Crise systémique globale / Dislocation géopolitique mondiale

Fin 2011 : Chute du « Mur des pétro-dollars » et choc monétaro-pétrolier majeur pour les USA

- Communiqué public GEAB N°52 (15 février 2011) -

Avec ce numéro 52 du GEAB, notre équipe célèbre deux anniversaires importants en terme d’anticipation. C’est en effet en Février 2006, il y a donc cinq ans exactement, que le GEAB N°2 a rencontré brusquement un succès mondial en annonçant le prochain « Déclenchement d’une crise mondiale majeure » caractérisée notamment par « La fin de l’Occident tel qu’on le connaît depuis 1945 ». Et c’est il y a deux ans exactement, en Février 2009, qu’avec le GEAB N°32, LEAP/E2020 anticipait le début de la phase de dislocation géopolitique mondiale pour la fin de cette même année. Dans les deux cas, il est important de noter que l’intérêt indéniable suscité par ces anticipations au niveau international, mesurable notamment aux millions de lecteurs des communiqués publics concernés, n’a eu d’équivalent que le silence des principaux médias sur ces mêmes analyses et l’opposition farouche (sur Internet) de la très grande majorité des experts et spécialistes économiques, financiers ou géopolitiques.

Taux de chômage officiel (12/2010)
Source : BMGBullion, 01/2011

Pourtant, en ce début 2011, plus grand monde ne doute que nous sommes bien engagés dans un processus d’ampleur historique qui voit le monde d’après 1945 s’effondrer sous nos yeux, Etats-Unis en tête, tandis que la communauté internationale se disloque chaque jour un peu plus, tout comme le tissu social et économique de la plupart des pays de la planète (1). Mais cette évidence actuelle n’a bien entendu pas empêché « décideurs et experts » (2), en 2006, d’être certains qu’il n’y avait aucun risque de crise importante à l’horizon ; et, en 2009, qu’il était absurde d’imaginer le moindre risque de dislocation de l’ordre mondial en place et encore moins de l’ordre social. Hélas, aujourd’hui, la capacité intellectuelle de ces élites à faire face aux changements en cours ne semble pas s’être améliorée puisque les mêmes « décideurs et experts » n’imaginaient pas possible il y a seulement deux mois que la Tunisie, puis l’Egypte puissent voir leurs régimes être renversés prochainement. Gouvernements et institutions internationales aveugles (3), experts et médias dépassés (4), … les élites occidentales, et leurs clones des différentes régions du monde, continuent à s’enfoncer sur les « holzweg » [fausses routes] de l’Histoire, ces chemins forestiers qui ne mènent nulle part, ou plus exactement comme le soulignait Heidegger, qui ne mènent quelque part que si on a l’humilité d’être constamment à l’écoute de la forêt et de ses signaux (5).

Néanmoins, alors que les signaux deviennent de vraies sirènes d’alerte, nos élites semblent décider à tout faire pour les ignorer. Prenons un exemple très récent : la comparaison des évènements affectant le monde arabe avec la Chute du Mur de Berlin. Notre équipe a été très intéressée de constater que cette image que nous utilisons depuis 2006 pour aider à comprendre le processus en cours de désintégration de la puissance des Etats-Unis, est désormais reprise allègrement par des dirigeants politiques (Angela Merkel en-tête (6)) et des experts en tout genre. Pourtant, à ce jour, ceux-là même qui font cette comparaison semblent s’interdire de poursuivre leur cheminement intellectuel jusqu’au bout, jusqu’au moment où il débouche sur une compréhension de la dynamique des évènements. Ils se contentent de décrire, sans analyser.

Taux de chômage par pays dans le monde arabe et en Iran
Source : Le Temps, 11/02/2011

Or ce « mur » qui s’effondre a bien été construit par quelqu’un, ou quelque chose, et dans un but précis. Le « Mur de Berlin » avait été construit par le régime est-allemand, dans le contexte plus général du « Rideau de Fer », voulu par l’URSS, pour séparer le plus hermétiquement possible le bloc communiste de l’Occident. Et cela visait essentiellement à éviter toute remise en cause du pouvoir détenu par le parti unique dans chaque pays communiste afin de perpétuer le contrôle par Moscou des pays européens de l’Est ; en échange, Moscou assurait soutien sans faille et prébendes en tout genre aux dirigeants des pays d’Europe de l’Est. L’effondrement du « Mur de Berlin », remettant en cause ces monopoles de pouvoir et donc les objectifs qu’ils servaient, a ainsi provoqué en quelques mois la chute successive de tous les régimes communistes d’Europe de l’Est pour se terminer deux ans plus tard par la dissolution de l’URSS et la fin de soixante-dix ans de pouvoir absolu du parti communiste russe.

Alors, si c’est aussi un « mur » qui est en train de tomber sous nos yeux dans le monde arabe, pour pouvoir espérer anticiper la suite des évènements, il est essentiel de pouvoir répondre à ces questions : qui l’a construit ? Dans quel but ? Et les réponses ne sont pas si difficiles à trouver pour qui ceux qui ne regardent pas l’actualité avec des œillères idéologiques :

- ce « mur » a été construit par chacun des dictateurs (ou régimes) arabes de la région afin de s’assurer du maintien de leur monopole sur le pouvoir et les richesses du pays, en évitant tout risque de remise en cause de leur parti unique ou de leur légitimité dynastique (pour les royaumes). En ce sens, il y a très peu de différence entre les cliques au pouvoir dans les pays arabes et celles qui dirigeaient les pays communistes.

- ce « mur » s’intégrait dans le dispositif plus général mis en place par Washington pour préserver son accès préférentiel (et en Dollars US) aux ressources pétrolières de la région et préserver les intérêts d’Israël. L’intégration poussée de l’appareil militaire et sécuritaire de ces pays (sauf la Syrie et la Lybie) avec le dispositif de défense des Etats-Unis assur(ait) un soutien américain sans faille et permet(tait) aux dirigeants arabes concernés de bénéficier de prébendes en tout genre sans risque de remise en cause par des forces intérieures ou extérieures.

- Ainsi, en réfléchissant un peu plus à sa comparaison avec la Chute du Mur de Berlin lors de la Conférence sur la Sécurité de Munich, la chancelière allemande aurait pu se tourner vers sa voisine de débat, la Secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton, et lui demander : « Ne pensez-vous pas que les évènements actuels en Tunisie et en Egypte sont les premiers signes de la chute de tous les régimes qui dépendent de Washington pour leur survie ? Et qu’ils peuvent en particulier conduire à un effondrement rapide du système d’approvisionnement en pétrole des Etats-Unis tel qu’il a été mis en place il y a des décennies ? Et donc du système global de facturation du pétrole et du rôle central du Dollar en la matière ? (7) ». Pendant que l’audience de la Conférence sur la Sécurité de Munich se serait soudain rendu compte qu’ils débattaient enfin de quelque chose de sérieux (8), Angela Merkel aurait pu ajouter : « Et concernant Israël, ne pensez-vous pas que cette chute de « mur » va impliquer très vite la nécessité de reconsidérer toute la politique américano-israélienne dans la région ? (9) ». Et là miracle, la Conférence sur la Sécurité de Munich aurait repris pied dans le XXI° siècle et le débat euro-américain pouvait se ressourcer dans le monde réel au lieu de divaguer dans la virtualité transatlantique et la lutte contre le terrorisme.

Hélas, comme nous le savons tous, cet échange n’a pas eu lieu. Et les divagations de nos dirigeants risquent donc de continuer avec comme conséquence d’accentuer les chocs de l’année 2011 et de son caractère impitoyable comme anticipé dans le GEAB N°51.

Performance annuelle relative de 40 classes d’actifs
(en %, valorisation en $ US) (en vert : gain / en rouge : perte)
Source : Chris Martenson, 04/02/2011

Pourtant, LEAP/E2020 est convaincu que les évènements actuels dans le monde arabe, dont nous avions correctement anticipé les mécanismes, sont avant tout la traduction régionale des tendances de fond de la crise systémique globale, et en particulier de la dislocation géopolitique mondiale (10). A ce titre, ils sont les prémisses de chocs majeurs dans les trimestres à venir. Nous estimons en particulier que la fin 2011 sera marquée par ce que notre équipe appelle la « Chute du Mur des pétro-dollars » (11) qui génèrera immédiatement un choc monétaro-pétrolier majeur pour les Etats-Unis. C’est d’ailleurs l’un des sujets principaux de ce GEAB N°52 avec l’anticipation plus générale de l’évolution du monde arabe (y compris un indicateur précis du risque-pays dans la région). D’autre part notre équipe analyse l’accélération en cours du processus d’émergence de l’Euroland et ses conséquences pour l’Euro et la situation en Europe. Enfin, nous présentons nos recommandations concernant tous ces évènements.

Notes :

(1) Même le FMI, à l’imagination pourtant peu développée, évoque désormais le spectre de guerres civiles à travers toute la planète comme le rapporte le Telegraph du 01/02/2011 ; tandis que The Onion du 24/01/2011 s’exerce avec succès à l’humour noir dans un article étonnant, mais révélateur de l’ambiance actuelle, qui évoque la désignation par la Fondation du Patrimoine Mondial, sponsorisée par Goldman Sachs, du « Fossé entre riches et pauvres de la planète » comme étant la 8° Merveille du Monde du fait de son ampleur désormais sans équivalent.

(2) Nous mettons des guillemets car à notre avis un décideur qui ne prévoit rien et un expert qui ne sait rien sont en fait des imposteurs.

(3) La CIA et le gouvernement français fournissent deux illustrations exemplaires de cette tendance générale : ils n’ont rien vu venir en Tunisie et en Egypte, alors même que les uns dépensent des dizaines de milliards de Dollars par an pour espionner le monde arabe et que les autres se promenaient au plus haut niveau (Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères) au cœur des pays concernés. La simple lecture de nos anticipations de 2008 (GEAB N°26) sur le sujet aurait pourtant pu les mettre sur la piste puisque ce sont exactement les tendances décrites alors qui ont abouti aux évènements tunisiens et égyptiens de ces dernières semaines. Comme le résume brutalement le Spiegel du 03/02/2011, « La révolution, ça n’est pas bon pour les affaires » … surtout quand on a rien vu venir pourrait-on ajouter.

(4) En la matière, les investisseurs et les acteurs économiques qui se sont contentés de ces analyses se retrouvent aujourd’hui dans des difficultés sérieuses puisque les « El Dorado » promus à coup de reportages et de commentaires « éclairés » se sont transformées brutalement en piège à capitaux, en zones instables, en prévisions incertaines. Les « fantastiques avantages compétitifs » sont quant à eux devenus en une nuit ou presque des « risques pays insupportables ». Délocalisation, sous-traitance, tourisme, construction d’infrastructures, … pour l’ensemble de ces activités, c’est en effet tout le contexte social, légal, économique, monétaire et financier des pays concernés qui est projeté dans l’inconnu.

(5) Petite remarque philosophique et méthodologique : sans aucune préméditation, notre équipe s’inscrit ici à nouveau dans une approche très franco-allemande puisque notre travail d’anticipation s’appuie non seulement sur cette notion d’ « écoute » et de dévoilement de réalité chère à Heidegger, mais également sur l’approche défendue par Descartes, à savoir, la définition d’une méthode rationnelle. Voilà d’ailleurs une synthèse qui devrait inspirer ceux qui actuellement travaillent à définir les futures caractéristiques de la gouvernance de l’Euroland. Pour en savoir plus sur cette question du « chemin » chez Heidegger et Descartes, on peut lire utilement cette page du site Digressions. Et pour mieux comprendre la méthode utilisée par LEAP/E2020 et tenter de l’appliquer vous-même directement, nous vous recommandons le Manuel d’Anticipation Politique publié aux éditions Anticipolis.

(6) Source : , 10/02/2011

(7) On assiste déjà à des mouvements d’ampleur autour du pétrole puisque les Etats-Unis s’apprêtent à abandonner leur propre indice WTI du cours du pétrole pour se rallier à l’indice européen Brent (champs de pétrole) auquel l’Arabie saoudite s’est déjà convertie en 2009 en abandonnant le WTI. La divergence des cours entre les deux indices a culminé avec la crise égyptienne. Nous revenons sur la question pétrolière dans un autre chapitre de ce numéro du GEAB. Source : Bloomberg, 10/02/2011

(8) Cette conférence, à l’instar du , a un air délicieusement rétro. Les organisateurs et les participants semblent ne pas avoir réalisé que le monde auquel ils appartiennent a disparu, que leurs débats n’intéressent en fait plus personne dans le monde « réel » et que les nombreuses heures d’émissions qui leurs sont consacrées sur les chaines de télévision internationales sont la mesure inverse du très petit nombre de spectateurs qui les regardent. Avec plus de 1.500 participants américains et britanniques contre 58 latino-américains et moins de 500 asiatiques, Davos incarne indéniablement le forum typique du « monde d’avant la crise », confirmé par sa signature linguistique, le monolinguisme anglophone (même sur son site web). Monolinguisme ou multilinguisme constitue d’ailleurs selon LEAP/E2020 un premier critère très simple d’évaluation pour savoir si un projet ou une organisation à vocation internationale appartient plutôt au monde d’avant la crise ou au contraire est déjà en partie adaptée au monde d’après.

(9) A ce sujet, il faut lire le remarquable éditorial de Larry Derfner dans le Jerusalem Post du 09/02/2011.

(10) Washington a ainsi fait preuve d’une impréparation absolue, puis d’une indécision évidente, confirmant non seulement la fin de tout leadership américain au niveau international mais l’accélération d’un processus de paralysie du pouvoir central américain. Pour comprendre l’importance du phénomène, il faut garder en mémoire que l’Egypte est l’un des pays au monde qui est le plus directement financé et encadré par les Etats-Unis depuis la fin des années 1970. D’ailleurs, le New York Times du 12/02/2011 résume très bien la situation, tout en essayant de la présenter comme une stratégie alors qu’elle n’est qu’une absence de stratégie, en décrivant la gestion de la crise par Barack Obama comme étant du « straddle », une technique boursière consistant à essayer de se couvrir des deux côtés quand on sent qu’un événement important va arriver mais qu’on a aucune idée du sens qu’il va prendre. Au passage, l’article illustre le clivage entre « anciens » et « modernes » que cette crise a fait émerger au cœur du pouvoir US. Mais, nous revenons plus en détail sur tous ces aspects et leurs conséquences dans une autre partie de ce GEAB.

(11) Qui est un segment stratégiquement essentiel du « Mur Dollar », comme le « Mur de Berlin » l’était pour l’ensemble du « Rideau de Fer ».

(source : Laboratoire Européen d’Anticipation Politique – LEAP)

14 commentaires pour “Fin 2011 : Choc monétaro-pétrolier majeur pour les USA !”
  1. Bill Bonner dit :

    Tous nos problèmes sont résolus !

    Prenons un peu de recul et examinons l’ensemble du tableau.

    En 2007, après avoir passé 60 ans à abuser du crédit, l’économie américaine a craqué.

    Les taux d’épargne ont grimpé… passant de près de zéro à 7%. Les maisons ont été saisies. Les gens se sont débarrassés de leurs cartes de crédit. Wall Street a vacillé… et a failli chuter.

    Les autorités se sont précipitées pour essayer de mettre fin à la correction.

    Elles ont lancé quasiment toutes leurs forces dans la bataille contre les « Grands D » — déflation, désendettement, défaut et dépression.

    Relances budgétaires, relances monétaires, relances non-conventionnelles — pour des milliers de milliards de dollars. Le plus grand programme de relance de tous les temps — avec des déficits budgétaires de 10% du PIB… des dépenses spéciales consacrées à des programmes « prêts à l’emploi » à hauteur de 800 milliards de dollars… des taux d’intérêt à zéro… et pour la Fed, un total de 1.700 milliards de dollars de rachat de titres adossés aux créances hypothécaires et de dette du Trésor US.

    Et que s’est-il passé ?

    Eh bien… pas grand’chose. Le chômage a grimpé à près de 10% (après que le président Obama ait promis que son programme de relance le maintiendrait à 8%). Environ 20 millions d’Américains sont toujours sans emploi.

    Les prix de l’immobilier américain chutent toujours. Idem pour les saisies.

    Le PIB US est dans le vert, en tout cas… ce qui signifie, techniquement, que la récession est terminée. Mais après des relances aussi conséquentes (des taux d’intérêt négatifs depuis plus de deux ans)… on serait en droit d’attendre plus qu’une augmentation aussi tiède.

    De toute façon, qui sait ce qui se passe vraiment ? Les chiffres sont tous exprimés en dollars. Et aujourd’hui, qui sait ce que vaut le dollar ?

    L’argent brûlant de la Fed a inondé le monde. Les prix de l’alimentation grimpent en flèche. Le pétrole frôle les 100 $ le baril. Un analyste reconnu prédit qu’il atteindra les 300 $ d’ici 2020.

    Selon les autorités, le taux d’inflation central aux Etats-Unis est toujours inférieur à 2%… mais le taux central n’inclut pas les choses qui grimpent le plus — l’alimentation et l’énergie. Si l’on tient correctement compte des véritables augmentations du coût de la vie…

    … si l’on se débarrasse de la croissance douteuse causée par les dépenses déficitaires du gouvernement (qui ne pourront être prolongées éternellement)…

    … la croissance réelle du PIB pourrait être en fait négative !

    La Grande correction continue, en d’autres termes. Désorientante et frustrante… avec des signaux mitigés et des faux départs. Elle se poursuivra pendant longtemps. Parce que plus les autorités luttent, plus les cordes se resserrent.

    L’argent brûlant des autorités stimule les cours des actions. Mais les matières premières grimpent aussi. De même que les prix de l’alimentation et de l’énergie que paient les consommateurs. Le consommateur a moins de pouvoir d’achat réel. Les marges des entreprises sont mises sous pression.

    Pendant ce temps, la Fed continue d’imprimer des dollars — 600 milliards sont prévus entre janvier et juin de cette année. Les détenteurs de dollars alertes se demandent combien de temps ça peut durer. Les investisseurs astucieux se demandent quant à eux comment ça pourrait s’arrêter.

    S’il faut un déficit budgétaire de 1.500 milliards de dollars et des taux d’intérêt négatifs pour produire une croissance de 3%… que feraient un budget équilibré et un taux à 3% ?

    Nous n’en savons rien. Mais nous sommes certains d’une chose : personne à Washington ou en position d’autorité ne veut le découvrir.

    Le Financial Times rapportait cette semaine que M. Obama proposera de réduire les déficits américains de 1.100 milliards de dollars sur les 10 prochaines années.

    Attendez une minute… ça fait 110 milliards par an… sur un budget annuel de 3.700 milliards de dollars — soit une réduction (asseyez-vous, cher lecteur) de 3%… ou seulement 7/10ème d’1% du PIB !

    Youpi ! Alléluia !

    Tous nos problèmes sont résolus.

  2. Milouone dit :

    :lol: Euh c’est quoi ces chiffres ! La Thailande en dernière position avec 0.9% de chômage ! Ahahah ! Jamais rien vu d’aussi drôle, c’est mes voisins du village qui vont être contents ! (ma femme est thaï) ;-)

  3. Mattdyeux dit :

    Même « officiel » ils sont déjà bien important. :)
    1 personne sur 5 au chômage en Espagne (si ce n’est plus…). OUAH.

  4. L’actualité de la crise : A QUOI BON ?

    « A quoi bon ? » Telle est la réflexion que se fait un chroniqueur perplexe contemplant son clavier, sa revue de presse achevée, après avoir constaté combien sa moisson sombre dans la routine, ne lui donnant d’autre ressource que de se répéter.

    Au terme de deux jours de réunion lundi et mardi dernier, pour vainement camoufler leurs désaccords, les ministres des finances européens déclaraient faute de mieux s’être mis d’accord sur le montant des aides que le futur fonds pourra mobiliser en 2013 – si tant est qu’ils parviennent à en définir les missions ! La mise au point des têtes de chapitre de leur pacte de compétitivité, condition préalable à des mesures financières plus immédiates, nécessite en effet une tournée européenne des popotes par Herman Van Rompuy, le président de l’Union européenne pour arriver à un compromis. Rendez-vous est donc pris pour le 11 mars prochain, date à laquelle il rapportera devant les chefs d’Etats et de gouvernement de la zone euro. En attendant, comme l’a déclaré Jean-Claude Juncker, chef de file de l’Eurogroup, « il n’y a accord sur rien tant qu’il n’y a pas d’accord sur tout ».

    Cette nouvelle attente fait trépigner d’impatience certains pays qui s’en trouvent d’autant plus fragilisés, comme le Portugal, toujours au seuil de la zone des tempêtes. Tandis que tous les regards sont tournés vers Berlin, où la politique européenne se fait désormais, ou plutôt ne se fait pas. La renonciation à la candidature à la présidence de la BCE d’Axel Weber a porté un coup à une politique qui procède plus de la cuisine électorale intérieure que d’une vision de l’avenir de l’Allemagne et de l’Europe, renforçant le camp des partisans du refus de participer plus avant à un mécanisme européen de stabilisation financière : Axel Weber à la tête de la BCE était une garantie.

    Dans la confusion ambiante, des rencontres européennes des partis de droite puis des socialistes vont avoir lieu. Le 4 mars à Helsinki pour les premiers, les 4 et 5 mars à Athènes pour les seconds. A défaut d’autre chose, ce sera l’occasion d’entendre des partis socialistes peu diserts sur la crise et les moyens d’y faire face, sauf quand ils sont au pouvoir et mènent sans états d’âme la danse.

    Sur le front du marché obligataire, les émissions se succèdent avec des fortunes diverses, à des taux qui restent très élevés, mais la situation reste tendue et incertaine. D’aucuns n’hésitent cependant pas à saluer une victoire, précisément en raison de l’apparente accalmie qu’ils espèrent durable. « Pourvu que cela tienne ! » semble être la prière collective des dirigeants européens, puisqu’ils ne seraient pas prêts dans le cas contraire. Les marchés ne sont pas dupes mais n’ont pas intérêt à précipiter une nouvelle crise dont ils risqueraient de subir les contrecoups, comme ils y ont échappé de peu en Irlande. Cela permet aux Espagnols et aux Portugais de garder pour le moment le nez hors de l’eau, ce qui arrange tout le monde.

    Les résultats économiques atteints au 4ème trimestre 2010 sont – comme on dit dans le langage châtié –préoccupants, la croissance étant famélique : +0,3 % pour la zone euro dans son ensemble, soit +0,4 % pour l’Allemagne et +0,3 % pour la France, +0,2 % pour l’Espagne et +0,1 % pour l’Italie, alors que la Grèce plonge dans la récession à -1,4 % et le Portugal s’y installe, à -0,3 %. Que l’on considère la zone euro ou l’Union européenne, la région est globalement dans une phase récessive, que les gouvernements préfèrent qualifier de croissance molle ou modérée.

    Si l’on considère le chômage ou le pouvoir d’achat, des situations extrêmes sont relevées et s’étendent : l’Espagne a fini l’année 2010 avec un taux de chômage de 20,33 %. Celui des Britanniques, pour les 16-24 ans, est de 20,5 % : un jeune sur cinq est sans emploi. En Grèce, les revenus ont chuté de 9 % en 2010 sous l’effet des mesures d’austérité, alors que l’inflation s’est envolée de 4,7 %. Le panorama de la crise sociale s’élargit au fur et à mesure que sont mis en œuvre les plans d’austérité destinés à réduire les déficits publics. Sans autre issue que l’invocation d’un hypothétique et futur rebond, une fois que la compétitivité et la confiance des marchés seront revenues.

    La situation de l’industrie bancaire est de son côté contrastée. Aux impressionnants résultats des uns – les banques françaises aujourd’hui jeudi – correspond le sauvetage laborieux des autres. De quoi se demander, s’il en était besoin, de quoi ils sont faits dans les deux cas et de continuer à attendre avec impatience des stress tests, dont il n’est plus actuellement question.

    Après le cas des Cajas espagnoles, c’est au tour des Landesbanken allemandes d’être sur la sellette, à l’occasion de l’annonce du plan de restructuration de WestLB, qui préfigure à long terme la restructuration et la privatisation de l’ensemble de ces banques pour l’instant sous tutelle des régions.

    On comprend qu’en dépit des finesses des montages juridiques et financiers, les impasses financières restent entières sans pour autant être reconnues, loin s’en faut. Ainsi, on ne voit pas comment le gouvernement espagnol pourra éviter de recapitaliser son réseau de caisses d’épargne, au-delà de l’appel aux capitaux privés en cours, ni comment le gouvernement allemand pourra esquiver le renflouement du réseau des Landesbanken, une fois leurs actifs toxiques transférés dans des bad banks pour les rendre privatisables. Les établissements espagnols ont financé leur bulle immobilière nationale, les allemands ont joué au casino à Wall Street : cela va se payer sur fonds publics.

    Une autre comédie va être rejouée ce week-end, celle du G20 finances, avec aux manettes le gouvernement français si fécond en stratégies de communication. Les silhouettes ne correspondent pas à celles des modèles, mais Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde vont à cette occasion faire un emprunt à Cervantes et charger les moulins à vent.

    A l’occasion d’une conférence devant l’Institute of International Finance (le lobby international des mégabanques), la ministre de l’économie française a eu des phrases qui en disent long sur sa détermination : « Nous ne disons pas que la spéculation nourrit la hausse des prix. Peut-être que ça l’anticipe un peu, peut-être que ça l’accélère un peu, il y aura un débat à ce sujet, peut-être que ça n’a aucun effet, c’est aussi une éventualité ». Les spéculateurs en tremblent d’avance.

    Emmenés par Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI, dix-huit hauts fonctionnaires des banques centrales, du FMI et de la Banque des règlements internationaux – aucun n’étant encore en activité, à l’exception de la vice-présidente de la banque centrale chinoise – viennent de formuler un ensemble de propositions destinées à stabiliser et réformer le système monétaire international, deuxième grand axe de laprésidence française du G20. Dans l’immédiat, la mesure phare propose d’adopter des « indicateurs d’alerte » – non identifiés – des déséquilibres économiques mondiaux. Résultant des discussions préparatoires en cours, une liste de ceux-ci pourrait être adoptée lors du G20 finances de ce week-end : solde des comptes courants, taux de change réels, réserves de change, déficit et endettement publics, épargne privée.

    Il y a dans ce document intitulé « L’initiative de Port-Royal » – du nom des jardins surplombés par les locaux de la Banque de France où le groupe s’est réuni – d’intéressants constats sur la situation, qui font contraste avec la modestie revendiquée des propositions qu’il énonce. Il y est notamment fait référence à « l’essor incontrôlé de la liquidité mondiale » et à l’absence de « définitions et d’instruments de mesure communément admis de la liquidité mondiale », ce qui revient à reconnaître qu’on ne la connaît pas ! Corrélativement, sont aussi évoquées les vulnérabilités toujours présentes du secteur financier « liées entre autres au rôle du ‘système bancaire de l’ombre’ (shadow banking) ».

    Mais à quoi donc cette réflexion et la réunion de ce week-end vont-elles pouvoir aboutir ? Les indicateurs adoptés ne seront pas dotés de seuils, car toute proposition de cette nature ouvrirait la porte à l’adoption de contraintes et ne pourrait donc être retenue. L’immobilisme va donc prévaloir.

    Au bord de l’abîme, la gouvernance mondiale va faire un pas de plus en avant. Et la réforme du système international, l’une des clés de voûte de tout aggiornamento, va continuer à être repoussée aux calendes grecques, au nom d’une stratégie des tout petits pas qui serait la seule possible. En raison du veto absolu des Américains de ne serait-ce qu’envisager la perte par le dollar de son statut privilégié.

    Tout comme l’Union européenne, le G20 est, quelle que soit sa configuration, paralysé. Mais le spectacle doit continuer et les acteurs rester en scène ! Ceux-ci sont en fait réduits au rang de spectateurs d’une situation sur laquelle ils ont peu de prise, tentant selon la phrase célèbre de feindre d’en être les organisateurs, ce mystère les dépassant.

  5. InterObjectif dit :

    Le Portugal placé sous tutelle au printemps ?

    Selon l’agence Reuters, les Etats membres de l’Union européenne sont de plus en plus persuadés que Lisbonne sera obligé de demander une aide internationale d’ici le mois d’avril pour faire face aux échéances de sa dette.

    « Le Portugal est en train de couler. Il ne tiendra pas le coup jusqu’à fin mars. » Voilà comment une source jugée digne de foi par la très sérieuse agence Reuters présente la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui les dirigeants portugais. « C’est désormais intégré pas seulement par les marchés mais aussi par les ministres des Finances. » ajoute cette source.

    L’Union Européenne est prête à apporter son soutien à Lisbonne, mais elle souhaite que cette demande d’aide émane des autorités portugaises, qui s’y refusent bec et ongles. Le président portugais de la Commission européenne, José Manuel Barroso, était lundi au Portugal où il s’est entretenu à ce sujet avec le Premier ministre José Socrates et le président de la République Anibal Cavaco Silva. La Commission européenne est prête depuis de nombreuses semaines à intervenir au Portugal et a même dépêché une mission sur place à l’automne pour travailler sur un plan budgétaire d’envergure avec les autorités portugaises.

    Selon plusieurs sources européennes de haut rang, José Manuel Barroso était jusqu’à présent réticent à ce que son pays soit placé sous tutelle internationale, comme dans les années 1980 par le Fonds monétaire international. « Il a compris que dans le cas contraire ce serait un suicide que d’aller sur les marchés avec de tels taux d’intérêt » a indiqué la source interrogée par Reuters pour expliquer ce revirement.

    Lisbonne sous la pression des marchés

    Les obligations portugaises sont sous pression en raison des inquiétudes des investisseurs estimant que le pays lourdement endetté pourrait emboîter le pas de la Grèce et de l’Irlande en faisant appel à une aide internationale. Ce jeudi, la prime que les investisseurs demandent pour détenir des obligations portugaises à dix ans plutôt que les Bunds allemands, qui servent de référence, s’est à nouveau appréciée à 432 points de base. Le taux d’intérêt des obligations à cinq ans à quant à lui atteint un nouveau record historique, à 7,126%.

    Selon le Journal de Negocios, qui ne cite pas de sources, l’Allemagne fait pression sur le Portugal pour qu’il demande une aide internationale immédiatement, avant que ne soit modifiés les termes du fonds de sauvetage européen lors d’un sommet les 24 et 25 mars. En fin d’année dernière, Berlin avait déjà été accusé de pousser le Portugal à réclamer une aide, mais avait vigoureusement nié ces accusations.

    Lors de la réunion de l’Ecofin, mardi, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble avait considéré qu’il n’était pas nécessaire de réformer le Fonds européen de stabilité financière (FESF) tant qu’un Etat n’en aurait pas besoin. Les responsables portugais ont de leur côté insisté depuis plusieurs jours pour que l’UE accélère cette réforme, qui vise à assouplir les conditions d’utilisation du fonds et à en adoucir les contreparties pour l’utiliser de manière préventive et plus seulement de manière corrective.

    L’horizon s’était considérablement assombri cette semaine pour le Portugal après la publication lundi de statistiques de la croissance au quatrième trimestre 2010 faisant ressortir une récession de 0,3% par rapport aux trois mois précédents et les analystes ont dit s’attendre à une nouvelle récession sur l’ensemble de l’année 2011.

    Lisbonne fait face à des échéances de refinancement de sa dette de 9,5 milliards d’euros ce printemps, dont 4,5 milliards d’euros en avril et 4,9 milliards en juin. Une autre source a toutefois indiqué que si l’inquiétude était palpable lundi et mardi à Bruxelles, lors de la réunion de l’Eurogroupe puis des ministres des Finances des Vingt-Sept, il n’y avait pas encore d’alarmisme.

    (source de l’article original: latribune.fr)

  6. Les signes se multiplient

    Partout où l’on regarde, c’est le même message.

    « Les créances douteuses des banques espagnoles au plus haut depuis 15 ans », titrait hier Le Monde.

    Pendant ce temps, la Cour des Comptes livre un verdict sans appel sur les finances de l’Etat français :

    « La croissance des dépenses est encore trop forte pour espérer assainir les comptes publics, estime la Cour des comptes dans son rapport annuel », pouvait-on lire dans Les Echos. « Elle préconise de geler le salaire des fonctionnaires jusqu’à 2013 et de limiter le principal avantage fiscal des entreprises ».

    Et sur quoi Simone Wapler, rédactrice en chef de MoneyWeek, a-t-elle mis le doigt dans un article paru dans La Quotidienne de MoneyWeek ?

    « Grâce à un énorme tour de passe-passe statistique, le taux de chômage américain annoncé au mois de janvier a miraculeusement reculé de 9,4% à 9% », . « Si l’on en croit Bloomberg, la Fed ne relèverait ses taux que lorsque les trois quarts du chemin de 9% à 5% seront faits, soit 6% ».

    « Ce n’est pas demain la veille, dormez en paix braves gens. Car il faudrait inventer d’énormes couleuvres statistiques pour y arriver. Le taux de chômage est un ratio hautement sensible et donc sujet à de multiples ajustements. Il vaut mieux, pour avoir une idée plus claire de la situation, vous intéresser au pourcentage des gens employés par rapport à la population active potentielle et au nombre d’emplois créés ».

    Une note d’Albert Edwards, un des plus brillants économistes de la Société Générale, « montre que le ‘taux de participation’ a culminé à 67% en 1998 et 2000. Plus des deux tiers de la population en âge de travailler travaillait effectivement. Depuis, ce taux de participation n’a pas arrêté de s’éroder et il est actuellement un tout petit peu supérieur à 64% ».

    « Toujours selon la même note, si le taux de participation était resté à son point culminant de 67%, le taux de chômage serait de 13%. En d’autres termes, le nombre de chômeurs dépasserait 20,5 millions. Les calculs d’Edwards recoupent également ceux d’un expert en décryptage des statistiques économiques américaines, John Williams de ShadowStats ».

    « Enfin, le nombre d’emplois créés reste dramatiquement bas et il n’a pas échappé — même à l’establishment financier — que, malgré un chômage en baisse, 36.000 emplois seulement ont été créés. Pour baisser le taux de chômage, il faudrait que l’économie américaine crée environ 300.000 emplois par mois jusqu’en 2016″.

    Oui, cher lecteur, il faut regarder les choses en face. Les autorités se félicitent de la reprise, les médias envisagent une année 2011 de retour à la croissance, les marchés n’en finissent plus de s’enivrer avec l’argent gratuit distribué par la Fed, la BCE et autres institutions financières… Mais toutes ces manifestations d’enthousiasme ne font pas disparaître la réalité : nous vivons une Grande correction.

    Pour l’investisseur non préparé, elle pourrait être dévastatrice. Pour les autres… comme nous le disons souvent, c’est dans les grandes crises que se trouvent les plus grandes opportunités.

  7. L’Indice de Pauvreté atteint des sommets aux Etats-Unis

    J’étais, malheureusement, assez sobre pour me rendre compte que j’avais besoin d’être saoul comme une barrique si je voulais résister à l’horreur d’en lire encore plus sur les nombreuses répercussions des décisions catastrophiques de la Réserve fédérale consistant à créer une Telle Quantité de ce Fichu Argent (UTQFA).

    En particulier cet article de Michael Pento, publié dans la lettre d’information Euro Pacific’s Weekly Digest : « pour l’année 2010, le déficit commercial [américain] a explosé de 43%, ce qui est la plus forte augmentation en 10 ans, alors que les efforts de notre gouvernement pour relancer les crédits et les dépenses de consommation ont conduit à un nombre record de biens de consommation importés ».

    Je râle, anéanti par le concept même d’un déficit commercial augmentant de près de 50% en Une Seule Fichue Année (USFA ), une situation où nous avons acheté plus de biens aux étrangers que nous ne leur en avons vendu. Par conséquent, une grande partie des milliers de milliards de nouveaux dollars de la Fed sont sortis des Etats-Unis pour se retrouver dans l’économie mondiale où ils produiront des ravages inflationnistes. CQFD.

    M. Pento est également l’un des rares à avoir remarqué que « l’Indice de Pauvreté a atteint en 2010 un plus haut record depuis 26 ans. Cet indice — qui est simplement l’addition du taux de chômage et celui de l’inflation — a atteint 11,29″.

    Que penser de ce résultat ? Pento répond : « il faut revenir à 1984 pour éclipser un tel niveau de douleur. Mais à cette époque, l’inflation était calculée sans le ‘bénéfice’ des manipulations de la Commission Boskin. Par conséquent, l’Indice de Pauvreté devrait être, en réalité, plus élevé que 11,29 et se rapproche probablement plus du seuil de souffrance ressentie sous Jimmy Carter ».

    Maintenant, considérant que l’inflation des biens essentiels (nourriture, énergie, etc.) s’élève à au moins 7%, et, et considérant ce que John Williams nous présentait sur shadowstats.com, démontrant de façon assez convaincante que le chômage est en réalité en train de dépasser les 22%, cela signifie que l’Indice de Pauvreté à 29 n’a JAMAIS été aussi élevé !

    Aussi mauvais que soit ce résultat, c’est, en fait, une bonne nouvelle ! La mauvaise nouvelle est que l’Indice de Pauvreté continuera à augmenter, de plus en plus, parce que la Réserve Fédérale continue de créer encore et encore plus d’argent. Un jour, le record actuel de l’Indice de Pauvreté à 29 sera considéré comme « le bon vieux temps » — lorsque les informations ne parlaient que d’inflation catastrophique, de faillites généralisées et d’effondrement de l’économie.

    A cette sombre perspective d’avenir, votre sentiment d’horreur grandissant sera momentanément détourné par un amusant aparté, peut-être une histoire intitulée « Le Mogambo a dit : la Fed c’est fini », une saga à dimension humaine. Cela raconte comment un type se faisant appeler Le Mogambo demande à son armée de Junior Mogambo Rangers (JMR), à travers tout le pays, de se pencher aux fenêtres en criant : « ces inflations et horreurs de la Réserve fédérale me débectent, je n’en peux plus ! » Ils demandent que la Réserve fédérale soit dissoute et que le pays revienne à un étalon-or comme cela est littéralement exigé dans la Constitution des Etats-Unis. Ainsi, cette folie monétaire et fiscale cessera et, avec un étalon-or, nous n’aurons plus jamais à faire face à de telles conséquences épouvantables et catastrophiques, à un tel niveau d’irresponsabilité monétaire et de stupidité.

    Naturellement, les médias dominants s’accrocheront, comme de vilaines et stupides sangsues suceuses de sang, sur le fait que mon « soulèvement populaire » n’est qu’une évidente imitation de la fameuse scène de Peter Finch dans le film Network. Ce qui prouve à quel point je n’ai ni talent ni créativité — ce qui, à son tour, montre à quel point je suis stupide, malgré le fait que j’ai eu beaucoup, beaucoup de chance lorsque j’ai acheté tout cet or et cet argent-métal avant l’impact de l’horreur inflationniste due à la Réserve fédérale et que tout cet argent supplémentaire ne commence à affliger tout le monde. Mais ils ne mentionneront pas que, depuis, je suis devenu Si Immensément Riche (SIR) que la seule raison pour laquelle je ne les achète pas tous ni ne les licencie tous est que je suis trop riche, trop paresseux, et/ou trop ivre, et/ou trop distrait, et/ou trop exténué pour le faire ou même pour m’en préoccuper d’une manière ou d’une autre.

    M. Pento est apparemment peu impressionné par mes Intrépides Prévisions Mogambo (IPM) sur ce que nous réserve l’avenir ou sur les pans entiers de l’économie qui trembleront de mes caprices. Mais il reconnaît que « les citoyens américains connaissent une hausse du prix de la nourriture et des matières premières, une hausse des taux d’intérêts, une baisse des prix de l’immobilier et une stagnation des salaires et de la croissance de l’emploi ».

    M. Pento ne fait pas mention du fait qu’acheter de l’or, de l’argent-métal et du pétrole est une chose à faire lorsque la Réserve Fédérale crée Tellement de ce Fichu Argent (TFA) qu’elle assure une inflation ruineuse des prix causant ainsi la faillite de quasiment tous et que tout le monde devra manger de l’herbe et des insectes pour ne pas mourir de faim parce qu’on ne pourra plus s’acheter de quoi manger.

    Mais, alors que j’allais remédier à cet oubli, je me suis rendu compte que M. Pento a EN EFFET dit la même chose lorsqu’il a déclaré : « mais jusqu’ici M. Bernanke n’a réussi qu’à renflouer ses copains de Wall Street et de Washington. Peut-être ne se rend-il pas compte qu’il est dans le processus d’anéantissement de la classe moyenne en détruisant la valeur de notre monnaie et en réduisant à l’impuissance ceux qui n’ont pas de moyens financiers de se prémunir contre l’inflation ».

    J’ai souri de satisfaction lorsqu’il a déprécié la note légendaire qu’a obtenue Bernanke à son SAT (Scholastic Aptitude Test) par cette phrase : « dommage que des questions concernant les bénéfices d’une monnaie solide ne lui aient pas été posées à son examen de SAT ».

    J’ai à nouveau souri devant l’échec lamentable de M. Bernanke et sa ridicule incompétence — ce qui en dit long sur Princeton, où il était, aussi incroyable que cela puisse paraître, le président du département d’économie.

    Et une troisième fois j’ai souri parce que toute l’histoire des 4.500 dernières années est la même histoire, encore et toujours, de gouvernements stupides dépensant jusqu’à la faillite et que l’or et l’argent-métal ont prouvé être le Meilleur Investissement Jamais Vu (MIJV).

    Et une quatrième fois j’ai souri parce qu’on ne peut s’empêcher de sourire lorsqu’on dit « youpi ! Investir c’est facile ! »

  8. Bill Bonner dit :

    Etats-Unis : le début de la vraie inflation ?

    La grande nouvelle de ces derniers jours est passée quasiment inaperçue. L’inflation — qui baissait depuis 30 ans — a peut-être entamé sa remontée.

    Il est trop tôt pour en être certain. Mais le mois de janvier montrait une inflexion à la hausse. Les prix ont grimpé de 0,4% pendant le mois, selon les ronds-de-cuir du Bureau américain des statistiques de l’emploi.

    L’année dernière, le taux central d’inflation des prix à la consommation aux Etats-Unis n’était que de 0,7%. Rien, en d’autres termes. Les autorités gonflaient désespérément la masse monétaire de base. Mais les banques ne prêtaient pas. Et les gens ne trouvaient pas d’emplois. L’argent n’est donc jamais arrivé dans l’économie de consommation. On était, après tout, dans une Grande correction.

    Au lieu de ça, l’argent brûlant est allé à l’étranger, où il est allé spéculer sur des actions étrangères et des produits mondiaux — comme l’alimentation et l’énergie. Les matières premières ont grimpé en flèche. Des émeutes de la faim ont eu lieu. Le coton vient d’atteindre un nouveau sommet record. Le pétrole s’échange à plus de 100 $ le baril, dans le cas du brent.

    Que s’est-il passé ensuite ?

    La roue tourne. L’inflation a commencé à revenir s’infiltrer aux Etats-Unis.

    L’inflation est sortie des Etats-Unis — grâce aux autorités américaines. Les banques centrales du reste du monde avaient du mal à tenir le rythme. Elles devaient augmenter leur propre masse monétaire pour absorber les liquidités en dollars US. Rapidement, le monde entier a semblé être entré en ébullition.

    Mais à présent, les étrangers réexportent l’inflation vers les Etats-Unis. Que pensez-vous de ça ? Il doit bien y avoir un comité prêt à mener l’enquête. Un membre du Congrès prêt à se rendre ridicule en demandant à ce qu’on l’interdise.

    En attendant, si les Américains veulent acheter des aliments importés de l’étranger, ils doivent payer 30% de plus qu’il y a un an. Ou si vous voulez acheter un baril de pétrole, il vous en coûtera 60% supplémentaires.

    Et voilà que cette inflation importée fait grimper les prix à la consommation dans tous les Etats-Unis. Quasiment toutes les entreprises américaines utilisent de l’énergie importée. Tous les Américains mangent. Pour autant que nous en sachions, on ne peut pas acheter du café ou des ananas dans les 48 états. Et donc… imaginez un peu ça… les prix grimpent.

    En janvier, les prix à la consommation centraux — qui ne comprennent pas directement l’alimentation et l’énergie — ont grimpé de 0,4% aux Etats-Unis.

    Attendez une seconde. Si ça se produisait tous les mois, ça mettrait l’IPC à 4,8% pour l’année. Ce serait bien plus élevé que les 2% d’IPC maximum permis par Bernanke. Si le taux grimpe encore — Bernanke l’a promis à la télévision — il lui mettra un sac en plastique sur la tête… comme il le ferait pour un parent âgé.

    Evidemment, nous ne savons pas si la désinflation a vraiment atteint un plancher ou pas. Et nous nous rappelons le début des années 80, lorsque l’inflation a atteint un sommet. Personne ne savait vraiment si Paul Volcker avait le contrôle de la situation. Il s’est passé des années avant que cette nouvelle tendance s’éclaircisse.

    Il est très probable que nous voyons le même phénomène une nouvelle fois… mais faussé, comme s’il se reflétait, grotesque et absurde, dans un miroir déformé.

    Cette fois-ci, nous découvrirons que Ben Bernanke a complètement perdu le contrôle. Il voudra peut-être augmenter les taux. Mais avec 30 millions de personnes au chômage… y parviendra-t-il ?

    Et imaginons que cette inflation mette les profits des entreprises sous pression — c’est déjà le cas, d’ailleurs. Combien de temps avant que les investisseurs ne commencent à se débarrasser des actions ? Au début des années 80, ils ont commencé, lentement, précautionneusement, à acheter des actions. Cette fois-ci, ils les vendront.

    Ainsi, Ben Bernanke — gardien de la devise américaine, garant du plein emploi, gage d’un marché haussier à Wall Street — se retrouvera dans une position très inconfortable. Il aura le sac en plastique entre les mains. Il voudra étouffer l’inflation. Ses mains trembleront. Sa voix aussi.

    Et il ne pourra pas le faire…

    Mais bon ! Tout ça est encore à venir… peut-être dans longtemps. Si la désinflation a effectivement pris fin, il pourrait se passer des années avant que nous en soyons certains… et des mois ou des années avant que le coup de bluff de Bernanke ne soit démasqué.

  9. Avec l’euro, l’Europe entrera-t-elle dans la guerre des devises ?

    Quand l’Europe ouvrira enfin les yeux, l’euro entrera tête baissée dans la guerre des monnaies… Voilà pourquoi je crois en la baisse de l’euro.

    ▪ L’inflation peut être générée par plusieurs facteurs
    Le premier est bien entendu le prix des matières premières qui fluctue au gré de l’offre, de la demande et de la spéculation. Le deuxième est l’inflation par les salaires.

    Dans les deux cas, nous avons une hausse des coûts de production pour les entreprises, qui répercutent cette hausse sur les prix de vente au consommateur pour conserver leurs marges.

    Ces deux premiers facteurs font partie de la réalité, du concret, à la différence du troisième facteur, qui est, restons corrects, plus « abstrait » !

    ▪ Et la Fed créa la monnaie
    Ce troisième facteur, c’est la création de monnaie. Considérons 100 billets verts (couleur choisie au hasard) en circulation, correspondant à la richesse d’un pays.

    Considérons qu’un organisme puissant et manipulateur (par exemple, et toujours au hasard…) décide de fabriquer 100 billets verts supplémentaires, sans pour autant augmenter la richesse du pays.

    Vous avez alors la valeur du billet qui est divisée par deux. Dit autrement : si je souhaite acheter 1% de la richesse de ce pays, il me faudra deux billets au lieu d’un.

    Cela s’appelle l’inflation…

    ▪ Quand 1+1=1
    En revanche, imaginons, (soyons fous !), que ce pays cherche absolument à être compétitif à l’exportation. Cela nous donne deux indications.

    La première, que ce pays a compris qu’il n’était plus assez riche pour s’assurer son ancien train de vie.

    La seconde, qu’en divisant par deux le prix de son billet vert, il allait pouvoir aller chasser sur les plates-bandes des autres.

    Par exemple, si avant la création de monnaie, un billet vert valait un billet bleu, ce denier achètera désormais deux billets verts. Vous me suivez toujours, là ?

    On peut donc en conclure que les habitants du pays au billet vert vont pouvoir vendre plus facilement leur produit, mais moins voyager. Ce qui devrait doper l’exportation et la consommation intérieure.

    ▪ Le dindon de la farce ?
    Considérons maintenant un billet rouge (toujours une couleur au hasard) qui serait lié par décret à la valeur du billet vert. Cela lui permettrait de profiter de la dévaluation du billet vert pour l’export, sans avoir à se soucier des rapports de change.

    De plus, le pays au billet rouge n’a pas peur de la pression politique, puisqu’il achète grâce à ses réserves accumulées le silence des « anciens pays riches », qui seront bientôt aussi des « anciens pays puissants ».

    Ainsi, dans cette guerre, il semble bien que le dindon de la farce soit le pays au billet bleu, qui va se voir concurrencer par deux autres pays à l’exportation, alors même que sa consommation intérieure tourne au ralenti. A moins que…

    ▪ Quand l’Europe se réveillera…
    Permettez-moi de vous expliquer pourquoi chacun de ces pays a un défi différent à relever, et pourquoi le dindon de la farce n’est peut-être pas celui que l’on croit.

    Le pays au billet vert, possédant une dette astronomique, a besoin du pays au billet rouge pour se financer. Il doit donc convaincre ce pays de le financer, tout en lui faisant concurrence à l’export. Tension assurée.

    Le pays au billet rouge, lui, a besoin d’une croissance à deux chiffres pour supporter la pression démographique et une hausse des salaires bas de ses ouvriers. Il doit donc à la fois ménager ses relations avec les pays clients, tout en gardant assez de pression pour conserver sa monnaie au plus bas.

    Et enfin, le pays au billet bleu, lui doit juste se rendre compte de ce qui se passe. Ensuite, quand il aura ouvert les yeux, il pourra entrer en guerre.

    Casse-tête chinois
    Imaginons que le pays au billet rouge soit la Chine, nous constatons que tout repose sur SA croissance :

    - Les Etats-Unis en ont besoin pour se financer ;
    - Les Européens en ont besoin pour malheureusement échanger leur savoir-faire contre de juteux contrats ;
    - La Chine elle-même a besoin de cette croissance pour assurer du travail à tous ses habitants et contenir le risque social.

    Le problème ? La croissance de la Chine repose sur la consommation des Etats-Unis et de l’Europe principalement. Or cette consommation est en repli, patine, ce qui pourrait bien finir par pénaliser la croissance chinoise.

    ▪ La boucle est bouclée et le casse-tête est… chinois
    Je considère qu’il est probable que la croissance chinoise nous joue des tours et sème un nouveau vent de panique sur les marchés, doublé d’un parfum de révolution dans l’Empire du Milieu.

    Les Etats-Unis ne parviendront pas à faire illusion encore bien longtemps sur leur dette et l’état de l’emploi qui ne fait qu’empirer malgré les chiffres. Vous l’aurez compris, il existe sans doute une chance extraordinaire pour l’Europe de jouer un rôle majeur en s’unissant et en entrant dans une lutte de dévaluation compétitive alors que les autres pays ont déjà gaspillé toutes leurs munitions.

    Ainsi, l’euro pourrait au minimum trouver un équilibre, voire chuter fortement en cas de changement d’approche des autorités de plus en plus attirées par le protectionnisme.

  10. La Libye et le pétrole, premières conséquences

    La Tunisie ? Non, pas tellement. L’Egypte ? Bof. Bahreïn ? Presque. En fait, il aura fallu la Libye pour réellement faire monter les marchés.

    Ou les faire baisser, cela dépend à quelle classe d’actifs vous vous intéressez aujourd’hui.

    Seule la Libye se classe assez haut sur la liste des plus importants exportateurs de pétrole pour pouvoir provoquer une réaction. Le CIA World Factbook classe le pays désertique au 15e rang des exportateurs :

    Bahreïn, en revanche, se classe au 49e rang. Mais étant proche de l’Iran, le pays grappille quelques points supplémentaires du fait de son importance stratégique.

    Shell, BP et Marathon ne sont qu’une partie des compagnies internationales qui évacuent leurs employés de Libye et cessent temporairement leurs activités dans le pays. ExxonMobil, ConocoPhillips et Occidental n’ont rien dit de plus que « aucun commentaire ».

    Conséquence directe : le prix d’un baril d’or noir a atteint un niveau qui n’avait plus été vu depuis le pic de 2008. Le Brent a grimpé de plus de 1,50$, à 107,33$. Le West Texas Intermediate a bondi de plus de 7$, à 93,33$.

    Les autres informations en provenance de la région ne sont guère encourageantes. Des navires de guerre iraniens ont emprunté le Canal de Suez, ce que les Israéliens ont qualifié de « provocation ». Et des pirates somaliens ont tué quatre Américains à bord d’un yacht capturé vendredi au large d’Oman.

    Mais l’histoire libyenne est plus que celle d’un important exportateur de pétrole qui se ferme. C’est une chose que les Tunisiens se révoltent contre un gouvernement disposant d’une armée faible… ou que les Egyptiens se révoltent alors que l’armée avait massivement refusé de tirer sur la foule.

    Mais c’en est une autre lorsque à la fois le colonel Kadhafi envoie des avions de guerre pour bombarder les foules de protestataires libyens… et que ces mêmes protestataires continuent de manifester.

    A Bahreïn, il ne s’agit pas non plus une promenade de santé. Si vous avez assez de cran pour les visionner, on peut trouver un grand nombre de vidéos terribles postées sur YouTube montrant le niveau de violence exercé par ces deux gouvernements sur leurs propres citoyens.

    « Dans les années 1990, j’ai séjourné pas mal de temps à Bahreïn », raconte Byron King, de Outstanding Investments. « Bahreïn compte environ 70% de chiites et 30% de sunnites. Ces derniers sont à la tête du gouvernement, des industries, des affaires, des banques, du commerce. Les chiites, eux, n’ont que les restes ».

    « Je me souviens, lorsque je me promenais dans Bahreïn ; je rencontrais souvent des groupes de jeunes hommes hargneux, sous-employés — principalement des chiites — qui étaient mis à la porte de l’économie. Ils n’avaient rien d’autre à faire que fumer des cigarettes, gagner quelques dinars grâce à l’économie souterraine… et nourrir des griefs contre la classe dirigeante ».

    « Cela m’a frappé à l’époque et j’ai pensé que Bahreïn était une marmite qui allait exploser, tôt ou tard ».

    Nous y sommes.

  11. Bill Bonner dit :

    Quand la Fed met tout le système en danger !

    Commençons par un éclat de rire.

    Nous n’entendons plus beaucoup parler de Tom Friedman. Mais il nous reste Paul Krugman, Ben Bernanke et Tim Geithner.

    C’est ce dernier qui a failli nous achever la semaine dernière. Dans Bloomberg :

    « Le système financier américain est en meilleure forme qu’avant la récession, et il est bien placé pour fournir le financement nécessaire à l’expansion économique », a déclaré le Secrétaire au Trésor US, Timothy F. Geithner.

    « Le coeur du système financier américain est dans une position bien plus solide qu’il l’était avant la crise », a déclaré Geithner lors d’un petit-déjeuner avec des journalistes de Bloomberg à Washington. Les banques américaines avaient des revenus nets de 87,5 milliards de dollars en 2010, le chiffre le plus élevé depuis 2007 a annoncé le Federal Deposit Insurance Corp. L’Indice Standard & Poor’s a grimpé de 64% depuis mars 2009, et les spreads des obligations d’entreprises se sont réduits.

    « Nous pouvons dire avec bien plus de confiance aujourd’hui que le système bancaire américain et les marchés de capitaux américains sont en bien meilleure position pour financer les besoins de capitaux qui accompagnent une reprise », a dit Geithner.

    Oh, Tim, arrêtez. Nous n’en pouvons plus.

    Attendez. Prenons quelques respirations profondes.

    Alors, comment est-ce que ça marchait, déjà ? Les banques se sont révélées insolvables durant la crise de 2007-2009. Elles avaient trop de mauvaises dettes et pas assez de capitaux. Mais maintenant, elles sont saines, n’est-ce pas ?

    Eh bien, qu’est-il arrivé aux mauvaises dettes ? La plupart s’appuyaient sur l’immobilier américain. L’immobilier a-t-il grimpé ? Non ?

    Alors que s’est-il passé pour rendre les banquiers riches à nouveau ?

    La Fed a racheté leurs mauvaises dettes, à hauteur de 1.250 milliards de dollars environ. Mais non seulement elle a soulagé les banques de leurs erreurs, elle a également comploté avec le Trésor US, désormais géré par le susdit Geithner, pour s’assurer que les banquiers gagnent beaucoup d’argent. La Fed leur a prêté à des taux proches de zéro. Puis le Trésor US a réemprunté l’argent à 4%. Même un banquier réussirait à gagner de l’argent, avec un tel montage.

    Mais attendez, il y a plus…

    Les déficits gouvernementaux et l’impression monétaire signifient peut-être la ruine pour les finances d’un pays, mais ils font des merveilles pour le secteur financier. L’argent gratuit est excellent pour ceux qui le reçoivent en premier, en d’autres termes.

    C’est comme le lait. Sain et frais au début, il commence à tourner. On peut le garder pendant des mois. On peut faire semblant qu’il est encore bon. Mais n’ouvrez pas le carton !

    Les banques ont pu utiliser cet argent gratuit des autorités pour reconstruire leurs bilans. Tim Geithner annonce qu’ils sont désormais « solides » et « sains ».

    Mais attendez… On parle là du même homme que celui qui les surveillait, depuis son poste à la Fed de New York, avant la crise de 2007-2009. Il pensait qu’ils étaient solides et sains à l’époque aussi.

    Ce n’était pas le cas. C’est vrai qu’ils sont en meilleure forme maintenant. Mais uniquement parce que le lait tourné est dans le réfrigérateur de la Fed…

    Oui, cher lecteur. La ruse de la gestion financière moderne consiste simplement à transformer de petits problèmes en problèmes plus grands… repassant les dettes pourries à des groupes de plus en plus grands. Les banques individuelles étaient en faillite. Maintenant, la Fed est ruinée. Et le gouvernement américain également.

    Les banques individuelles étaient en train de faire faillite… si bien qu’elles ont mis en danger le crédit de la banque centrale US pour les sauver. Et qui se tient derrière la Fed ? Le gouvernement.

    Lorsque la crise a frappé, les banquiers se sont regardés les uns les autres. Ils se sont mutuellement jaugés. Qui est ruiné ? Qui est solvable ? Ils ont rapidement décidé de ne pas accepter les crédits de Bear Stearns et de ne pas traiter avec Lehman Brothers. Puis les autorités sont intervenues… relançant le secteur tout entier sur une mer de dollars et d’obligations gouvernementales américains — et sur la réputation et le crédit du gouvernement US.

    A présent, c’est tout le système qui est en danger.

  12. Bill Bonner dit :

    Les obligations US, futures victimes de la dette.

    [...]

    On aurait dit que ces derniers jours n’ont pas apporté la grande rupture de tendance que nous attendons. Mais qui sait ? Demain est un autre jour. Tout peut arriver.

    Quoi qu’il se produise, mieux vaut se préparer à ce qui devrait arriver. De la manière dont nous voyons les choses, les actions et les obligations devraient baisser. Le temps où l’on gagnait de l’argent en actions et en obligations est révolu, en d’autres termes. Le moment est venu de faire le dos rond, et d’attendre que la crise s’apaise.

    Pourquoi ?

    Il y a trop de choses qui ne vont pas sur les marchés… dans l’économie… et dans la situation politique.

    … Et… ah oui… les gens qui essaient de résoudre ces problèmes sont une bande de… quel est le terme technique, déjà ? Ah oui, des clowns.

    Qu’est-ce qui ne va pas avec le marché ? Eh bien… les obligations grimpent depuis près de 30 ans. Les rendements ont chuté, passant de 20% environ pour les bons du Trésor US à 10 ans au début des années 80 à 3,42% vendredi dernier. Très bien, si vous détenez des obligations. Et ça pourrait vous pousser à croire que vous pouvez les garder éternellement. Trente ans, c’est long.

    Malheureusement, rien ne dure éternellement… et surtout pas un marché haussier des obligations. Les tendances obligataires durent généralement une génération environ. Les rendements US ont chuté, d’une manière générale, des années 20 jusqu’à l’administration Eisenhower. Puis ils ont grimpé jusqu’à ce que Paul Volcker finisse par reprendre le contrôle de l’inflation au début des années 80. Ensuite, ils ont chuté pendant trois décennies.

    Chutent-ils encore ? Personne ne le sait. Mais il nous semble qu’ils ont trouvé un plancher. Et même si ce n’est pas le cas, vous vous en tireriez probablement mieux en pensant que c’est le cas. Parce que le plancher ne saurait être loin… et ce pourrait être l’enfer ensuite.

    Parallèlement, du côté du marché boursier, les actions sont chères — proches de leurs sommets record de 1929, 1966 et 1999 pour les actions américaines. En fait, les cours nominaux sont à peu près à leurs niveaux de la fin des années 90, après avoir doublé depuis 2009. Si les haussiers ont raison, ces prix élevés ne sont qu’un début.

    Mais qu’est-ce qui pourrait les faire grimper ? L’économie de consommation fonctionne grâce à deux pistons principaux. L’emploi donne aux consommateurs plus d’argent à dépenser. Et la hausse des prix des maisons augmente leur valeur nette. Aucun de ces deux pistons ne fonctionne actuellement. On trouve un demi-million d’Américains en plus au chômage par rapport à deux ans auparavant. Et les prix des maisons continuent de baisser.

    Comment est-il possible qu’une vraie prospérité se développe dans de telles conditions ?

    Mais attendez, il y a pire. Les autorités ajoutent encore de la dette au système — alors même que le secteur privé a désespérément besoin de s’en débarrasser. Non seulement ça, mais ils rendent le système tout entier dépendant du financement à taux négatif. La Fed prête sous le taux d’inflation des prix à la consommation. Les entreprises, les consommateurs, les banques et les spéculateurs ne tardent pas à avoir besoin d’argent bon marché simplement pour continuer à opérer. Surtout, le gouvernement en a besoin. Vous pouvez facilement voir comment ça fonctionne.

    Les financements à taux zéro permettent au gouvernement américain d’accumuler un déficit de 1.500 milliards de dollars cette année. Mais les autorités n’ont que des revenus de 2.200 milliards de dollars. Ils dépensent donc 60 cents supplémentaires pour chaque dollar qu’ils encaissent. Et bientôt, la dette américaine officielle portant des intérêts atteindra les 15.000 milliards de dollars — près de sept fois les revenus…

    Maintenant, imaginez que les autorités américaines doivent payer des intérêts ne serait-ce que de 5%. Voyons voir, 5% de 15.000 milliards, ça fait… 750 milliards de dollars… soit environ un tiers de toutes les recettes fiscales.

    Vous voyez le problème ? Les taux d’intérêts bas permettent aux autorités d’emprunter. Elles accumulent des dettes gigantesques… et ensuite, elles ont tant de dettes qu’elles ne peuvent se permettre d’augmenter les taux. Elles sont coincées. Elles doivent continuer à emprunter jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour arrêter… et nous sommes tous fichus.

  13. Bill Bonner dit :

    Les trois responsables de la chute de l’empire américain.

    « Qu’est-ce qui a mal tourné ? » avons-nous demandé à notre chauffeur de taxi.

    « Eh bien, on donne toujours plein de raisons absurdes », nous a-t-il répondu. « Mais c’est plutôt simple. Les gens ont dépensé bien plus d’argent qu’ils ne le devaient. Maintenant, il ne leur reste plus rien ».

    « Ils ont construit des maisons partout. Sauf que personne ne pouvait se permettre de les acheter. Ensuite les promoteurs ont fait faillite. Puis les banques qui leur prêtaient de l’argent ont fait faillite. Et enfin le gouvernement a fait faillite. Maintenant, nous sommes tous ruinés ».

    Les booms se transforment en krachs. La richesse disparaît. Pas la dette. Quelqu’un, quelque part, doit la rembourser. Si non l’emprunteur… quelqu’un d’autre.

    L’histoire des années de bulle, c’est l’accumulation de dette partout dans le monde.

    L’histoire des années post-bulle, ce sont les efforts des autorités pour transférer la dette à d’autres personnes que celles qui avaient emprunté : renflouer les banques… refiler des milliers de milliards de dettes aux contribuables… ou imprimer plus de devise papier, déguiser la dette en inflation et la propager au reste du monde.

    Nous avons vu comment s’est terminée l’histoire de la bulle. A présent, nous allons voir l’histoire post-bulle se développer — et prendre fin également. Comment ? La dette sera remboursée — par quelqu’un.

    En attendant… nous nous tournons vers le grand tableau de l’Histoire. Les booms, les krachs, les révolutions, les guerres… toutes les choses qui tournent mal dans l’histoire collective de l’humanité.
    (les actes personnels de charité, de beauté et de courage, ne figurent pas dans les livres)

    Que diront les livres d’histoire du futur ? Comment nous décriront-ils, nous… notre époque… et ce qui a mal tourné ?

    Nous pensons qu’ils nous diront que trois groupes ont mis à bas l’empire américain :

    1) les autorités ;

    2) les banques ;

    3) les néo-conservateurs.

    Les autorités ont détruit l’économie de l’empire et corrompu ses institutions politiques.

    Les banques (y compris la Banque centrale) ont détruit ses finances et sa monnaie.

    Les néo-conservateurs ont sapé l’intégrité de son armée, avec leurs fausses guerres coûteuses.

    Et tous ensemble, ils ont collaboré pour fausser le système en lui donnant une nouvelle forme grotesque… et en le peuplant d’une race de zombies.

  14.  
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