$ et très largement devant la Chine (4.100 milliards €) et le Japon (3.850 milliards €). Sources : Wikipedia, EurozoneListe pays par PNB.

(10) Sans même évoquer à ce stade le risque d’une neutralisation partielle ou totale de la région de Tokyo, l’une des métropoles-clés du monde de ces dernières décennies, suite à une contamination nucléaire.

(11) A l’image d’un trimaran.

(12) Il faut garder à l’esprit que Pékin cherche par tous les moyens à se débarrasser rapidement, mais de manière rentable, de sa montagne de Bons du Trésor et autres Dollars US. Le cataclysme que connaît le Japon va ainsi offrir aux dirigeants chinois une occasion unique de rapprocher stratégiquement Tokyo de Pékin.

(13) A l’inverse, la très controversée présence des troupes américaines au Japon va ressortir, pour l’opinion nippone, comme d’autant plus anachronique et inutile face au désastre actuel. C’est un autre exemple, comme on a déjà pu le constater dans le cas des révolutions arabes, de l’inutilité croissante de l’immense appareil militaire américain : crise après crise, il devient évident qu’il n’a pratiquement aucune utilité pour permettre au gouvernement américain d’influer sur les évènements.

(14) Il est en effet certain que le nucléaire civil vient de subir un coup d’arrêt brutal dont il aura beaucoup de mal à se remettre, notamment parce que cette catastrophe s’inscrit dorénavant dans ce conflit entre élites et opinions publiques que la crise systémique globale exacerbe chaque jour un peu plus. Parmi les pays qui vont subir de plein fouet cette « révolution » vis-à-vis du nucléaire, on peut déjà citer la France qui a fait depuis près de cinquante ans du nucléaire civil l’un des fleurons de sa technologie et de ses exportations. Source : Spiegel, 14/03/2011.

(15) Un facteur qui va renforcer l’évolution inexorable de la région du Golfe vers une situation de chaos, voire de conflit direct entre Shiites et Sunnites, entre les peuples de la région et leurs dirigeants, entre l’Iran et l’Arabie saoudite. L’envoi de troupes saoudiennes à Bahreïn est un indice de l’escalade des risques dans la région tout comme l’implication financière des Emirats Arabes Unis qui tentent de pallier dans l’urgence quarante ans de désintérêt pour des segments entiers de leurs populations. Sources : AlJazeera, 15/03/2011 ; New York Times, 10/03/2011 ; AlJazeera, 10/03/2011.

(16) Un des rares facteurs « baissiers » qui permettait de cacher l’envolée des prix de l’alimentation ou de l’énergie au sein de nombreux indices des prix. Ainsi même en Chine et dans toute l’Asie du Sud-Est, l’impact des pénuries de composants japonais se fait déjà sentir avec hausse des prix immédiate puisque l’industrie électronique japonaise a massivement délocalisé des parties entières de sa production à travers toute l’Asie, tout e conservant des fabrications stratégiques au Japon. Source : China Daily, 15/03/2011.

(17) Et partout dans le monde, on va connaître des pénuries de voitures japonaises et de pièces de rechange pour ces véhicules. Etant donné l’importance mondiale de l’industrie automobile japonaise, il n’y aura pas de solution de substitution aisée à mettre en place. Ainsi même en Inde, pourtant peu dépendant des marques japonaises, l’impact se fait déjà sentir directement avec l’annulation par les grands groupes japonais de ventes et de promotion des nouveaux modèles. Source : Times of India, 15/03/2011.

(18) Plusieurs raffineries japonaises ont été détruites. Cela implique des importations japonaises accrues de produits raffinés qui génèrent déjà des hausses des prix de l’essence aux Etats-Unis. Source : USAToday, 14/03/2011.

(19) Les économies exportatrices chinoise et allemande (ainsi que celle de Corée du Sud, Taiwan, …) vont également subir les conséquences négatives de cette évolution.

(20) Il est important de garder à l’esprit que le recul de la mondialisation des échanges au profit d’un recentrage sur des zones économiques régionales dotées d’une monnaie unique ou dominante (UE, Asie, Amérique latine, …) entraîne un recul simultané des besoins en Dollars US pour financer les échanges internationaux. Voir différents GEAB précédents.

(21) Ce qui induirait également des conséquences internationales en matière de retombées radioactives.

(source : Laboratoire Européen d’Anticipation Politique – LEAP)

5 commentaires pour “2ème semestre 2011: Préparez-vous à l’implosion du marché des Bons du Trésor US”
  1. dit :

    Pourquoi le Japon peut nous amener l’hyperinflation.

    Le Japon va devoir panser des plaies profondes. Par rapport au désastre du dernier tremblement de terre de Kōbe en 1995, les dégâts sont plus importants, et surtout, le Japon est beaucoup plus profondément endetté. Le pays lutte contre la récession depuis deux décennies.

    Les Etats-Unis perdent avec le Japon un gros acheteur de leurs obligations souveraines à un très mauvais moment. Les événements risquent bien de devenir hors de tout contrôle pour Ben Bernanke, pilote de la Fed et d’un hélicoptère censé déverser des liquidités pour ranimer une économie moribonde.

    Pour ceux qui croient à la fable de la reprise économique américaine, un seul bon graphique vaut mieux qu’un long discours. Gardez à l’esprit que l’immobilier fut le moteur de l’économie américaine et de la consommation. Regardez maintenant les mises en construction de maisons neuves aux Etats-Unis.


    Source : http://www.shadowstats.com bulletin N°368

    ▪ Qui voudra des bons du Trésor américain ?

    Les Etats-Unis vendent leurs obligations souveraines à quatre gros clients : le Japon, les pays du Golfe, la Chine et… la Fed.

    « Le Japon et les pays du Golfe représentant à eux seuls 25% du total des 4 400 milliards de dollars de la dette fédérale US (décembre 2010) [...] cette situation nouvelle qui s’affirme au cours de ce premier trimestre 2011, sur fond de réticence croissante de la Chine (20% des bons du Trésor US) a continué à investir dans les titres fédéraux US, porte en germe l’implosion du marché des bons du Trésor US pour le second semestre 2011 ; un marché qui n’a désormais plus qu’un seul acheteur : la Réserve fédérale US » analyse le dernier numéro (N°53) du Global Europe Anticipation Bulletin.

    Donc la Fed — malgré ses dénégations — va poursuivre dans la voie de la monétisation de sa dette, ce qu’on appelle élégamment le quantitative easing ou plus crûment la politique de la planche à billets.

    C’est évidemment la politique habituelle (et pacifique) quand un pays ne peut plus rembourser ce qu’il doit. Cependant, la monétisation à outrance a toujours conduit à l’hyperinflation. Aujourd’hui n’est pas différent d’hier et toutes les bêtises ayant été déjà faites, replongeons-nous dans l’Histoire.

    ▪ Création monétaire et hyperinflation de A (Allemagne) à Z (Zimbabwe)

    Tout le monde se souvient de l’hyperinflation allemande, de celle du Zimbabwe, ou encore de la Hongrie ou du Brésil. On recense 30 cas d’hyperinflation dans le monde depuis le XXe siècle. Le dernier ouvrage de John Mauldin consacre un chapitre au passage de l’inflation à l’hyperinflation. Signalons que, même durant les règnes de monnaies métalliques, le monde a connu de l’inflation sans toutefois basculer dans l’hyperinflation.

    Les observations montrent qu’un pays bascule de l’inflation vers l’hyperinflation lorsque son déficit atteint 40%, nous indique John Mauldin. Mais dans certains cas, il suffit de seulement 20%.

    Aujourd’hui, les Etats-Unis sont à 10% de déficit. Nous avons de la marge, allez-vous me dire. Erreur, pour deux raisons fondamentales !

    -1- Ce déficit arrive alors que l’endettement public est déjà très important. C’est un phénomène nouveau par rapport à la plupart des cas d’hyperinflation connus, car il s’agissait de pays pour lesquels les prêteurs internationaux se montraient beaucoup plus exigeants.

    -2- Citez-moi un pays capable de réduire son déficit alors qu’il met en oeuvre une politique de Sécurité sociale, ce qui est le cas du gouvernement Obama. Ne cherchez pas : il n’y a pas d’exemple.

    Nous sommes en réalité tout proches de la pente fatale. John Williams pense — statistiques à l’appui — que la transition inflation-hyperinflation se fera en 2014. Mais le fait que les Etats-Unis perdent avec le Japon un souscripteur complaisant majeur de leur dette rapprochera cette échéance.

    Nous sommes ici face à une grande inconnue : que se passe-t-il lorsque la monnaie d’échange mondiale, le dollar, connaît une hyperinflation ? Cette histoire reste à écrire. Mais vous pouvez déjà imaginer que les conséquences pour vous et votre patrimoine seront immenses.

    Pour rester clairement informé, choisissez bien vos sources. Nous vivons une époque extraordinaire. Par la magie d’Internet, les données brutes sont accessibles. Reste à réfléchir lucidement à partir de celles-ci et à en tirer toutes les conséquences pour vos investissements.

  2. dit :

    L’inavouable inflation qui va nous exploser au nez.

    Un mythe a la vie dure : celui selon lequel la création monétaire des banques centrales ne serait pas créatrice d’inflation et de hausse des prix.

    Ce mythe est utile aux membres du cartel des taux bas, entendez par là les Etats surendettés pour lesquels toute hausse des taux d’intérêt signifierait la faillite. Vous en connaissez les membres : les Etats-Unis, le Japon et l’Europe. Le cartel se doit de démontrer, chiffres à l’appui, que les prix n’augmentent pas.

    C’est plutôt mal parti. « Les prix à la production suivent ceux des matières premières dans la zone euro », titrait L’Agefi le jeudi 3 mars. Les chiffres d’Eurostat sont tombés : +1,5% sur un mois en janvier et +6,1% en rythme annuel. Le même rythme qu’en septembre 2008, ce qui est de sinistre mémoire.

    En Europe : l’inflation importée par le pétrole

    En cause, l’augmentation du prix de l’énergie à +12,5% pour ce premier mois de 2011. C’est le deuxième mois à deux chiffres. Si vous réfléchissez qu’entre janvier et maintenant, le baril de Brent a pris plus de 15%, vous pressentez bien que la tendance ne va pas se calmer.

    Les gouvernements ont la parade. Ils communiquent sur un indice d’inflation pour esprits purs, c’est-à-dire hors énergie et alimentation.

    Cependant, l’industrie manufacturière est décidée à répercuter la hausse de ses prix d’achat. « Les prix de vente des fabricants progressent ainsi à un rythme record, ou quasi record, en France, en Italie, aux Pays-Bas, en Autriche, en Allemagne et en Irlande », indique L’Agefi. Les entreprises survivantes de la crise entendre exercer leur pouvoir d’imposer leurs prix. Impensable que cela n’apparaisse pas à un moment dans le « panier de la ménagère », même si notre ménagère devient très intellectuelle.

    L’indice des prix du mois de février a atteint 2,3% dans la zone euro. La Banque centrale européenne risque donc de se retrouver très vite au pied du mur. Augmenter ses taux risque de déstabiliser toute la pyramide obligataire. Ne pas les augmenter c’est renier sa mission de lutte contre l’inflation et encourir l’ire teutonne. Jean-Claude Trichet a choisi : si la situation s’aggrave, dit-il, il les augmentera de… 0,25%. Autant utiliser une tapette à mouche pour contrer la charge d’un bison. Madame Michu (et son maudit panier) sera sacrifiée telle Iphigénie pour sauver la Grèce (et les autres pays fragiles) de la faillite immédiate.

    Aux Etats-Unis, la Fed ne convainc plus personne

    Traversons l’Atlantique pour aller chez celui par lesquels tous ces malheurs sont arrivés, le Grand Faux Monnayeur Ben Bernanke. Ce brave Ben jure qu’il n’est pour rien dans la hausse des matières premières est que l’inflation est sous contrôle. « C’est une blague, s’insurge notre correspondant américain Keith Fitz-Gerald. Même mon fils de 8 ans me demandait pourquoi le Lego à 22 $ pour lequel il économisait depuis quelques mois vaut maintenant 33 $« .

    Le président de la Fed de New York, William Dudley a récemment déclaré que l’inflation n’était pas un sujet préoccupant, notamment la hausse des prix de l’alimentaire. Il a fait remarquer que les gens oubliaient que, même si les prix de la nourriture augmentaient, d’autres prix baissaient comme celui de l’iPad2. Son public s’est esclaffé et une madame Smith (probablement cousine de madame Michu) lui a demandé depuis combien de temps il n’avait pas fait de courses.

    La plupart des commentateurs américains sérieux pensent que l’inflation – en tant que mesure de l’effort du maintien d’un niveau de vie – tourne entre 9% et 12%. La manipulation des statistiques prend une telle ampleur qu’un chercheur du Massachusetts Institute of Technology vient de développer un Google de l’inflation. Ce moteur de recherche examine les prix des épiciers en ligne et en déduit l’évolution des prix.

    Nos collègues américains viennent de développer le concept d’un indice d’inflation cachée. Voici un extrait (le tableau original comporte 22 lignes).


    Janvier 2009

    Janvier 2011

    Evolution %

    Source

    Prix moyen au détail du gallon d’essence

    1,83 $

    3,104 $

    69,6

    1

    Once d’or

    853,25 $

    1 369,50 $

    60,5

    2

    Maïs jaune N°2

    3,56 $

    6,33 $

    78,1

    2

    Soja N°1

    9,66 $

    13,75 $

    42,3

    2

    Livre de cane à sucre

    13,37 $

    35,39 $

    164,7

    2

    Taux de chômage (emplois non agricoles)

    7,6%

    9,4%

    23,7

    3

    Millions de personnes sans emplois

    11,616

    14,485

    24,7

    3

    Millions de fonctionnaires fédéraux (hors armée)

    2,779

    2,840

    2,2

    3

    Revenu médian réel d’un foyer

    50 112 $

    49 777 $

    -0,7

    4

    Millions de récipiendaires de tickets alimentaires

    31,983

    43,201

    35,1

    5

    Millions de récipiendaires d’allocations chômage

    7,526

    9,194

    22,2

    6

    Millions de chômeurs de longe durée

    2,6

    6,4

    146,2

    3

    Taux de pauvreté

    13,2

    14,3

    8,3

    4

    Millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté

    39,8

    43,6

    9,5

    4

    Masse monétaire M2 en milliards

    8 311

    8 852

    6,5

    7

    Dette fédérale en milliers de milliards

    10,627

    14,052

    32,2

    8

    1. US Energy Information Administration
    2. The Wall Street Journal
    3. Bureau of Labor Statistics
    4. Census Bureau
    5. USDA
    6. US Dpt. of Labor
    7. Federal Resreve
    8. US Treasury Dept.

    Ce tableau montre que l’accroissement de la dette publique et la politique de la planche à billets affichent un bilan néfaste. La spéculation sur les biens de première nécessité (essence, maïs, soja) a été stimulée. En contrepartie, aucune véritable activité économique n’a été engendrée comme en témoigne les chiffres de chômage, de pauvreté et de revenu médian.

    C’est la démonstration éclatante que les politiques keynésiennes sont non seulement inutiles mais nuisibles.

    La Fed ne peut admettre que deux passes de pure création monétaire l’ont mené à l’impasse. La seule solution sera la fuite en avant dans la monétisation de la dette. Ce qui continuera à alimenter l’inflation inavouable.

  3. Milouone dit :

    N’est-ce pas cette « fin du monde » que les mayas annoncent ?
    La fin du monde financier… et des dettes que les Rothschild ont imposés au monde à la fin du 19ème siècle.
    Et l’avènement futur d’un monde spirituel !
    Pour moi il n’y a aucun doute. :smile:

    • sacha dit :

      D’accord avec toi.
      La crise financière et donc banquière marque la fin de ce système matérialiste et capitaliste.

  4. Bill Bonner dit :

    L’inflation donne un mal de chien aux autorités mondiales.

    Pour autant que nous puissions en juger dans la presse, le marché de l’immobilier américain a eu de très mauvaises nouvelles cette semaine. Les ventes de nouvelles maisons ont atteint un plancher record. Depuis qu’on a commencé à suivre les chiffres, il y a un demi-siècle, jamais aussi peu de maisons neuves n’ont été vendues.

    Naturellement, leur prix chute aussi. Pourquoi ? Parce que le secteur de l’immobilier a construit et vendu hier les maisons d’aujourd’hui. Une bulle du crédit entame l’avenir. Et nous sommes désormais dans l’avenir. Naturellement, il n’y reste plus grand-chose. Tout a été déjà pris… utilisé… construit… dépensé…

    Ce qui montre à quel point les autorités sont ridicules. D’abord, elles ont nationalisé Freddie Mac et Fannie Mae… pour empêcher qu’ils ne fassent faillite. Ensuite, elles ont acheté des titres adossés aux créances hypothécaires par pleines brouettées… et prêté de l’argent à taux zéro… pour regonfler le secteur des banques et des prêts. Ensuite, elles nous disent que nous (les contribuables) gagnons de l’argent sur ces titres. Oui, nous sommes censés engranger des plus-values à mesure qu’ils sont revendus sur le marché !

    Mais voilà que l’immobilier connaît un double creux. Et hier, nous apprenions dans les journaux que Fannie et Freddie pourraient avoir dissimulé 100 milliards de dollars de pertes.

    Il y a une autre chose qui prend une volée de bois vert en ce moment : la dette de la périphérie européenne, maintenant que les Portugais ont voté contre l’austérité. Pour remettre les choses en perspective : il n’y a que deux voies. Lorsqu’on emprunte trop d’argent sur l’avenir, il faut soit le rembourser, soit faire faillite. Les Portugais essayaient de rembourser leurs dettes en réduisant les « services ». Mais c’est plus difficile qu’on pourrait le penser. Les Etats-Providence modernes sont construits sur une fraude : le gouvernement peut donner plus de services qu’ils n’en paient. En général, le gouvernement va chercher l’argent dont il a besoin auprès de groupes politiquement faibles — comme la génération suivante, qui n’a pas droit au vote.

    Les citoyens n’apprécient pas que le gouvernement essaie de réduire ses dépenses. Et lorsqu’une majorité d’électeurs se trouve d’un côté de l’échange — souhaitant en obtenir plus des autorités que ce qu’ils paient en impôts — il est très difficile (voire impossible) d’imposer des mesures d’ « austérité ».

    Ce que nous dit l’élection portugaise, c’est que de nombreux gouvernements feront faillite avant de rembourser leur dette. C’est du moins ce qu’elle implique…

    Comme vous le savez, cher lecteur, la situation américaine est un peu plus compliquée. Les Etats-Unis ont la devise de réserve mondiale. Leur dette est détenue en grande partie par des étrangers. Et elle est libellée dans une devise que les Américains sont les seuls à contrôler. Ils peuvent donc faire faillite de deux manières différentes.

    Soit à l’ancienne — c’est-à-dire en se montrant incapables de rembourser leurs factures quand elles échoient.

    Soit de manière inflationniste — en payant leurs factures dans une devise qui ne vaut pas autant que ce qu’ils ont emprunté.

    Il est clair que la deuxième manière est l’approche préférée. C’est ce que visent les autorités. C’est la principale raison pour laquelle la Fed injecte quatre milliards de dollars par jour dans l’économie mondiale. Et c’est une raison supplémentaire de maintenir les taux d’intérêt à zéro — même après que, selon les calculs même de la Fed, l’urgence est passée.

    En bref, vous pouvez tromper vos créditeurs de deux manières différentes. Vous pouvez faire honnêtement défaut. Ou vous pouvez faire jouer l’inflation.

    Le problème, avec l’inflation, c’est qu’elle ressemble à un chien indiscipliné. Elle ne vient pas quand on l’appelle. Ensuite, quand elle vient, elle arrive si rapidement qu’elle vous renverse. Elle se précipite dans la maison et démolit les meubles.

    Le Japon n’a pas réussi à faire arriver le corniaud alors qu’il l’appelle depuis 20 ans. Et lorsqu’il s’est pointé en Argentine, au Zimbabwe et dans l’Allemagne de Weimar, il s’est révélé être une telle plaie qu’ils ont souhaité ne l’avoir jamais sifflé.

    Mais il y a Ben, Tim et les autres — et ils adorent les chiens, tous autant qu’ils sont.

  5.  
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