un film documentaire grec réalisé en 2012 par

Katerina Kitidi et Aris Chatzistefanou

Produit par The Press Project et Infowar Productions

Les créateurs du Debtocracy, le documentaire vu par plus de 2 millions de spectateurs, reviennent avec une nouvelle production : CATASTROÏKA. Ce documentaire qui cherche les conséquences de la liquidation totale de la Grèce. Révisant des exemples de privatisations aux pays développées du Sud, CATASTROÏKA essaie de prévoir ce qui va se passer si le même modèle s’applique à un pays sous surveillance économique. 

http://nous-les-dieux.org/VIDEOS/CATASTROIKA.flv

Ce documentaire, visible gratuitement sur Internet, revient sur les effets des privatisations dans plusieurs pays développés et sur ce qui attend la Grèce. Aris Chatzistefanou et Katerina Kitidi, les créateurs de Debtocracy, un documentaire sur l’histoire de la dette grecque vu par des millions d’internautes à travers le monde, viennent de sortir, jeudi 26 avril 2012, leur nouvelle production : Catastroïka, un film co-produit par le public, et qui peut être visionné gratuitement sur Internet.  

Le documentaire, présenté par ses réalisateurs comme une source alternative d’information, revient sur les effets des privatisations dans plusieurs pays développés et sur ce qui attend la Grèce. Le pays est, en effet, sommé par la Troika (BCE/UE/FMI) de lancer un programme de privatisations afin d’alléger le poids énorme de sa dette. Les parts détenues par l’Etat dans les compagnies des eaux (Eydap-Eyath), pétrolière (Helpe), des Jeux (Opap), du groupe gazier (Depa) ont déjà commencé à être cédées à des groupes privés. 

Le processus de privatisation est décortiqué par les journalistes. Selon eux, tout commence par une attaque du gouvernement et des médias contre les fonctionnaires, accusés de tous les déboires financiers du pays. Ensuite, les organismes publics sont volontairement laissés à l’abandon par l’Etat. Qui, enfin, vend ces entreprises publiques à un prix sous-évalué. 
En Russie post-soviétique, en Allemagne de l’Est lors de la réunification, en Grande-Bretagne sous Margaret Thatcher, cette « méthode » a conduit à l’explosion du chômage et à une baisse de la qualité des services proposés. 

La Grèce, rat de laboratoire de l’Europe ?

Interrogé dans le documentaire, Naomi Klein, journaliste canadienne, auteure de « La stratégie du choc » estime, quant à elle, que « ces politiques de libéralisation de l’économie ne sont pas liées à la démocratie. C’est des politiques qui ont été menées initialement par des dictatures », notamment par Augusto Pinochet au Chili. Dès lors, la thèse défendu dans le film est que la crise financière nuit gravement à la démocratie. 

Le philosophe Slavoj Zizek, lui, soutient que la Grèce est utilisée comme un rat de laboratoire pour le reste de l’Europe dans les domaines financier et politique. Un nouveau type de gouvernement d’apparence démocratique, mais en réalité autoritaire, est testé en Grèce. Les politiciens soumis aux puissances financières mettent en place des mesures catastrophiques pour les peuples et brident leur capacité à se soulever. Luis Sepulveda et Ken Loach interviennent aussi dans le documentaire. 

D’après les auteurs du film, le manque de volonté politique contribue à la destruction des services publics. Car, les privatisations répondent moins à des exigences économiques qu’à des positionnements idéologiques. Ainsi, rappellent-ils, la gestion de l’eau, à Paris, avait été confiée sous Jacques Chirac à un duopole, Suez et Veolia. Au changement de majorité à la mairie en 2001, la gestion est redevenue publique et les prix ont baissé. 

Le message final adressé au peuple grec par les intervenants: « Résistez ! »

(source : lexpress.fr)

Lisez l’entretien exclusif avec Katerina Kitidi, co-réalisatrice de ce film :

(entretien réalisé le 4 avril 2012, trois semaines avant la sortie du film)

OkeaNews : Après le succès de Debtocracy et un changement persceptible (mais encore insuffisant) de la vision de la situation en Grèce dans beaucoup de pays d’Europe (je pense aux mouvements de solidarité qui sont apparus un peu partout dans le monde), pensez-vous que l’opinion publique a changé de regard envers la Grèce et envers les grecs ? 

Katerina Kitidi : Il est vrai que la perception du public est en train de changer sur la Grèce, principalement dans les pays qui sont confrontés aux mêmes problèmes financiers dans le cadre de la zone euro. Les faits ont émergé qui prouvent que les Grecs travaillent aussi durement que les citoyens d’autres nations européennes ou que la taille du secteur public grec est dans la moyenne de celle de l’OCDE. Il est aussi plus largement admis que les politiques d’austérité imposées par la troïka (Union européenne, FMI, BCE) avec la collaboration du gouvernement grec ne peut que plonger le pays dans une récession plus profonde, avec des conséquences catastrophiques pour la population.

La solidarité vis-à-vis de la Grèce est un soulagement pour les citoyens du pays, surtout quand il résulte de la profonde compréhension des causes de la crise. Je dis cela en tenant compte d’une observation que le philosophe slovène Slavoj Zizek a fait lors d’une interview que nous avons eu pour notre prochain documentaire, « Catastroïka ».

Comme Zizek le dit, il ne faut pas tomber dans le piège d’une fausse compassion concernant la Grèce. Beaucoup de gens à l’étranger disent : « Oh les pauvres Grecs, ils n’ont pas d’argent pour nourrir les enfants », etc. Bien sûr, cela est vrai. Mais en montrant les choses de cette façon, la crise financière est en quelque sorte présentée comme une catastrophe naturelle. Comme si les Japonais avaient Fukushima et les Grecs avaient la crise. Comme Zizek l’explique, en réalité, la Grèce est utilisée comme un rat de laboratoire pour le reste de l’Europe, à la fois dans le secteur financier et dans le domaine politique. Un nouveau type de gouvernement autoritaire est testé en Grèce, qui reste démocratique seulement en surface. La Grèce n’est pas une nouvelle Somalie, comme il le souligne. Nous nous battons et nous aimerions que tous les peuples de l’Europe se battent avec nous pour la démocratie et la justice sociale.

Les évènements du 12 février dernier ont été très largement médiatisés dans un sens unique : les émeutes et les violences. Pour vous, quelles en sont les raisons et les effets sur la population grecque ? Pourquoi avoir sous évalué le nombre de manifestants pacifiques ? Pourquoi les médias ne parlent-ils pas de la violence policière envers la majorité de manifestants pacifiques lors des manifestations ?

Le 12 Février, lorsque les nouvelles mesures d’austérité de 3,3 milliards d’euros ont été votées au parlement grec, il y avait d’énormes manifestations qui s’y opposaient, pas seulement à Athènes, mais aussi dans d’autres villes. Les gens étaient dans leur grande majorité pacifiques, et malgré les efforts de la police de les disperser très tôt dans la journée avec des gaz lacrymogènes et des matraques, ils revenaient sans cesse vers la zone de manifestation. Avec le nombre sans précédent de manifestants, la violence des autorités était la caractéristique la plus importante de la journée. Mais ce n’est pas l’image projetée par les médias.  Les télévisions ont uniquement axé sur les destructions causées par l’« autre camp » principalement à des banques et à des magasins des multinationales, et sur un niveau secondaire à d’autres bâtiments, comme les deux cinémas.

Beaucoup de gens disent que cette violence a été largement causée par des agents provocateurs. Comme l’histoire l’a déjà montré lors des manifestations précédentes, cela pourrait très bien être vrai. Cependant, il ne faut jamais oublier que c’est seulement une certaine partie de la population qui peut réagir avec violence à la violence systémique d’un Etat qui les a plongés dans une telle situation horrible. Parfois, nous entendons dire que 2 millions de personnes vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté et que 1 million de plus vivent dans une situation d’exclusion sociale. Le taux de chômage atteint officiellement 21% et 400.000 personnes travaillent sans être payés. Un grec sur trois n’a pas d’assurance santé et les salaires ont chuté de 22 à 32%. Mais la plupart du temps, nous oublions que derrière les chiffres il y a des gens. Des gens frustrés et en colère. C’est pourquoi il y a des photographies, par exemple, de personnes de 70 ans jetant des pierres à la police.

En ce qui concerne les médias, dans leur grande majorité, ils soutiennent les décisions financières et politiques du gouvernement et de la troïka. En se concentrant sur les destructions de bâtiments, ils créent une image de l’anarchie et de la peur qui dissuade les gens de protester dans les rues.

Pour vous, quel est le but des cures d’austérité, quand on sait désormais qu’elles n’aboutissent qu’à la destruction de la macro-économie et des acquis sociaux ? 

Le but du programme d’austérité est double : d’une part, il permet de donner aux banques et aux autres détenteurs de la dette grecque le temps de la transférer aux contribuables grecs et européens. Comme l’économiste Costas Lapavitsas l’a récemment fait remarquer, la politique de l’UE a ainsi réussi à transformer un problème de dette entre un Etat et ses bailleurs de fonds privés par un problème de la dette entre les Etats et les organisations bilatérales. D’autre part, le programme d’austérité a visé et a réussi à violer toutes sortes de droits pour les travailleurs, qui avaient été conquis par les travailleurs dans des revendications douloureuses durant le 20ème siècle.

Peut-on parler d’une volonté cachée de s’approprier des biens publics à bas cout ? 

Au nom du remboursement de la dette, le gouvernement est en effet en train de mettre en vente des propriétés privées à un prix très faible, non seulement à des acheteurs étrangers, mais aussi aux élites financières grecques. Sur le même temps, il prend des décisions hâtives de politique étrangère, en formant des alliances maladroites, ce qui fait diminuer encore plus son rôle dans l’échiquier mondial.

Il est important de noter que la récession actuelle en Grèce n’a pas de précédent dans les dernières décennies à travers le monde entier. Une telle destruction massive des ressources sociales se passe seulement au cours des périodes de guerre. Ni en Argentine, ni en Russie n’ont été observées une réduction de 17% du PIB, comme nous l’avons maintenant en Grèce.

La campagne de privatisation a débuté avec des appels d’offres lancés par le gouvernement. Que pensez-vous de ces privatisations, sans révéler le contenu de Catastroïka ?

La vente des biens publics qui a lieu en Grèce a été tentée à plusieurs reprises dans des circonstances similaires. Les mêmes personnes, qui ont entrepris la vente des services publics dans les pays latino-américains, ont maintenant déplacé leurs sièges dans les pays de la périphérie européenne – et les plus compétents d’entre eux ont voyagés à Athènes au cours des derniers mois.

La procédure suit toujours exactement les mêmes étapes : au début, le gouvernement, en collaboration avec les médias de masse, lance une attaque vigoureuse contre les fonctionnaires, qui sont présentés comme les responsables de tous les déboires financiers du pays. Le mythe d’un secteur public sur-dimensionné est souvent basé sur la manipulation de données par des organisations qui ont soutenu et soutiennent encore le gouvernement. Parallèlement, les organismes publics spécifiques sont délibérément laissés à leur sort et non pris en charge, et les citoyens sont exaspérés en raison de leur inefficacité. Le processus est complété par la vente des organisations publiques les plus rentables, pour une fraction de leur valeur réelle.

Pensez-vous que le choc en grèce a laissé place à l’action ? 

Comme dans d’autres endroits, où une telle thérapie de choc a été appliquée, beaucoup de gens en Grèce se sentent engourdis par la situation. D’autres, malheureusement, ont encore l’idée fausse qu’ils se débrouillent pour échapper à la crise. Toutefois, en raison de la gravité de la situation, le temps historique en Grèce se rétrécit rapidement et les gens pourraient bientôt atteindre la limite de leur tolérance. Cela pourrait très probablement déclencher une insurrection.

Comment voyez vous l’avenir proche de la Grèce avec les élections qui semblent se préciser pour avril ou mai ? Quel est votre regard sur les partis politiques  actuels et en formation ?  

Malgré l’effort de présenter l’actuel premier ministre Lucas Papademos comme un technocrate immaculé qui va tout arranger, il est maintenant clair que beaucoup de gens n’ont pas confiance en sa manière de gérer la situation. Papademos n’a aucune légitimité et aucune influence dans la société grecque, mais il pourrait bien être maintenu à son poste après l’élection, en fonction de l’équilibre des forces entre les deux grands partis politiques. Un gouvernement d’unité entre eux, comme celui que nous avons maintenant, ou peut-être avec l’aide d’un ou plusieurs petits partis est le résultat le plus probable des élections selon les sondages. Il est important de noter que le plus grand pourcentage dans les sondages est celui des personnes qui répondent « je ne sais pas » à la question « Pour qui allez-vous voter ? »

Le soi-disant parti social-démocrate (PASOK) va probablement gagner environ 13-17%, tandis qu’à droite, la Nouvelle Démocratie est à 25% environ dans les sondages. Même ce nouveau gouvernement sera un gouvernement instable. Sa principale fonction sera de voter un nouveau paquet de mesures d’austérité en juin, qui sera imposé à la suite de l’échec du budget de 2012. Ce paquet ancrera plus profondément la Grèce dans la récession dans laquelle elle est depuis les cinq dernières années.

En ce qui concerne les nouveaux partis qui sont maintenant créés, la plupart d’entre eux rassemblent des visages connus du système politique, qui proviennent de ces deux principaux partis. Ils sentent le grand mécontentement de la population et ils essaient de sauver leur avenir politique. Cependant, les idées qu’ils prêchent ne remettent pas en cause les véritables raisons qui ont amené la Grèce au mémorandum avec la Troïka. En fait, ils essaient de sauver le système actuel, inhibant ainsi des réactions plus radicales vers un avenir plus juste et plus démocratique avec l’égalité pour tous.

Que pensez vous du mouvement Rebranding Greece / Give Greece a Chance qui souhaite changer l’image de la Grèce ?

Le problème de la Grèce n’est pas un problème de marketing, d’autant que les entreprises qui soutiennent cette initiative ont applaudi les politiques du FMI et de la BCE.

Comment le citoyen européen peut-il aider concrètement la Grèce et la population grecque ?  

Chaque citoyen devrait comprendre que nous sommes tous victimes des mêmes politiques et que chaque nouveau prêt proposé à un pays endetté, comme la Grèce, rapproche d’un pas de plus vers la soumission financière et politique au diktat de la troïka. Ainsi, la meilleure façon pour chaque citoyen est de se soulever contre son propre gouvernement si celui-ci décide ce genre de politique.

Pour revenir à Catastroïka, les donations ont-elles été suffisantes pour financer le projet ? Avez-vous une date officielle de sortie ?

Le documentaire sera diffusé dans les dernières semaines d’avril. Il y a eut de nombreux dons et de nombreuses personnes étaient prêtes à aider, mais les sommes données ont été beaucoup plus petites que dans le cas de Debtocracy, en raison de la crise. Beaucoup de personnes de l’étranger ont également contribué à travers notre site web catastroika.com, depuis qu’ils se rendent compte que le documentaire présente également la situation de leur propre pays.

(source : ) 

3 commentaires pour “CATASTROÏKA – la privatisation devient publique”
  1. InterObjectif dit :


    Système d’exploitation « eurosoft »


    Campagne électorale -- Athènes 12 juin 2012

    À quatre jours des élections tout se désintègre. Le réel et ses perceptions, notre doxa politique ainsi que tous ses paradoxes réunis, désormais mis à nu. On nous « prépare » pour l’installation de la nouvelle version du système d’exploitation « eurosoft », le formatage serait en cours. Ainsi et par précaution, dans nos clusters ou dans nos caves, nous stockons déjà de la nourriture, de l’essence et de la patience. Au cas où… Visiblement, comme dans toute guerre, la peur se mêle à l’espoir à de proportions toujours plus improbables. Certains même, parmi les humbles « attitrés » de la première ligne, céderaient même à la panique. Citoyens disons lambda, des matricules et des comptes. Chez ceux, qui possèdent encore un peu d’économies, c’est sauve qui peut. Enfin et pour ne rien arranger, fatalement s’y ajoutent aussi, les « pertes collatérales », comme ce pharmacien, abattu à l’heure du repas de midi par les bandits du jour, nos pharmacies seront donc fermées demain vendredi, en signe de deuil et de protestation, car la criminalité rampante de ces derniers mois, est analysée et vécue, comme un fait politique.

    « Températures de saison » -- Athènes 12 juin 2012

    Avant hier, Antonia, retraitée modeste de la Grèce rurale, a reçu son avis d’imposition de l’année 2012, et depuis, elle ne sait plus comment y faire face. Refrain connu, la retraite déjà maigre est amputée, tandis que l’imposition se trouve considérablement augmentée. Yannis, petit commerçant encore en activité voit son imposition tripler cette année, et il s’en sortira grâce à son épargne. Il est moins serein qu’il y un an : « J’ai 71 ans, je travaille depuis l’âge de seize ans, ce magasin je l’ai depuis quarante ans, je travaille encore, mais je vois que c’est fichu. Je veux que ce pays soit enfin gouverné par sa jeunesse, que tous ces anciens de la Nouvelle Démocratie et du PASOK disparaissent à jamais. Ils ont trop mangé durant trente ans, ils ont placé leurs sbires dans l’administration, ce n’est plus tolérable ». Un autre homme, la quarantaine passée, intervint alors dans la discussion : « Nous ne voulons plus les voir… et nous prendrons les armes… » Qui, comment, contre qui ? Mystère. Et la mort, nous guette, y compris dans un sens très politique. Un militaire à la retraite s’est suicidé hier, mais la nouvelle n’a pas été largement diffusée. Les médias ne rapportent plus grand chose à propos des suicides, propagande ou alors banalisation ?

    Les déclarations de François Hollande à la « Une » de la presse grecque -- 14/06/2012

    Ici, le futur c’est pour demain matin. Notre Démocratie Hellénique ainsi brisée en mille morceaux… se terminerait, on le sent, et on assiste peut-être déjà, à son râle agonique. Car sa mise à mort est inscrite sur la feuille de route des bancocrates. C’est ouvertement exprimé à Bruxelles ou à Berlin, et on commence à le suggérer même depuis Paris : « Votez Mémorandum et on vous aidera ensuite ». C’est en résumé ce que le Président de la République française, a souhaité nous dire à sa manière, certes, et très gentiment mercredi soir, en accordant une interview à la chaine de télévision grecque « Mega », soit dit au passage, la télévision la plus « en phase » avec le régime bancocrate et le Pasokisme chez nous, pratiquant la déformation systématique des propos des adversaires politiques du système. C’est évident. Les intérêts des élites politiques et économiques françaises, souhaitent nous maintenir en… milieu carcéral eurolandais, nous avertissant d’ailleurs sans mentir, que parmi les « geôliers », certains étant plus « méchants », nous « prépareraient » alors pour le bagne. C’est finalement le seul sens réellement existant (et restant) de l’Union Européenne : anti-démocratique, anti-populaire, anti-social, anti-humaniste, et ceci, depuis étouffement du « Non » des Français au référendum sur le traité établissant une « Constitution pour l’Europe » de 2005, et jusqu’au vote anti-mémorandum grec du 6 mai 2012. L’histoire s’en souviendra et les historiens de l’après U.E., souligneront l’ironie dans toute sa diachronie. Un futur cas d’école à Sciences Po. Mais, il ne faudrait pas non plus accabler incommensurablement les politiques, il agissent rarement « hors saison », et avouons-le, même les historiens n’y arrivent pas parfois. Donc passons ? Sauf que la déclaration de François Hollande, peut aussi indiquer une porte de « sortie honorable », c’est à dire la négociation du Mémorandum, une thèse déjà… Syriziste, selon l’analyse de l’hebdomadaire satyrique « To Pontiki » jeudi 14 juin.

    Place de la Constitution -- reporteurs -- Athènes 14 juin 2012

    Depuis Athènes, on se montrera assez compréhensifs avec le futur encore une fois, à défaut de l’avoir suffisamment été avec le sens de l’histoire. « Votez mémorandum, car sinon, l’axe franco-allemand ou banco-allemand, ou banco-americain, (ou tout à la fois), ira passer le balai chez vous, et sur les derniers morceaux de votre miroir démocratique brisé ». Voilà le message d’alerte avant formatage. Pas de choix, le formatage de très bas niveau comme unique option. Pourquoi se rendre aux urnes, là où le droit de vote ne sera plus une fonction installée par le… système d’exploitation ? Question d’emballage peut-être, mais pas pour si longtemps et pas qu’en Grèce.

    Là résiderait le sens profond du paradigme grec. Car faire croire aux opinions publiques de la perfide eurocratie, que le pays représentant 3% de l’économie de « l’Euro belt » détruira la dernière monnaie continentale gérée par l’Allemagne, ou que le méta-capitalisme mondial serait en péril parce 30% des Grecs ont fraudé vis à vis du fisc de leur pays, (à l’image du 100% des maîtres économiques de ce très monde) c’est courir le risque du bug pour… rien.

    Le seul grand paradigme qui découle de l’affaire grecque se résumerait en cette volonté de pulvériser les institutions démocratiques dans un espace publique si proche du modèle occidental, et néanmoins si « exotique » pour pouvoir le stigmatiser, et ainsi permettre un des meilleurs « essais nature », avant la finalisation du projet ailleurs. Ce qui n’enlève rien à la responsabilité des Grecs eux-mêmes, car ils ont cru participer à la « fête » du turbocapitalisme et du consumérisme, faisant comme si, leur pays était une grande puissance géopolitique tout en cautionnant un pouvoir politique durablement petit et historiquement néfaste.

    La Grèce n’est pas un pays européen au même titre que ceux de l’eurocentre, ni balkanique d’ailleurs de la même manière que ses voisins. Dépourvu d’authentique bourgeoisie industrielle, et sans vrai capitalisme non plus pour les mêmes raisons, ce pays fut le seul des Balkans à ne pas connaître le… réalisme du socialisme intégral de l’après 1945. La Guerre civile n’a rien arrangé (un épisode quasi inaugural d’ailleurs de la Guerre froide), et on se souvient encore, combien l’ambassadeur des États-Unis, pouvait également, administrer de gifles (au sens propre et figuré), aux « ministres » du « gouvernement » grec de l’époque. Depuis, le capitalisme familiocrate individualiste avant l’heure, s’est imposé comme « règlement intérieur » du pays.

    Kiosque « Nouvelle Démocratie » -- Athènes 14 juin 2012

    Travail, famille et clan, voilà une dimension de taille dans le projet sociétal, et en plus, sans cette osmose entre le monde de la gauche et celui de la droite au sein du même État-nation, sans ces compromis nécessaires, initiateurs des trente glorieuses (comme en France dès 1944-1946), voilà une autre conséquence de la Guerre civile. Ainsi la Grèce a finalement basé son « essor » sur l’émigration de ses jeunes vers l’Allemagne, l’Australie et les États-Unis, sur la petite propriété et entreprise, sur la marine marchande et enfin sur le tourisme. Car il demeure significatif qu’encore de nos jours, les salariés du secteur privé employés des entreprises d’une certaine taille, disons capitalistique, demeurent minoritaires. Petite entreprise, individualisme acharné, clientélisme et microcapitalisme clanique ont relativement bien fonctionné jusqu’à l’avènement de la « parousie bancaire », et de sa sœur adoptive ou jumelle (c’est selon) l’Union Européenne, (et des autres structures porteuses du même projet « social ultraliberal » comme le FMI par exemple). La suite de l’histoire semble mieux connue, introduction de la monnaie euro-allemande (l’euro), et spéculation illimitée, accompagnée de l’endettement et d’une acculturation… globalisante.

    Les politiciens n’ont jamais voulu expliquer ces enjeux à leurs clients, les « citoyens », et ses derniers, peu regardants sur les conséquences et le long terme, ils se sont contentés des facilités, comme avec « leurs » banquiers. Pourtant, il y a un paramètre très occidental, traversant l’altérité de « l’hybris » grecque. Le régime politique demeure démocratique (certes, porteur d’un sens dans le civisme assez atrophié), tandis que les libertés d’expression et de débat n’ont rien à envier à leurs équivalents, chez les autres démocraties à l’occidentale, de l’avant crise en tout cas. Une démocratie finalement para-bourgeoise, parachutée jusqu’au Kilimandjaro du néo-capitalisme des bancocrates, sans se donner la peine de passer (et sans le pouvoir) par le stade stabilisateur et créateur de structures et des mentalités « grand productives », celui de l’industrie et de l’innovation.

    D’où l’immense intérêt du crash test grec : « Broyons le paradigme atypique pour mieux affiner les méthodes ailleurs ». Décidément, le siècle bancocrate soit il verra le jour dès demain sans la démocratie, soit les peuples redeviendront souverains et les travailleurs retravailleront, mais encore, il va falloir inventer à l’échèle du monde pour ainsi façonner un autre cadre international ou régional, en Europe déjà, ce qui n’est guère démontrable par avance ou par auto-proclamation.

    Nul n’est prophète nulle part, et les Grecs qui n’ont rien « d’un peuple élu », et ceci, en dépit des inepties conspirationnistes racontées, très en vogue chez nous en ce moment. En revanche, ce qui est certain c’est que le peuple grec se trouve (presque) « malgré lui », sur la première ligne de la Troisième Grande guerre des monnaies et des géopolitiques en gestation à travers cette région « hypostasique » du monde. Et les enjeux de cette guerre, froide d’abord et potentiellement « chaude » par la suite, échappent (partiellement) à notre grille d’analyse en Grèce, pourtant, après deux années, vécues sous le memorandum.

    « Place Syntagma » derrière l’arbre de Dimitri, la Nouvelle Démocratie a installé son kiosque -- 14/06/2012

    Et on ira enfin revoter. Place Syntagma et derrière l’arbre de Dimitri, la Nouvelle Démocratie a installé son kiosque à l’ancienne. Mauvais présage ? Ainsi, les plus accablés parmi nous sont pessimistes sur le court terme -- SYRIZA ou pas -- car tout semble nous conduire vers la « gentille » Apocalypse, sauf qu’on peut aussi savourer ces rares moments créatifs dans l’action politique, à travers les terrasses des cafés, les meetings et enfin nos plages, très fréquentées. C’est vrai qu’à 35°C à l’ombre et au chômage, le temps ne manque plus. Pareillement, pour ceux qui travaillent encore, c’est désormais la semaine de quatre ou de trois jours, comme chez certaines maisons d’édition athéniennes. Cela fait aussi partie du formatage.

    La désintégration se précise alors. Hier, mon ami S.P., instituteur, s’est rendu à « sa » banque, pour retirer 5.000 euros, c’est à dire l’ensemble de ses économies. Prétextant le changement de la législation ainsi que du règlement, les employés de l’agence, ont exigé la présentation d’un certain nombre de documents, (avis d’imposition par exemple) pour que la demande puisse aboutir. Mais à chaque fois, un nouveau document manquait, comme par hasard. S.P., excédé, s’est rendu enfin au commissariat le plus proche, pour… se faire aider, car il considère que la banque n’a pas le droit de refuser la restitution de cette somme. Les policiers, souriants et amers, lui ont alors expliqué que « tout simplement le clash commence et qu’on ne peut plus rien faire ».

    Au théâtre d’Hérode Atticus -- Athènes 12 juin 2012

    Les économies restantes des particuliers seraient sans le dire en train d’être saisies par les banques, au même moment où « l’État grec », ne verse que les salaires et les retraites. Tout le reste s’effondre, système de santé, fournisseurs… et la violence court les rues. Bientôt la crise humanitaire sera ouverte, organisée par les bancocrates et tout serait bouclé guichets fermés. Les nantis et les « débrouillards » ont acheté de l’immobilier à Londres ou à Berlin et le meilleur « Syrizisme réel », aura du mal à imposer la fiscalité juste, déjà dans un pays sans économie. Et Samaras encore moins. Voilà ce que la logique nous suggérerait. Sauf que la création humaine n’est pas rationnelle et le totalitarisme bancocrate non plus.

    Attendons le 17 juin et profitons de l’instant. Au théâtre d’Hérode Atticus, construit au pied de l’Acropole d’Athènes, une représentation de « Il Trovatore » de Guiseppe Verdi par L’Opéra National Grec a été fort appréciée. Moments achroniques enfin, véritablement européens, hors de la portée du système « eurosoft ».

    « Il Trovatore » de Guiseppe Verdi -- Athènes 12 juin 2012

  2. dit :

    [...] plus d’infos et de témoignages [...]

  3. [...] CATASTROÏKA -- la privatisation devient publique | InterObjectif.Net termeni noi: Debtocratie CATASTROIKA….eu mai degraba i-as spune CACASTROIKA Reply With [...]

  4.  
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