par Carl Johan Calleman

(lundi 7 février 2011)

Pour ceux qui ont étudié mes livres, en particulier Calendrier Maya – La Transformation de la Conscience, les évènements actuels dans les pays arabes ne devraient pas être une grande surprise. (Si vous n’avez pas encore lu ce livre, je vous conseille vivement de le lire bientôt si vous voulez comprendre l’époque décisive dans laquelle nous entrons. Aucun livre sur le calendrier maya ne s’est avéré aussi exact dans ses prédictions et sa compréhension). Une des théories qui y est développée est que l’Etat-nation moderne, et aussi tout le concept de domination, a son origine dans la conscience dualiste de la « Vague National » (6ème onde) comme elle décrite pour l’essentiel dans ce qui est appelé le Compte Long maya. L’Etat-nation moderne en tant que structure sociale, et projection de l’esprit humain, prit naissance en Europe du Nord-Ouest au début du « 7ème Jour » de la « Vague National », en 1617. Les pays scandinaves, les Pays-Bas et dans une certaine mesure l’Angleterre, étaient proches de la ligne de division entre les hémisphères occidental et oriental (longitude 12° Est) et donc c’est là que pour la première fois dans l’histoire nationale des institutions de gouvernement furent établies qui étaient indépendantes de la dynastie monarchique particulière qui dirigeait ces pays. Le concept d’Etat-nation s’est depuis étendu, et ce durant tout le « 7ème Jour » de la « Vague National », dans le monde entier, surtout par l’impérialisme européen, au point que les gens modernes ont aujourd’hui tendance à considérer cette structure organisationnelle comme allant de soi. Malgré ses nombreuses organisations internationales actuelles, la politique mondiale est encore essentiellement fondée sur les relations entre les différents Etats-nations. En réalité, l’Etat-nation avec un gouvernement au pouvoir en son centre n’est cependant rien d’autre qu’une projection d’un cadre de conscience humain particulier orchestré par le calendrier maya et relié à un champ de polarité particulier de notre planète. L’une des dernières régions du monde à avoir adopté le concept d’Etat-nation fut le Maghreb (l’Afrique du Nord arabe), dont les frontières ne furent dessinées par les puissances européennes que lors de l’effondrement du sultanat de l’Empire ottoman au début des années vingt.

Une des prédictions faite dans mon livre mentionné ci-dessus est que lorsque la polarité du « 7ème Jour » de l’actuel « Vague Galactique » (8ème onde) fut établie le 3 novembre 2010, le système de domination créé par la « Vague National » finirait par s’équilibrer avec une polarité complémentaire. Il en résulterait que non seulement la domination du cerveau gauche (et masculin) commencerait à s’effriter, mais aussi la domination occidentale et tout le cadre institutionnel qui y est associé. L’herbe serait coupée sous les pieds du phénomène de la domination en tant que tel. La seule question restée sans réponse est combien de temps il faudra pour que les êtres humains assimilent le nouveau changement du champ mondial. Dans quel ordre ces changements se manifesteront dans la fréquence élevée de changement qui règne actuellement dans la « Vague Galactique » à l’approche de la « Vague Universelle » (la 9ème et dernière onde) [du 9 mars au 28 octobre 2011, soit 234 jours terrestres (13 x 18 jours) ] avec son rythme « uaxaclahunkin » (*) ? [2 x 9 jours, soit 18 jours terrestres sur 13 cycles]

Une expression claire de la fin de la domination occidentale à une échelle mondiale fut évidente dans la récente visite du Président chinois, Hu Jintao, à la Maison Blanche quand pour la 1ère fois cela ressemblait à une réunion de partenaires égaux. En dépit du fait que l’économie américaine est encore beaucoup plus vaste (en tout cas sur le papier) que l’économie chinoise, tout le monde sait maintenant dans quelle direction la relation entre la nation « consommatrice » (USA) et la nation « productrice » (Chine) se dirige. En fin de compte, le pouvoir d’une nation d’imprimer de l’argent ne donnera pas les mêmes fondements solides pour une économie que la réelle fabrication de biens (en 2011 les demandes de brevet chinoises seront les plus nombreuses dans le monde). Aujourd’hui, beaucoup de gens prennent pour acquis cette relation transformée entre les pouvoirs économiques de l’Orient (particulièrement la Chine), et l’Occident, mais il est utile d’indiquer que ce changement fut prédit sur la base du calendrier maya et ses divers « Vagues/Inframondes » bien avant que le grand public en prenne conscience. Ce qu’il faut réaliser c’est que l’équilibre entre l’Orient et l’Occident qui devient maintenant apparent fait partie d’un plan cosmique qui vise à équilibrer la planète avant le début de la 9ème onde, la plus élevée, du calendrier maya.

On pouvait aussi s’attendre à ce que cet équilibrage et la fin de la domination qu’il implique au « 7ème Jour » de la « Vague Galactique » génère un regain de mouvements pour la démocratie et des manifestations contre les dictateurs. Quoi de plus naturel dans l’actuel « Vague/Inframonde » de que ces mouvements démarrent en Tunisie, située sur la ligne de séparation entre Orient et Occident, à la longitude 12° Est, mentionnée auparavant, ligne où fut initialement établie la domination nationale ! (Il se trouve que ma collaboratrice « Barbara Hand Clow » avait tout à fait raison quand elle a dit il y a 6 mois qu’elle s’attendait à ce que cette ligne s’effondre au début du « 7ème Jour » de la « Vague Galactique ».) Une chaîne est rompue à son maillon le plus faible et il est donc naturel que cela se soit aussi produit dans la région du Maghreb, qui fait partie des régions où la conscience nationale a été la plus faible du monde.

Comme on le sait, ce mouvement pour la démocratie s’est maintenant étendu, particulièrement en Egypte, où quelle que soit la forme qu’il prendra, le règne du régime d’Hosni Mubarak est arrivé à terme. Plusieurs autres nations arabes, comme le Liban, l’Algérie, la Jordanie et le Yémen, ont aussi été affectées par des mouvements similaires pour la démocratie. Alors que les médiaux occidentaux ont réagi à ces évènements avec une attitude de type « business as usual au Moyen-Orient », avec des spéculations sur ses effets sur la géopolitique de la région et la relation stratégique Etats-Unis/Israël, je pense que nous, ayant le contexte du calendrier maya, devons au contraire y reconnaître que nous sommes témoins de quelque chose de plus profond. Je pense que le désir des peuples arabes de mettre fin à la domination (ce qui implique des formes plus démocratiques de gouvernement) est authentique et profondément ressenti, et même s’il existe la possibilité d’une prise de pouvoir d’un régime théocratique, je crois que ceci ne pourrait être que temporaire et ne durerait pas. En tout cas, on verrait très vite que ce régime ne serait pas capable de gérer les problèmes économiques auxquels feront face ces nations, ainsi que le reste du monde. Comme on le sait au vu des élections il y a deux ans la théocratie iranienne n’est pas particulièrement populaire même au pays. Dans la « Vague Galactique » le champ mondial ne favorise plus la domination et alors que nous entrons dans la fréquence élevée de la 9ème onde, ceci deviendra encore plus évident.

Afin de fournir davantage de contexte, il serait ici approprié de citer un verset du Coran (Surah 82 :17-19) : « Qu’est-ce qui t’apprendra ce qu’est le Jour du Jugement ? Ce jour où nulle âme ne détiendra rien en faveur d’une [autre] âme, où l’ordre, ce jour-là, appartiendra à Allah. » Il faudrait ici prendre conscience que les prophéties coraniques et leurs possibles interprétations jouent un rôle très important dans la vie quotidienne de tout le monde musulman, qui est maintenant dans la tourmente. Ce que cette citation ci-dessus indique c’est que le vrai islam n’est pas la domination. Le vrai islam n’est pas une théocratie comme en Iran, le vrai islam n’est pas ces gens qui font des attentats suicide ou des terroristes comme Al-Qaïda. Le vrai islam ne signifie pas la répression des femmes. (Par conséquent, je soutiens les Européens, qui résistent à l’idée que de telles pratiques soient importées dans leurs pays.) Le vrai islam, comme le dit le mot « islam », est « un abandon inconditionnel à la volonté divine » quelle que soit la forme que prend cet abandon. De mon point de vue en tout cas, cette forme peut être très différente de ce que les représentants officiels de cette religion ont en réalité pratiqué, mais tout comme pour le christianisme et le judaïsme il y a toute une série d’interprétations de l’islam allant de celle des Soufis aux Saintes Ecritures. A la fin du temps, au Jour du Jugement dernier, ce total abandon semble néanmoins impliquer la fin de la domination d’une âme sur une autre et je crois que c’est là où nous arrivons maintenant, ce qui s’exprime par le mouvement pour la « démocratie » que nous voyons dans le monde musulman. La logique est que si vous vous abandonnez à la volonté d’Allah, vous ne pouvez laisser un autre être humain (autocrate, théocrate ou dictateur) vous contrôler puisque cela entrerait en conflit avec la loi éternelle.

Le soufi « Philippe de Vos » indique que la prophétie islamique implique même la fin de la religion :

Je trouve très intéressante votre explication des deux différentes dates et cadres temporels de 260 et 234 jours. Quand on ajoute les 234 jours au 9 mars 2011 on arrive à la date du 28 octobre. [Il y a une incertitude concernant le début du ramadan, car cela dépend de la position de la Lune vu de l'endroit de la Terre où on se trouve] Cette année, cette dernière date serait le début du pèlerinage musulman, le hajj, fondé sur le calendrier lunaire musulman et c’est bien connu des maitres soufis que l’Imam Mahdi (l’équivalent musulman de Kalki dans la tradition hindou) arrivera durant le pèlerinage quand le jour Arafat (le 9ème jour du pèlerinage) est un vendredi. Cela est appelé le plus grand pèlerinage (hajj al akbar) – et cela a lieu cette année 2011 puisque le jour Arafat est alors un vendredi. Cette convergence est très intéressante et en fait dans le monde islamique ceci a déjà été annoncé, sans connaissance du calendrier maya. Le rôle particulier de l’Imam Mahdi est d’amener l’Islam à son état original : Le sanatana dharma ou « din al gayyim », qui est un mot coranique signifiant « loi éternelle ». Les Maîtres soufis disent : « plus de religion, plus de soufisme et plus de division. Nous redeviendrons seigneuriaux « kunu rabbaniyin », comme le dit le sheik Nazim Cyprus mufti, leader de la voie soufi naqchabandi.

A cette remarquable citation le frère Hopi, Hohongwitutiwa, a commenté ainsi :

« I’tupkom nihqe i’siwata », mes frères et sœurs, je suis un Hopi adopté. Mon père était un prêtre de haut rang religieux. Je continue de partager la connaissance qu’on nous a demandé de transmettre à tous nos frères et sœurs de nos jours. Cette information est de multiples manières en accord avec ce dont parle Philippe de Vos. A savoir que suite à la fin du cycle de purification, notre mère la Terre va s’élever à la position la plus élevée de notre système solaire en tant que nouvelle Etoile du Matin, où il n’y aura plus aucune division, où tous vivront ensemble dans la paix et l’harmonie avec notre Créateur, comme Un.

Pour parvenir à cette vie exaltée nous sommes appelés à vivre comme ce que Phillipe décrit comme étant « din al qayyim » (loi éternelle), qui pour nous est appelée le « Mongko », ou Loi de la Vie. Vivre de cette manière c’est pleinement apprécier notre Mère la Terre comme un grand être vivant, d’où nous est donnée notre vie, avec tout ce que nous avons. La Terre est notre Terre et notre Vie et nous vivons dans la gratitude envers Elle comme notre Créateur, l’expression la plus proche de la vie et du pouvoir du Grand Esprit qui emplit toute la création. Nous comprenons que le cœur de la Terre représente ce grand pouvoir et cette grande vie, et c’est la raison pour laquelle la plupart des religions ont encore leurs prêtres qui se prosternent face contre terre quand ils sont ordonnés, et c’est peut-être la raison pour laquelle nous inclinons notre tête vers la Terre quand nous prions, bien que ces significations se soient largement perdues dans notre ère moderne.

Une partie de notre « Mongko » traite de l’opération de la nature qui nous a fait progresser durant de nombreuses ères au sein de notre système solaire. Cette connaissance a été préservée par les Hopis, et peut-être il en reste un souvenir dans les cycles du calendrier maya, qui sont en accord avec le nôtre pour dire que nous sommes au milieu d’un grand changement. Ce changement pour nous, comme décrit plus haut, se produit dans la nature, et comprend le travail d’enfantement de notre Mère la Terre pour donner naissance à son œuf central, la véritable raison des changements que nous voyons que les gens de « pahana » appellent le réchauffement climatique. Quand les œufs de chaque monde de notre système naissent et sont éjectés, chacun s’élèvera à une orbite plus proche du soleil, où de nouvelles espèces évolueront (du fait de l’excitation dans notre système durant cette époque) adaptées à vivre dans de nouvelles conditions. Pour nous, ce sera la dernière étape sur l’échelle évolutionnaire de ce que nous appelons le Cinquième Monde, et que d’autres appellent ascension, paradis, ciel et d’autres noms. Selon notre compréhension, seuls ceux qui sont proches de la Terre malgré toutes les séductions et tentations à venir, ceux qui vivent dans l’amour et le service désintéressé réciproque et pour la Terre (être ce que nous pouvons être de mieux) hériteront de la merveilleuse Terre notre Mère, quand Elle deviendra le joyaux le plus brillant dans le ciel.

Un Hopi peut ainsi facilement comprendre un Soufi et même si le langage est quelque peu différent, il est évident qu’ils ont un message commun qui inclut une purification et un état ultime d’unité. Je crois que la compréhension du calendrier maya et sa 9ème onde offre le cadre de temps nécessaire nous permettant de comprendre que ces différentes traditions parlent de la même chose et du même processus. Sans le calendrier maya et la chronologie de sa 9ème onde nous ne comprendrions peut-être pas que le « din al qayyim » (la loi éternelle) des musulmans est la même chose que le « Mongko » des Hopis. Sans le calendrier maya, les vérités des différentes traditions, aussi variées que celles des Soufis et des Hopis, ne pourraient pas forcément être reliées et unifiées. Et le plus important, nous ne serions pas capables de voir le rôle que nous pouvons jouer nous-mêmes dans la naissance d’un nouveau monde et la fenêtre d’opportunité que nous avons pour le manifester.

Je considère ainsi l’actuelle « agitation » dans le monde arabe non pas comme “business as usual”, mais comme le début d’un processus d’un total abandon au Tout (Allah pourrait-on dire) et de la fin de la domination d’une âme sur une autre, qui sera établi par la 9ème onde se terminant le 29 octobre 2011 (bien que le moment où cela se stabilisera reste inconnu). Par conséquent, je ne crois pas qu’il y aura une fin au mouvement actuel pour la « démocratie » dans le monde arabe ou ailleurs pendant quelque temps à venir même s’il pourrait y avoir des reculs et des hauts et des bas. (Je mets entre guillemets le mot « démocratie » parce que le mouvement actuel n’est pas réellement une affaire d’une certaine forme officielle de gouvernance avec des institutions, qui en pratique pourrait ou non être démocratique. Il s’agit du chemin beaucoup plus fondamental vers la fin de la domination).

Une conséquence immédiate, particulièrement si les troubles s’étendent au Mashrek (monde arabe à l’est de Suez), est une hausse spectaculaire des prix du pétrole avec deux conséquences : D’abord, une aggravation de la situation économique dans certains pays déjà lourdement endettés dans l’Union européenne, provoquant un nombre important de licenciements. Des manifestations dirigées plus particulièrement contre la domination économique vont probablement continuer là-bas et ailleurs, plus il devient évident que les problèmes économiques ne peuvent pas être résolus dans le cadre des structures dominantes.

Deuxièmement, à long-terme il y aura des efforts intensifiés pour passer à des sources d’énergie autres que le pétrole. Je crois ainsi que très probablement, particulièrement pour des raisons économiques, la naissance du nouveau monde dont parlent Phillippe de Vos et Hohongwitutiwa sera vécue très douloureusement par beaucoup de gens, et particulièrement ceux qui nient l’existence d’un plan cosmique. Du fait de la fréquence élevé de la 9ème onde qui semble conçue pour que nous lâchions prise, il sera très difficile pour les gens de se raccrocher à quelque chose. Néanmoins, il semble que ce qui est maintenant en mouvement est un processus conduisant à la naissance d’un nouveau monde dans l’amour et l’unité où aucune âme n’en contrôlera une autre. Pour y parvenir je crois qu’il nous faut être pleinement responsables du monde que nous créons, et créer ce monde dans un abandon total au Tout.

(source de l’article original : calleman.com)
(source de l’article traduit: )


(*) Comment suivre le « compte des neuf jours » ?

Selon les dernières recherches de Carl Johan Calleman, LA « VAGUE UNIVERSELLE » (la neuvième et ULTIME onde – inframonde – d’évolution de la conscience) débute le 9 mars 2011, dure 234 jours (et pas 260 jours), se termine le 28 octobre 2011 (comme les huit autres précédentes vagues), et introduit un nouvel élément dans le calendrier maya : le « compte des neufs jours ».

Ceci est du au fait que les “jours” et les “nuits” de cette vague font chacun 18 jours terrestres, soit deux fois 9 jours. Il s’agit donc d’un nouveau rythme qui est spécifique à cette dernière vague.

Jours importants des cycles de 18 jours

Dans un cycle de 18 jours, appelé « uaxaclahunkin » (littéralement “18 jours”), certains jours sont plus importants que d’autres :

Le premier jour du « uaxaclahunkin » (jour 1 du premier compte de neuf jours terrestres) est le germe d’une nouvelle énergie.

La crête du « uaxaclahunkin » (jour 9 du premier compte de neuf jours terrestres et jour 1 du second) représente le moment où cette énergie atteint un maximum.

Le dernier jour du « uaxaclahunkin » (jour 9 du second compte de neuf jours terrestres) est le moment où l’on doit se préparer à l’arrivée d’une nouvelle énergie le lendemain.

Être en phase avec les énergies

Afin de bien suivre les énergies et donc de ne pas se retrouver en décalage avec elles, il est nécessaire de connaître les dates de chaque « uaxaclahunkin ».

Jours importants pour la « Vague Universelle » de 2011 et types d’énergie

Jour 1 : 9 mars – 26 mars  (crête: 17-18 mars) |  Semaille

Nuit 1 : 27 mars – 13 avril  (crête: 4-5 avril) |  Assimilation intérieure de la nouvelle vague

Jour 2 : 14 avril – 1er mai  (crête: 22-23 avril) |  Germination

Nuit 2 : 2 mai – 19 mai  (crête: 10-11 mai) |  Résistance contre la nouvelle vague

Jour 3 : 20 mai – 6 juin  (crête: 28-29 mai) |  Pousse

Nuit 3 : 7 juin – 24 juin  (crête: 15-16 juin) |  Assimilation de la nouvelle vague

Jour 4 : 25 juin – 12 juillet  (crête: 3-4 juillet) |  Prolifération

Nuit 4 : 13 juillet – 30 juillet  (crête: 21-22 juillet) |  Expansion de la nouvelle vague

Jour 5 : 31 juillet – 17 août  (crête: 8-9 août) |  Bourgeonnement

Nuit 5 : 18 août – 4 septembre  (crête: 26-27 août) |  Destruction

Jour 6 : 5 septembre – 22 septembre  (crête: 13-14 septembre) |  Floraison

Nuit 6 : 23 septembre – 10 octobre  (crête: 1-2 octobre) |  Ajustement de la nouvelle proto-forme

Jour 7 : 11 octobre – 28 octobre  (crête: 19-20 octobre) | Fruit

Récapitulatif des jours importants de la « Vague Universelle » de 2011

9 mars | 17-18 mars | 26&27 mars | 4-5 avril | 13&14 avril | 22-23 avril | 1&2 mai | 10-11 mai | 19&20 mai | 28-29 mai |  6&7 juin | 15-16 juin | 24&25 juin | 3-4 juillet | 12&13 juillet | 21-22 juillet | 30&31 juillet | 8-9 août | 17&18 août | 26-27 août | 4&5 septembre | 13-14 septembre | 22&23 septembre | 1-2 octobre | 10&11 octobre | 28 octobre


La « VAGUE UNIVERSELLE » de 2011 : 9ème Onde d’Évolution de la Conscience sur Terre

11 commentaires pour “L’agitation dans les pays arabes va-t-elle prendre fin ?”

  1. Madame, Monsieur,
    Chers amis,

    Je me sens particulièrement touché par les événements dont nous sommes témoins en Tunisie depuis quelques jours. Pas seulement parce que ma femme est franco-tunisienne et que ma belle-famille vit ces heures d’espoir mêlées d’angoisse, après 23 ans de dictature et de pillage de ce beau pays.
    Depuis que j’ai dix-huit, je vis avec le sentiment d’être un citoyen du monde. Avec pour conséquence que je me sens concerné par tout ce qui touche mes frères et mes soeurs humains, quelque soit l’endroit de la planète. Je ne sais plus quel philosophe disait : « Je suis un humain. Par conséquent, je me sens concerné par tout ce qui touche à l’humain. » Je repense aussi à cette phrase du Christ (je rappelle que je n’appartiens plus à aucune religion, mais je n’ai pas jeté le bébé avec l’eau du bain) : « Ce que vous ferez au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le ferez ».
    Je ne suis pas un analyste politique et je laisse cet exercice à ceux qui ont quelque chose de pertinent à dire. Ce que je veux vous partager, c’est ce que représente, pour moi, ce mouvement qui est en marche. Je me suis demandé : qu’est-ce qui a permis cette révolution ? Plusieurs éléments, d’après moi.

    • Tout d’abord, le peuple tunisien est un des peuples d’Afrique du Nord parmi les plus instruits et les plus éduqués. Remarquons que le mouvement de protestation est venu massivement des jeunes adultes dont le niveau d’instruction est élevé ;

    • Ensuite, les Tunisiens ont vécu avec la claire conscience qu’ils vivaient dans une dictature. C’était tangible, c’était palpable. Le pillage de la nation par la famille présidentielle, la corruption omniprésente, y compris de la police, tout cela ne laissait aucun doute pour ceux qui vivaient là-bas ;

    • Depuis longtemps, les réseaux sociaux (comme Facebook, Twitter, etc.) et les moyens de communication (le taux de pénétration de la téléphonie est proche de 100 % en Tunisie) ont permis aux Tunisiens de tisser des réseaux de solidarité et d’information. Ce qui leur a permis de se transmettre des informations non manipulées de ce qui se passait réellement dans les rues. Ce qui leur a permis également de se mobiliser extrêmement rapidement lorsque le temps est venu, malgré le risque d’être tués, pour exiger le départ de Ben Ali ;

    • Également, il a fallu un élément déclencheur : l’immolation de ce jeune diplômé qui s’était vu confisquer par la police ce qu’il vendait dans la rue pour survivre, tout simplement. Cet acte de désespoir a trouvé une résonance chez les centaines de milliers de personnes qui ressentaient depuis longtemps un ras-le-bol face à cette dictature corrompue ;

    • Enfin (et c’est à souligner), le général Rachid Amar a refusé de mobiliser l’armée contre son propre peuple, ce qui lui a coûté cher personnellement, puisqu’il fut limogé…

    Pour résumer, le renversement du dictateur a été permis parce que des individus étaient instruits, conscients (qu’ils vivaient dans une dictature), reliés (par les réseaux sociaux) et solidaires et parce que certains auxiliaires du pouvoir ont choisi de faire passer leur sécurité personnelle derrière les valeurs élevées du respect des droits humains fondamentaux.
    En écho à cela, rappelons-nous que l’histoire nous a montré que tous les coups d’États ont suivi à peu près le même scénario :

    • fermeture immédiate des universités (pour empêcher ceux qui pensent par eux-mêmes de réagir et de se mobiliser) ;

    prise de contrôle des médias pour manipuler l’information, et donc manipuler la masse du peuple (tout va très bien, dormez en paix bonnes gens, la situation est sous contrôle, votre bon père veille sur la nation) ;

    • interdiction des réunions publiques (pour éviter la mise en place des réseaux de résistance, de solidarité et de mobilisation) ;

    • censure de tous les médias d’information indépendants.

    Pourquoi je vous parle de tout cela aujourd’hui ? C’est parce qu’en méditant sur les événements de ces derniers jours, je ne peux m’empêcher de faire des parallèles avec la situation que nous, les occidentaux des pays dits démocratiques, vivons en ce moment. Car si nous osons regarder au-delà des apparences, nous devrions peut-être nous poser la question : vivons-nous dans une dictature ? Dictature politique, dictature financière, dictature médicale, dictature scientifique, dictature judiciaire. Le problème, c’est que la grande majorité d’entre nous ne se pose pas cette question pourtant fondamentale : une dictature ne se serait-elle pas installée dans nos contrées, avec notre complicité involontaire et inconsciente ? Que nous vivions en Europe ou au Canada, la dictature ne cache-t-elle pas son vrai visage derrière des apparences de démocratie ? Posons-nous ces questions :

    • Vivons-nous dans une dictature politique ? On peut se poser la question, quand on voit que les pays européens ont abandonné leur souveraineté pour se soumettre à l’Union européenne qui est dirigée par un conseil et un président désignés par l’élite mondiale, et non élus démocratiquement… Et quand on voit que le Canada, les États-Unis et le Mexique s’apprêtent à vivre la même chose, à l’insu de la population et des élus politiques, il y a de quoi frémir…

    • Vivons-nous dans une dictature financière ? Que dire, quand on voit que les pays ont abandonné leur pouvoir de battre leur propre monnaie, pour l’emprunter à des banques centrales privées qui chargent des intérêts qui, à eux seuls, alourdissent toujours plus le déficit et la faillite des nations ? Et comment penser autrement lorsqu’on voit que la faillite que les banques ont créée en menant des opérations spéculatives illégales a été, finalement, épongée par nos propres impôts, provoquant une paupérisation de plus en plus grande des populations et un enrichissement écœurant de ces mêmes banques privées ?

    • Vivons-nous dans une dictature médicale ? Comment qualifier cela autrement, lorsqu’on découvre que les gouvernements sont soumis aux exigences des compagnies pharmaceutiques en matière de santé publique et de vaccination, préférant favoriser la santé financière de ces dernières plutôt que la santé physique de leurs populations (les révélations sur le contrat de GSK dans le dossier H1N1 en est une illustration éloquente) ? Et que penser du fait que les experts qui formulent les recommandations en matière de santé publique sont, très majoritairement, financés par les compagnies pharmaceutiques elle-mêmes ?

    • Vivons dans une dictature scientifique ? On est en droit de s’interroger, en tout cas, lorsqu’on voit que des scientifiques honnêtes, motivés par le bien-être de l’Humanité, voient leur carrière brisée et leurs découvertes étouffées parce que leurs travaux menacent les intérêts économiques de certains groupes ou pire, pourraient redonner aux individus la maîtrise de leur propre vie en matière d’alimentation, de santé ou d’énergie…

    • Vivons-nous dans une dictature judiciaire ? Plus que jamais, il est nécessaire de se poser la question, lorsqu’on voit que manifester contre un abus est assimilé à un acte terroriste ou criminel et qu’à présent, le simple fait d’être soupçonné d’être dangereux pour la sécurité nationale peut nous mettre en situation de garde à vue sans limitation de durée… L’existence de Guantanamo n’étant que la partie émergée de l’iceberg…

    Bien sûr, nous n’en sommes pas au point de vivre ce que le peuple tunisien (ou d’autres) a vécu ces dernières décennies. Quoique. Quand je reprends le scénario de l’installation d’une dictature (fermeture des universités, contrôle des médias, interdiction des réseaux de solidarité et censure des canaux d’information alternatifs), j’éprouve un étrange malaise.

    • Je me sens mal à l’aise lorsque je vois que la qualité de l’enseignement s’est dégradée de manière continue depuis trente ans, lorsque je vois qu’on supprime les cours d’histoire et de philosophie des programmes. Avec pour conséquence, que la majorité des jeunes est de moins en moins capable de penser par elle-même, de façon critique et intelligente, sans perspective et sans repères issus du passé ? Bien sûr, c’est moins brutal que la fermeture des universités. Mais n’est-ce pas, en fin de compte, plus efficace ? Un peuple stupide, inculte et ignorant peut-il vraiment désirer se rebeller contre la dictature en place ?

    • Je me sens mal à l’aise lorsque je constate que les médias dominants (presse écrite, radio et audiovisuelle) sont devenus des instruments de propagande au service des intérêts de cette élite minoritaire qui pille et saccage la planète entière. Et je m’interroge lorsque, jamais, une position discordante n’a voix au chapitre des journaux et des magazines, à propos des grands enjeux de ce vingt-et-unième siècle. Sauf s’il s’agit de lyncher, de ridiculiser, de diffamer cette position : alors là, tout à coup, les penseurs dissidents font la une de l’actualité (sans pour autant pouvoir s’exprimer eux-mêmes).

    • Je me sens mal à l’aise quand je lis, dans l’évaluation de la gestion de la crise H1N1 (évaluations de l’OMS mais aussi de différents gouvernements) qu’une des choses à améliorer pour la prochaine pandémie, c’est la censure et le contrôle des réseaux sociaux et d’Internet, pour empêcher les opposants de discréditer le bien-fondé du principe vaccinal.

    Je vous invite, sincèrement, à vous poser ces questions. Et à tenter d’y répondre avec votre propre discernement. Je ne prétends pas détenir la moindre vérité à propos de ce qui se passe. Mais j’estime que c’est notre devoir à tous de nous informer, de nous former et de tirer nos propres conclusions. Et d’adopter, à tout le moins, une attitude critique à l’égard des milieux politiques, financiers, médicaux, scientifiques, judiciaires et médiatiques.
    Pour revenir aux Tunisiens, j’ignore si le départ de leur dictateur changera les choses fondamentalement. Je le répète -- je ne suis pas analyste politique et mon propos n’est pas de fournir une analyse précise de la situation. Mais ce que je ressens aujourd’hui, c’est un immense espoir pour nous tous. Parce que des individus ont appris à penser par eux-mêmes, parce qu’ils ont pris conscience de la situation dictatoriale dans laquelle ils se trouvaient, parce qu’ils ont tissé des réseaux d’entraide, de solidarité et de communication, ils ont pu se remettre debout, fièrement, sans violence. Et faire tomber un dictateur qui semblait indéboulonnable il y a encore un mois.
    Ce que les Tunisiens ont fait cette semaine, nous pouvons, nous aussi, le faire. C’est la raison pour laquelle je dédie ma vie depuis près de trente ans à informer et à former mes semblables, en leur apprenant à penser par eux-mêmes, à se soigner par eux-mêmes, à gérer leurs relations par eux-mêmes. Comme je le répète souvent : « S’informer et se former est un acte de liberté et d’autonomie ! » L’exploit des Tunisiens m’encourage à diffuser encore davantage l’essence de mon travail, à travers de nouveaux livres et de nouveaux DVD en préparation, à travers le programme des nouvelles conférences et des nouveaux séminaires.
    Ne désespérons pas. On pourrait croire que la dictature mondiale est à la veille de révéler son véritable visage. Mais contre l’instruction, la connaissance de la vérité, la conscience des manipulations et l’acceptation des risques, ils ne pourront rien faire, si ce n’est demander asile aux extra-terrestres (puisqu’il n’y aura plus de place pour eux sur cette Terre). Nous pouvons créer une meilleure vie, nous pouvons créer un meilleur monde.
    Souvenez-vous de cette phrase de Gandhi que je répétais l’an dernier, pendant la crise de la grippe H1N1 : « un individu conscient, éveillé et debout est plus dangereux pour le pouvoir en place que 10.000 individus endormis et apeurés. » Le peuple tunisien nous a donné un exemple à suivre. Il nous a prouvé que reprendre notre vie en mains n’était pas une utopie : c’est à notre portée. À condition de le décider.
    Plus que jamais, restons unis, conscients et debout

    Jean-Jacques Crèvecoeur
    Montréal (Québec)


  2. Phoenix dit :

    Et bien merci pour cette analyse copieusement documentée.
    Apparemment le compte à rebours est enclenché, il ne lui reste plus qu’a prendre sa tente pour retrouver ses espaces dont il se dit appartenir…

  3. Vague des révolutions de jasmin : le grand retour du monde arabe.

    On désespérait de voir le monde arabe rattraper le train du 21ème siècle : l’Asie, l’Amérique du Sud prenaient leur destin en main pendant qu’il s’enfonçait dans l’obscurantisme. Depuis quelques années et il y a encore 2 mois, le monde arabe évoquait de plus en plus un tiers-monde fanatisé peuplé d’hommes à la barbe hirsute et aux yeux fous. Et voici qu’il secoue son joug et on redécouvre des sociétés de jeunes tout ce qu’il y a de plus normal, garçons et filles de Tunisie, d’Égypte, de Libye, etc… demandant simplement à avoir un avenir dans leur propre pays.

    Le parallèle est criant entre cet effet domino et celui de la fin des années 80-début 90 qui vit s’effondrer l’un après l’autre tous les régimes soviétiques d’Europe de l’Est. A une différence près : le gouvernement Gorbatchev, acteur à part entière de la transition, avait clairement prévenu que Moscou ne pourrait plus rien pour les régimes sous tutelle (Pologne, Hongrie, Allemagne de l’Est, Tchéquie).

    L’effondrement des régimes autocratiques, soutenus par l’Occident depuis 2-3 décennies, sans que cet Occident ne lève le petit doigt en dépit de l’évidente catastrophe que cela représente pour leurs énormes intérêts dans la région, est un indicateur très clair du basculement qui s’opère actuellement sous nos yeux. Cet Occident, au premier rang duquel les États-Unis, n’a plus les moyens de sa politique arabe.

    Cela faisait des décennies que les jeunes de ces pays rêvaient de changement, de liberté d’expression, de mobilité sociale, de travail, de pouvoir d’achat, d’un appartement et de fonder une famille. Mais le carcan était tel que, en dépit d’injustices criantes, rien ne bougeait en apparence, rien d’autre que les franges les plus radicales, sous la forme ces dernières années d’un extrémisme religieux dont l’image médiévale était bien pratique pour empêcher l’opinion publique internationale de sympathiser avec les causes profondes de l’énorme malaise du monde arabe. Mais ce revirement brutal de l’image du monde arabe est un écho à un autre changement fondamental d’image : celui d’un Occident incontournable, invincible, éternel.

    Si l’Europe a finalement du mal à prendre acte de l’effondrement de l’influence des États-Unis, parce qu’elle est partie prenante de cette influence, les révolutions en cours dans le monde arabe nous le disent haut et fort : le monde change, les États-Unis ne sont plus en mesure de faire respecter leur ordre parce leurs incommensurables problèmes économiques et financiers se sont déjà transformés en « plans d’austérité » non-dits mais affectant l’ensemble de leurs politiques, y compris étrangères.

    Les révolutions tunisienne, égyptienne, algérienne, yéménite, libyenne, jordanienne, marocaine, etc… sont le strict équivalent de l’ouverture du rideau de fer de la Hongrie en 1989. L’effet domino est enclenché et la question est maintenant : que peut-on espérer/craindre qu’il en résulte ?

    L’inévitable désir de retour au calme des pouvoirs économiques au premier plan, mais aussi des populations, peut prendre plusieurs formes :
    - Recours à l’armée, qui n’aboutira à la stabilité que dans la mesure où ces armées auront pris le parti du peuple de manière évidente pendant les troubles et après.
    - Appel aux seules forces politiques d’opposition disponibles : les islamistes. Mauvaise nouvelle dans un premier temps, ces forces s’assoupliront nécessairement dans l’exercice du pouvoir pour aboutir à des régimes du type de celui d’Erdogan en Turquie, régimes à consonance religieuse mais fondés sur des principes démocratiques vecteurs de modernisation.
    - On peut espérer que des forces politiques modernes, démocratiques et modérées, représentatives de la majorité des arabes, apparaissent mais la « chape de plomb » qui a régné sur le monde arabe depuis tant d’années ne laissent pas beaucoup d’espoir en la matière, dans l’immédiat en tous cas.

    Dans tous les cas, aucun des gouvernements qui se formeront ne sera pro-occidental car les bailleurs de fonds ne sont plus là et que les peuples les rejetteront automatiquement.

    Le monde arabe qui résultera de ces transformations aura une forte sensibilité pan-arabe : des peuples voisins, de même langue et de même religion, qui secouent leur joug en même temps et pour les mêmes raisons, développent nécessairement un fort sentiment d’identité et de communauté de destin.

    On ne peut s’empêcher de penser à l’avenir d’Israël dont l’environnement géopolitique bascule aussi radicalement. Non pas que ce monde arabe aura pour premier souci de nucléariser Israël, au contraire, une relation pacifiée car dénouée entre le monde arabe et l’Occident n’est sur le fond pas mauvaise pour Israël. Sauf si Israël ne prend pas la mesure des changements et s’entête dans sa stratégie du plus méchant.
    Ce jeu-là est maintenant forcément perdant pour le petit Israël qui, lui aussi, comme les régimes de Ben Ali, Moubarak… ne peut plus compter sur la protection infaillible des États-Unis. Aux Israéliens de faire leur révolution de jasmin peut-être…

  4. fredalton dit :

    Bonjour à tous,

    Tout d’abord merci pour ce site très dense et très intéressant.

    Juste pour signaler que j’ai constaté une erreur dans la conversion des calendriers de Carl Johan Calleman.
    En effet il compte le 29 février 2011 alors que 2011 n’est pas bissextile : Tzolkin du 29/02/2011

    Cela décale tout d’un jour. ;-)
    Le dernier cycle commencerait donc le 8 Mars au lieu du 9 Mars.
    La fin de cycle serait le 27 Octobre 2011.

    Il serait possible que dans ses calculs M. Calleman est rajouté le 29 Février systématiquement.
    Alors, nous serions déjà dans le dernier cycle et plus près de la fin du calendrier Maya.
    J’ai averti le site de cette erreur.

    Amicalement.

  5. dit :

    Libye : les Occidentaux ne comprennent rien.

    Difficile de comprendre l’insurrection libyenne avec un regard européen. « Plan Marshall », « effet domino », « fin de l’histoire », « chute du mur » : les médias multiplient les expressions peu adaptées. Si la prudence dans l’analyse reste de mise, l’Union européenne devrait avoir un rôle à jouer.

    Peut-on parler de « révolution » à propos des événements qui se déroulent actuellement en Libye ?

    Je parlerais plus volontiers d’ « insurrection » que de « révolution » car le terme « révolution » -- dans le sens qu’il a pris à l’ère moderne -- a une forte connotation idéologique (la révolution comme « guerre idéologique »), avec pour perspective un bouleversement d’ensemble de l’ordre politique et social, voire une dimension millénariste. Mais il est vrai que le terme de « révolution » est confus, avec de multiples significations, et il en vient à désigner tout bouleversement violent dans les rapports de pouvoir. Cependant, pour décrire et comprendre les phénomènes actuels, cette acception très générale ne saurait suffire.

    Dans le cas présent, il s’agit d’une sédition des corps et des âmes qui a débouché sur une insurrection armée. C’est un phénomène politique « brut », un corps-à-corps qui nous renvoie à l’ « essence du politique » (selon l’expression de Julien Freund)  et nous sommes dans l’inconnu quant aux perspectives qui animent les forces levées contre Kadhafi. On perçoit « quelque chose » de viscéral, avec le sentiment que le dessous reprend le dessus. Ainsi découvre-t-on que l’invocation idéologique de la Jamahiriya dissimulait des équilibres tribaux dont les ressorts profonds nous échappent ; nommer et recenser les tribus ne suffit pas à comprendre ce qui se passe. De la soumission à la rébellion puis à l’insurrection armée… Il faut insister sur le caractère brut de l’événement qui échappe à nos catégories et rhétoriques trop abstraites (« dignité », « fierté arabe », « revanche » sur l’ « humiliation », etc).

    Cette insurrection a débouché sur une guerre civile comme le laissait à penser le début des événements. Une dizaine de villes libyennes dans la partie Est du territoire sont entrées en état de sécession vis-à-vis du pouvoir central dont Benghazi et Tobrouk. A l’Ouest, des villes sont aussi tombées. Il est aujourd’hui attesté que les pertes humaines sont très au-delà de ce que l’on a pu voir, ces dernières semaines, lors des troubles que d’autres pays de la région ont connu ou connaissent actuellement. Avec l’extension des violences et leur durée, dans un contexte de partition territoriale entre deux pôles de pouvoir (Tripoli à l’Ouest et Benghazi à l’Est), nous sommes bel et bien dans une situation de guerre civile entre des forces opposées. L’enjeu est le contrôle du pouvoir central, du territoire et des populations. C’est donc un conflit géopolitique. Sera-t-il suivi d’une guerre tribale ? Il faut d’ores et déjà s’interroger sur les retombées extérieures de ce conflit et leurs conséquences sur les positions européennes et occidentales en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (le « Grand Moyen-Orient »).

    La façon dont la « révolution libyenne » est retranscrite dans les médias occidentaux vous semble-t-elle satisfaisante ?

    On cherche à plaquer un discours sur des faits et des réalités qui nous échappent. Ce qui est frappant, c’est la pauvreté du discours descriptif et interprétatif. On continue par exemple à parler d’ « effet domino » entre les différentes révoltes survenues en Tunisie, en Égypte ou en Libye, mais il s’agit d’un phénomène qui s’amplifie et qui gagne en intensité au fur et à mesure qu’il s’étend. Nous sommes non pas dans une séquence linéaire mais dans des logiques chaotiques, avec des enchaînements et des effets qui dépassent très largement les « scénarios » optimistes que l’on privilégie pour produire un récit intelligible d’une part, pour se rassurer d’autre part.

    Par ailleurs, ces révoltes et séditions -- une insurrection armée dans le cas de la Libye -, sont présentées comme le soulèvement de « peuples », supposés unanimes, qui renverseraient leurs tyrans, le tout sur un ton très « quarante-huitard » qui rappelle Michelet et sa religion du peuple. Selon ce « grand récit », pourtant bien usé, l’Histoire serait transparente et finalisée, avec l’avènement de la liberté dans une région restée à l’écart des transformations, ces deux dernières décennies. Les événements du monde arabe sont ainsi mécaniquement comparés à ceux qui ont précédé et suivi la chute du mur de Berlin. En fait, il s’agit d’une reprise ultra-simplifiée des thèses de Francis Fukuyama pourtant moquées par ailleurs (de manière injuste au demeurant). Aussi, cette référence implicite à « la fin de l’histoire » n’est-elle pas assumée.

    En vérité, nous sommes dans un autre contexte historique et donc en terrain méconnu. Cette grille de lecture du type « enlargement » (élargissement des frontières de la liberté et du marché) correspond au récit de la guerre froide et de la victoire de l‘Ouest ; elle est décalée par rapport aux événements, voire dépassée. Nous n’avons pas affaire ici à deux visions du monde  distinctes qui fonctionneraient en miroir et s’affronteraient comme ont pu le faire le communisme et le libéralisme (plus précisément, une idéologie dans le cas du communisme totalitaire, et une philosophie politique dans celui du libéralisme). Le monde arabe et musulman est « autre » que le monde européen et occidental. Il s’agit d’un autre espace géoculturel, animé par d’autres dynamiques, et l’insistance mise par de nombreux commentateurs sur le slogan de « liberté » des opposants ne suffira pas à voiler le caractère multiple et contradictoire de ces dynamiques. Cela n’exclut pas que certaines des dynamiques et des forces au travail soient en phase avec les attentes occidentales, mais il faut prendre en compte les autres aspects des processus en cours.

    Ce monde arabo-musulman présente des milieux relativement homogènes et les effets de résonance entre la Tunisie, l’Égypte et la Libye, entre autres exemples, nous le montrent. L’existence généralisée de régimes autoritaires et patrimoniaux sclérosés est l’un des traits communs qui s’ajoute aux données ethno-linguistiques et religieuses (n’oublions pas cependant les minorités, chrétiennes notamment). Pourtant, les situations d’un pays à l’autre ne sont pas les mêmes et cette série de révoltes, répétons-le, s’écarte d’une séquence linéaire, avec des changements de même ampleur d’un pays à l’autre. Les dynamiques de violence et l’impression que tout peut basculer, avec des effets en tous sens dans le bassin méditerranéen, renvoient plus aux théories du chaos qu’à l’effet-domino. Peu de choses comparables avec les « révolutions de velours » de 1989. Si l’on dresse le seul bilan humain – des milliers de morts en Libye ? -, le fait est évident.

    La révolte libyenne ne serait donc pas une simple réplique de la révolte égyptienne ?

    L’insurrection libyenne et le semblant de révolution égyptienne varient fortement dans leurs rythmes, dans leurs modalités et dans leurs développements possibles. En Égypte, Il est encore trop tôt pour parler de changement de régime car la situation reste sous contrôle militaire comme c’est le cas depuis Nasser et sous les « raïs » qui lui ont succédé. Des rebondissements sont possibles (notons la tension entre l’idée de « révolution » et celle de « transition »). En Libye, nous sommes dans « autre chose ». Les faits sont beaucoup plus brutaux et pourraient déboucher sur une forme de partition territoriale si Kadhafi parvenait à se maintenir sans avoir les moyens de reprendre l’Est libyen. Cela dit, les combats gagnent Tripoli et ses approches ; le réduit autour de Kadhafi se resserre. Quant à la Tunisie, la « révolution » a surtout abouti à chasser l’homme au pouvoir et son clan ; la situation est instable et l’on n’a pas encore tout vu.

    Avec l’extension des violences en Libye et leur durée, dans un contexte de partition territoriale entre deux pôles de pouvoir (Tripoli à l’Ouest et Benghazi à l’Est), nous sommes bel et bien dans une situation de guerre civile entre des forces opposées. L’enjeu est le contrôle du pouvoir central, du territoire et des populations. C’est donc un conflit géopolitique. Sera-t-il suivi d’une guerre tribale ? Il faut d’ores et déjà s’interroger sur les retombées extérieures de ce conflit et leurs conséquences sur les positions européennes et occidentales en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (le « Grand Moyen-Orient »).

    L’Europe est en effet concernée de façon encore plus évidente dans le cas libyen par rapport à l‘Égypte : la Libye se trouve en Afrique du Nord, sur la rive sud de la Méditerranée, et l’on ne pourra se défausser en considérant mezzo voce, comme dans le cas de l’Égypte ou du Golfe, que les responsabilités à assumer sont d’abord américaines. Il y a des enjeux migratoires évidents, des enjeux pétroliers et gaziers, financiers, sécuritaires in fine. L’islamisme et le jihad ne sont pas l’invention des dictateurs et tyrans de la région, même s’ils savent les instrumentaliser. Kadhafi manipule ces enjeux pour tenter de paralyser toute action ou réaction européenne et occidentale mais il est trop tard. Des sanctions sont en cours d’adoption et c’est un revirement par rapport aux dernières années. Si les gouvernements occidentaux s’inquiètent des retombées de la situation en Libye, aucun ne se hasardera plus à apporter à Kadhafi un quelconque soutien verbal ou à nuancer l’interprétation des événements. Toutefois, les enjeux énergétiques et migratoires ne peuvent être ignorés, ni ceux qui portent sur l’évacuation des ressortissants étrangers. Aussi évite-t-on les déclarations martiales. Il s’agit surtout d’accompagner les événements et d’anticiper leurs contrecoups.

    Mais l’Union européenne est elle capable de jouer un rôle dans la région ?

    Il n’existe pas de « modèle » clef en main sur lequel s’appuyer pour agir (les Européens en étaient, il y a peu encore, à justifier leur impuissance de fait par l’invocation des théories du soft power) mais il est certain qu’il faut agir sur le plan diplomatique et plus largement sur le plan géopolitique. Malheureusement, dans l’approche générale des situations au sud et à l’est de la Méditerranée, on en reste au discours du  (processus prétendument renouvelé par l’Union pour la Méditerranée), en guise de grille de lecture et d’interprétation. Cela a beau être un échec, le discours euro-méditerranéen et l’illusion du néo-andalousite sont recyclés pour interpréter les événements qui se déroulent aujourd’hui dans les pays arabes.

    Ce qui est marquant, entre autres, c’est le recours répétitif à l’expression de « plan Marshall ». Je ne vois pas comment il serait possible de monter un plan Marshall, avec l’état désastreux dans lequel se trouvent aujourd’hui les finances publiques des États de la zone euro. Il est déjà difficile de monter des plans de sauvetage pour sauver certains pays de la dite zone, alors comment on pourrait réunir les montants nécessaires (si l’on prend au sérieux cette référence historique) pour des pays arabes menacés de faillite économique. Il n’y a pas non plus la perspective d’une intégration dans un ensemble plus large et stabilisateur.

    Souvenons-nous qu’à l’époque du plan Marshall, sous l’Administration Truman, les États-Unis se trouvaient dans une position hégémonique et disposaient de facilités financières. C’est loin d’être le cas pour l’Europe (l’Union Européenne) qui est plus un lâche Commonwealth qu’un solide Commonwill. Le budget communautaire dépasse à peine les 1% du PIB de l’Union Européenne (UE) et les marges de manœuvre sont limitées. Il faut aussi que l’UE soit présente diplomatiquement et économiquement dans un « Est européen » fragile (les territoires entre l’ensemble UE-OTAN d’une part, la Russie d’autre part) qui constitue notre « hinterland » continental. N’oublions pas cette continuité territoriale.

    Finalement, l’expression de « plan Marshall » est un peu comme la référence obligée aux accords de Grenelle (le « Grenelle » de l’environnement, des banlieues, etc.) dans la vie politique française : ces références sont devenues des mots magiques ; des « facilités » de langage qui induisent des « facilités » de pensée. En fait, ce pavlovisme linguistique empêche de penser les situations concrètes, les dynamiques d’ensemble et l’esprit du temps, exercice indispensable pour relever les défis. Les « éléments de langage » ne sauraient tenir lieu de vue-du-monde. L’important n’est pas de s’en sortir par des pirouettes verbales, ou de se préparer à une éristique du pauvre, mais de penser correctement les événements et leurs dynamiques pour répondre aux défis.

    Comment percevez-vous le futur de la Libye ?

    A l’évidence, beaucoup de choses vont se jouer dans les heures et les jours à venir précisant ainsi les lignes de force du « futur ». L’opposition armée entre Kadhafi et des forces dont on sait peu de choses a fait basculer la Libye dans la guerre civile. Le « guide » s’accroche au pouvoir et affirme être prêt à mourir en martyr. On remarquera à ce sujet que tous ceux qui tombent au combat, en Libye comme dans les autres pays de la zone, sont qualifiés de « martyrs ». Peu de choses à voir avec les chrétiens de l’Antiquité jetés aux lions.

    Kadhafi pourrait-il se maintenir au pouvoir dans un étroit réduit ? Pourrait-il même renverser la situation ? Improbable mais si tel était le cas, aurait-il la légitimité nécessaire pour durer à la tête de la Libye ? Peut-on « faire époque » une seconde fois ? Dans les années 1950-60, les masses arabes étaient prêtes à accepter des systèmes coercitifs – Nasser, Bourguiba et bien d’autres n’étaient pas de doux rêveurs mais des chefs politiques redoutables -, mais dans une perspective mobilisatrice, nationaliste ou panarabe. Les « retombées » dans le monde arabe des idéologies de masse du premier XXème siècle jouaient le rôle de religions séculières, transcendant les existences individuelles et légitimant les sacrifices.

    Aujourd’hui, ces référentiels idéologiques ne sont plus crédibles : ce sont des systèmes politiques et idéologiques qui ont historiquement échoué ; on le sait depuis la guerre des six jours et le réveil de l’islamisme comme « formule » de rechange. Donc, même si Kadhafi écrasait les forces qui s’opposent à lui, forces dont on ne sait presque rien au final, cela semble improbable qu’il puisse « s’installer » au pouvoir car la légitimité lui ferait défaut et un système ne peut reposer durablement sur la seule coercition. Il y faut au moins le consentement passif d’une partie de la population et cela n’est plus le cas. Mais encore une fois, que sait-on au juste de la situation, excepté le fait que des hommes se combattent réciproquement et meurent ?

    Se pose désormais la question de la légitimité et du degré de cohésion des forces qui combattent Kadhafi. A propos de l’Égypte, les commentateurs avaient des noms de partis et d’hommes à mettre en avant et ils pouvaient se livrer à des exercices intellectuels abstraits qui remplissaient le « vide ». Sur la Libye, rien d’autre que le spectacle d’une violence déchaînée qui ruine le scénario d’une « révolution de velours » moyen-orientale. Nous entrons dans une période de profonde instabilité qui met en porte-à-faux, plus encore, le discours obligé sur l’unité de la Méditerranée et la communauté de destin de ses « enfants ». Une chimère qui nous renvoie aux années 1990. On objectera que la chose est souhaitable et qu’il faut donc « refonder » l’UPM…

    En Libye, si la situation empire et le chaos s’installe, au-delà des sanctions qui n’ont pas d’effet immédiat, la question d’une intervention militaire se posera (la délimitation de zones d’exclusion aérienne est évoquée) et nous pourrions  nous retrouver face aux dilemmes d’une hypothétique action politico-militaire.

    Avec qui mener cette action, selon quelles modalités et avec quels moyens ? Dans quel cadre (UE, OTAN, « coalition de bonnes volontés » , ONU) et pour quelles finalités politiques ? Déjà, l’un des principaux story tellers du « méditerranéisme », lecteur probable de Benoist-Méchin et adepte de la « grandeur », explique qu’il ne faudrait pas ajouter la guerre à la guerre.  Un écho du mitterrandisme ?

    Une certitude : en dépit de l’économisme et du moralisme ambiants, nous n’en avons pas fini avec les questions militaires et géopolitiques. Max Weber rappelait avec ironie que les collectivités politiques ne pouvaient descendre du train de l’Histoire comme on interpelle le cocher pour descendre d’une voiture.

  6. Schizophrénie libyenne !

    (le 1er mars 2011 -- proposé par Phoenix)

    La situation en Libye est on ne peut plus confuse. Il est impossible d’avoir une vue d’ensemble et chacun doit donc se faire son idée en admettant des informations qu’il ne peut pas vérifier. Le journaliste italien Maurizio Matteuzzi décrit cette incertitude depuis Tripoli, où il ne voit qu’une partie de la réalité et ne parvient pas à l’interpréter.

    « No massacres, no bombing, no violence » contre les civils. C’est par ces paroles que Moussa Ibrahim, le porte-parole du gouvernement libyen, a commencé hier matin son briefing quotidien pour la presse étrangère (qui maintenant arrive en foule, journalistes et média étasuniens en tête, conduits par la superstar de CNN Christiane Amanpour). Pour lui, la tentative de « regime change style Irak » est pilotée par les « puissances impérialistes occidentales », qui veulent « le pétrole », et par les islamistes, qui veulent faire de la Libye « une Somalie méditerranéenne ou un Afghanistan » ; l’ « Occident » et « al Qaeda » se sont emparés « des protestations pacifiques et légitimes » en faveur des réformes pour semer « le chaos » en Libye et provoquer déjà « une centaine » de morts, mais « des deux côtés ». Quant à la résolution punitive 1970 approuvée par le Conseil de sécurité, pour le porte-parole, il est inconcevable qu’elle se soit fondée exclusivement sur des « media reports », engagés —nous espérons que ceci est désormais clair pour tout le monde, même pour les détracteurs les plus inconditionnels de Kadhafi— dans une opération de désinformation comparable seulement à celle, pour nous en tenir à la plus récente, sur les « armes de destruction massive » de Saddam Hussein (on parie que si le Colonel ne tombe pas tout de suite, il y aura bien quelqu’un pour les trouver en Libye aussi ?).

    Vécue —ou du moins vue— de Tripoli, l’évolution de la crise libyenne donne le vertige. D’ici on veut donner —et dans une certaine mesure on a— l’impression que la vie quotidienne est « normale » (et le jour au moins elle l’est) ; que Kadhafi a le « contrôle » quasi-complet non seulement de la capitale Tripoli, mais de tout le pays (seule la Cyrénaïque est perdue, les autres ne sont que des « pockets » poches de résistance, a dit le porte-parole) ; qu’on « se dirige rapidement vers le retour au calme et à la paix » (mots de Saif al-Islam, le fils « réformateur » du Colonel) ; que si le calme et la paix ne sont pas encore revenus c’est parce que le leader « a donné des ordres formels de ne pas tirer sur la foule » (bien qu’il ait qualifié les rebelles de « rats à exterminer ») ; qu’en tous cas, on cherche une voie de sortie négociée et que lui —Saif— a déjà lancé un dialogue avec les rebelles ; que si par contre on cherche la « guerre civile », on l’aura ; que la protestation et la révolte sont l’œuvre de quelques fondamentalistes islamistes que le Colonel a toujours traité sans y aller par quatre chemins, avec éloges et reconnaissances de ces mêmes leaders démocratiques qui à présent le condamnent et veulent l’envoyer se faire juger à la Cour pénale internationale (qu’il y aille, mais après des gentlemen comme les Bush, les Blair, les Cheney et les Rumsfeld).

    Du dehors, du monde extérieur, le scénario, pour nous qui sommes ici embedded et qui lisons les informations libyennes sur les agences internationales et les journaux italiens, est follement opposé. Pour Kadhafi c’est une question d’heures ; sur les villes libyennes —excepté Tripoli et sa province natale de Syrte— flotte le drapeau brandi par les rebelles, noir-rouge-vert qui était celui de la monarchie sénousite renversée par Kadhafi en 1969 (sans que ne suscite aucune question le fait que le roi Idris était une marionnette des Anglais) ; les morts à cause des militaires, des milices et des « mercenaires africains » ne se comptent plus et augmentent ou diminuent selon les jours : 300, 1 000, 10 000, 2 000… ; même Tripoli est désormais perdue et Kadhafi ne contrôle maintenant que la zone de la ville qui est autour de sa résidence dans le compound militaire de Bab al-Azizia ; un général passé aux rebelles, Ahmed Gatrani, selon ce qu’écrit le Washington Post, a mis sur pied une armée à Benghazi et est déjà aux portes de Tripoli (qui est à plus de mille kilomètres de la capitale de la Cyrénaïque) sur laquelle il a déclenché une première attaque dès vendredi dernier, pour le moment repoussée par les gouvernementaux (et dont les journalistes ici présents n’ont ni vu, ni entendu le moindre signe).

    Schizophrénie à l’état pur

    Est-ce possible ? Possible dans une situation schizophrénique comme l’est celle qu’on vit quand on est ici à Tripoli. L’impression en tous cas est que Kadhafi a perdu la partie et que le cercle autour de lui s’est déjà refermé au niveau politico-diplomatico-médiatique mondial, et qu’il est en train de se fermer aussi en Libye. Question de temps et de façons. S’ils veulent vraiment pousser jusqu’à cette « guerre civile » dont menace le Colonel et aussi son fils « dialoguant », peut-être faudra-t-il plus de temps et, à coup sûr, plus de morts. Si l’on va vers une sorte d’issue de secours d’une façon ou d’une autre négociée, la solution pourrait être plus rapide et moins sanglante.

    Le problème en Libye est que, contrairement à la Tunisie et à l’Egypte, les forces armées ne sont pas un facteur assez fort (du moins jusqu’à présent) pour se poser en fléau de la balance. Un autre problème est, contrairement encore à la Tunisie et à l’Egypte, manquent aussi d’autres facteurs potentiellement décisifs pour la résolution de la partie : comme par exemple un syndicat et des partis, et par contre, comme au Yémen et en Irak, est présente une structure clanique-tribale avec laquelle il faut compter.

    La révolte aussi, jusqu’à présent, ne donnait pas de signes de pouvoir se constituer en instance politique au-delà de l’objectif immédiat de chasser Kadhafi, et si l’on ne veut pas donner crédit à ce que le Colonel crie depuis le début : que les rebelles en réalité sont agités par la longue main « d’al Qaeda » ou du moins, ici, en Libye, par les oulémas fondamentalistes et par leur fidèles qui crient à la sortie des mosquées contre « Kadhafi, ennemi de Dieu ».

    Dimanche, l’ex-ministre de la justice Moustafa Abdeljalil, passé du côté « du peuple », a présenté à Benghazi un « Conseil national » composé de civils représentants des villes « libérées » et de militaires qui ont démissionné. L’objectif déclaré est d’aller à des « élections libres » d’ici trois mois (période trop courte pour être vraiment libres et représentatives). Le porte-parole du Conseil national s’est empressé de démentir qu’il s’agisse d’un « gouvernement provisoire », « d’intérim » ou « de transition », peut-être pour arrêter dès le départ toute ambition d’Abdeljalil. Qui pourtant annonce avoir déjà lancé des négociations avec les « anciens des tribus » et déclare au journal Quryna —le quotidien semi-indépendant de Saif al-Islam : autre paradoxe ou signal ?— qu’il « n’y aura aucun règlement de comptes » indiscriminé.

    Même Saif al-Islam dit avoir déjà commencé des négociations avec le clan et les tribus, dont beaucoup se sont jointes à la révolte contre le Colonel. Et avoir offert le dialogue « à l’opposition », offre repoussée par le Conseil national. La situation libyenne est, comme dit un diplomate de l’ambassade italienne, « magmatique ». Très magmatique. Le moment décisif approche. Et même si le résultat semble décidé, tout peut encore arriver avant la fin. Dans les prochains jours ou les prochaines heures.

  7. InterObjectif dit :

    L’ONU approuve le recours à la force en Libye.

    Résolution prise au summum de la crête du « 1er jour » (17-18 mars 2011, vers minuit) de la 9ème onde d’évolution de la conscience sur terre (vague universelle) du calendrier maya.

    Par dix voix pour et cinq abstentions, le Conseil de sécurité des Nations-Unies s’est prononcé dans la nuit de jeudi à vendredi pour l’instauration d’une zone d’exclusion dans le ciel libyen. Le Conseil a également autorisé « toutes les mesures nécessaires » (ce qui veut dire en langage diplomatique des actions militaires) pour assurer la protection des populations civiles face à l’armée de Mouammar Kadhafi. Le texte était coparrainé par la France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et le Liban. Parmi les cinq pays qui se sont abstenus (il n’y a pas eu de vote négatif) figurent deux pays détenteurs du droit de veto (la Russie et la Chine) ainsi que l’Allemagne. L’Italie se dit prête à mettre à disposition ses bases. Le Canada va envoyer six avions de chasse. Cette nuit, Barack Obama a téléphoné à Nicolas Sarkozy et au Premier ministre britannique David Cameron pour mettre en place cette résolution.

    Alain Juppé a exhorté jeudi le Conseil de sécurité de l’Onu à autoriser le recours à « toutes les mesures nécessaires » pour empêcher les forces de Mouammar Kadhafi d’écraser le soulèvement en Libye. 

    « C’est une question de jours, c’est peut-être une question d’heures », a-t-il dit dans son discours avant le vote de la résolution franco-britannico-libanaise qui permettra à certains pays d’intervenir militairement en Libye. 

    « Chaque jour, chaque heure qui passe alourdit le poids de la responsabilité qui pèse sur nos épaules. Prenons garde d’arriver trop tard ! Ce sera l’honneur du Conseil de sécurité d’avoir fait prévaloir en Libye la loi sur la force, la démocratie sur la dictature, la liberté sur l’oppression. », a-t-il ajouté. 


    Voici les principaux points de la résolution 1973 sur la Libye prise par le Conseil de sécurité de l’ONU


    Le Conseil de sécurité, 
    Exprimant une grave inquiétude sur la situation qui se détériore, l’escalade de la violence et le nombre de victimes civiles,  
    Rappelant la responsabilité des autorités libyennes de protéger la population libyenne,  
    Considérant que les attaques systématiques qui ont lieu en Libye contre la population civile peuvent être assimilées à des crimes contre l’humanité,  
    Exprimant sa détermination à assurer la protection des civils et des zones peuplées par des civils et l’acheminement rapide et sans encombres d’une assistance humanitaire,  
    Rappelant la condamnation par la Ligue arabe, l’Union africaine et le secrétaire général de l’Organisation de la Conférence islamique des violations graves des droits de l’homme et du droit humanitaire international qui ont été commis en Libye,  
    Déplorant l’utilisation systématique de mercenaires par les autorités libyennes,  
    Agissant en vertu du chapitre 7 de la charte des Nations unies (qui autorise l’usage de la force, ndlr),  
    Demande l’établissement immédiat d’un cessez-le-feu et l’arrêt complet des violences et de toutes les attaques contre des civils,  
    Demande que les autorités libyennes se conforment à leurs obligations en vertu du droit international, y compris le droit humanitaire international,  

    PROTECTION DES CIVILS
    Autorise les Etats membres (..) à prendre toutes les mesures nécessaires (..) pour protéger les civils et les zones peuplées par des civils sous la menace d’attaques par (les forces du colonel Mouammar Kadhafi ndlr), y compris Benghazi, tout en excluant une force étrangères d’occupation sous quelque forme  que ce soit dans n’importe quelle partie du territoire libyen,  

    ZONE D’EXCLUSION AERIENNE
    Décide d’établir une interdiction de tous les vols dans l’espace aérien de la Libye de manière à protéger les civils,  
    Décide que cette interdiction (..) ne concerne pas les vols dont l’unique objectif est humanitaire,  
    Autorise les Etats membres (..) a prendre toutes les mesures nécessaires pour faire respecter l’interdiction des vols,  

    RESPECT DE L’EMBARGO SUR LES ARMES
    Décide, (..) pour assurer la stricte application de l’embargo sur les armes (contenu dans la résolution précédente du 26 février sur la Libye, ndlr), d’inspecter sur leur territoire, y compris les ports et les aéroports ou en haute mer, les bateaux et les avions se rendant ou provenant de Libye,  
    Déplore l’utilisation systématique de mercenaires en Libye et demande à tous les Etats membres de se conformer strictement à leur obligations (..) pour  empêcher la fourniture de mercenaires armés à la Libye,  

    GEL DES AVOIRS
    Décide que le gel des avoirs (..) concernera tous les fonds, les avoirs financiers et les ressources économiques (..) qui sont propriété ou contrôlés directement ou indirectement par les autorités libyennes, Affirme sa détermination à s’assurer que les fonds gelés (..) seront dès que possible rendus accessibles pour le bénéfice du peuple libyen,  

    PANEL D’EXPERTS
    Demande au secrétaire général (de l’ONU Ban Ki-moon) de créer pour une période initiale d’un an (..) un groupe allant jusqu’à huit experts (Panel d’experts) (..) qui auront pour tâche:  
    de regrouper, d’examiner et d’analyser les informations des Etats, des entités de l’ONU et des organisations régionales et d’autres parties intéressées concernant la mise en oeuvre des mesures décidées par la résolution, en particulier les incidents de non-respect, de fournir au Conseil un rapport intérimaire sur son travail pas plus de 90 jours après la nomination du Panel et un rapport final au Conseil pas plus de 30 jours avant la fin de son mandat avec ses découvertes et ses recommandations,  

    Réaffirme son intention de surveiller constamment les actions des autorités libyennes et souligne sa disposition à réviser à tout moment les mesures imposées par cette résolution et la résolution 1970 (adoptée précédemment ndlr), y compris en renforçant, suspendant ou mettant fin aux mesures le cas échéant, en fonction du respect par les autorités libyennes de cette résolution  et de la résolution 1970.


    VOICI, IN EXTENSO, LE DISCOURS D’ALAIN JUPPÉ TENU À L’ONU À 23h12http://nous-les-dieux.org/VIDEOS/onu-libye-alain_juppe.mp4.jpg

    Monsieur le Président,
    Permettez-moi d’abord de vous remercier de vos chaleureuses paroles de bienvenue auxquelles j’ai été très sensible.
    Madame la vice-secrétaire général,
    Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
    Mesdames, Messieurs,

    Le monde est en train de vivre l’une de ces grandes révolutions qui changent le cours de l’Histoire : de l’Afrique du Nord au Golfe Persique, les peuples arabes clament leur aspiration à la liberté et à la démocratie !

    En Tunisie, avec la « Révolution du Jasmin », en Egypte avec la Journée du 25 janvier, un grand espoir s’est levé : la transition démocratique est engagée dans un esprit de maturité et de responsabilité.

    Au Maroc, dans un discours courageux et visionnaire, le roi Mohamed VI a annoncé la mise en place d’une monarchie constitutionnelle.

    Ce « nouveau printemps arabe » est pour nous tous, j’en suis sûr, une bonne nouvelle. Notre devoir et notre intérêt nous commandent de l’accompagner avec confiance et disponibilité, non point pour donner à quiconque des leçons ou des modèles mais pour aider chaque peuple à construire lui-même son avenir.

    En Libye, hélas ! depuis plusieurs semaines, la volonté populaire est foulée au pied par le régime du colonel Kadhafi, qui mène une répression meurtrière contre ses propres citoyens.

    C’est la raison pour laquelle, l’Assemblée générale des Nations unies, sur recommandation du Conseil des droits de l’Homme le 25 février dernier, a suspendu la Libye de ce Conseil.

    C’est pourquoi le 26 février, le Conseil de sécurité a estimé, je le cite, que « les attaques systématiques et généralisées (…) commises contre la population civile pourraient constituer des crimes contre l’humanité ». Par sa résolution 1970 adoptée à l’unanimité, il a rappelé que les autorités libyennes ont la responsabilité de protéger le peuple libyen.

    Il a également exigé « qu’il soit immédiatement mis fin à la violence ». Il a souhaité que les responsables de ces crimes soient renvoyés devant la Cour pénale internationale dont il a saisi le Procureur, il a sanctionné le colonel Kadhafi, ses proches et ses affidés. Il a enfin décidé un embargo sur les armes à destination de la Libye.

    Ces mesures n’ont pas été suffisantes. Dans tout le pays, les violences perpétrées contre les populations civiles n’ont fait que redoubler.

    Face à ces provocations intolérables, la communauté internationale a réagi dans une quasi-unanimité :

    — l’Union européenne l’a fait lors du Conseil européen exceptionnel du 11 mars dernier

    — les pays du G8 l’ont fait mardi dernier à Paris

    — les organisations régionales se sont également exprimées avec force. Je pense avant tout à la Ligue arabe qui, dans sa résolution du 12 mars, en a appelé au Conseil de sécurité en demandant l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne. Je voudrais aussi saluer l’engagement de l’Union africaine qui a appelé à l’arrêt des violences contre les civils.

    Malgré ces appels à la paix, la situation en Libye est aujourd’hui plus alarmante que jamais. Au moment même où je vous parle, les troupes du colonel Kadhafi poursuivent la reconquête violente des villes et des territoires qui s’étaient libérés. Nous ne pouvons pas laisser faire les fauteurs de guerre ! Nous ne pouvons abandonner à leur sort des populations civiles victimes d’une brutale répression. Nous ne pouvons laisser bafouer la légalité et la morale internationales.

    C’est pourquoi la France a voulu contribuer de toutes ses forces au sursaut de la communauté internationale en travaillant, avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis d’Amérique et d’autres, à l’élaboration du projet de résolution qui nous est soumis.

    Avec cette résolution, nous nous donnons les moyens de protéger les populations civiles libyennes :

    — D’abord en mettant en place une zone d’exclusion aérienne et en autorisant les membres de la Ligue arabe et les Etats membres qui le souhaitent à prendre les mesures nécessaires pour sa mise en œuvre.

    — Ensuite en autorisant ces mêmes Etats à prendre, outre la zone d’exclusion aérienne, toutes les mesures nécessaires pour protéger les populations et les territoires, y compris Benghazi, qui sont sous la menace d’une attaque des forces du régime de Kadhafi.

    — Enfin, en renforçant les sanctions adoptées à l’encontre de ce régime, qu’il s’agisse de la mise en œuvre de l’embargo sur les armes, du gel des avoirs des autorités de Tripoli ou de l’interdiction de vol des compagnies aériennes libyennes.

    La France appelle solennellement tous les membres du Conseil de sécurité à soutenir cette initiative et à adopter cette résolution. Si ce mandat est voté, elle est prête à agir, avec les Etats membres, notamment arabes, qui le souhaiteront.

    Nous n’avons plus beaucoup de temps. C’est une question de jours, c’est peut-être une question d’heures. Chaque jour, chaque heure qui passe, resserre l’étau des forces de la répression autour des populations civiles éprises de liberté, et notamment de la population de Benghazi.

    Chaque jour, chaque heure qui passe, alourdit le poids de la responsabilité qui pèse sur nos épaules.

    Prenons garde d’arriver trop tard !

    Ce sera l’honneur du Conseil de sécurité d’avoir fait prévaloir en Libye la loi sur la force, la démocratie sur la dictature, la liberté sur l’oppression.

    Je vous remercie.


  8. Martin dit :

    Même notre Président en parle, à l’instant, dans son discours à propos de la Libye.
    « L’avenir de la Libye appartient aux Libyens. Nous ne voulons pas décider à leur place. Si nous intervenons aux côtés des pays arabes, c’est au nom de la conscience universelle qui ne peut tolérer de tels crimes. »

    • InterObjectif dit :

      Déclaration finale lors du Sommet de Paris pour le soutien au peuple libyen. http://interobjectif.net/wp-content/uploads/declaration-de-nicolas-sarkozy-lors-du-sommet-de-paris-pour-le-soutien-au-peuple-libyen.flv.jpg(à 3 minutes et 21 secondes)

      « L’avenir de la Libye appartient aux libyens. Nous ne voulons pas décider à leur place. Le combat qu’ils mènent pour leur liberté est le leur. Si nous intervenons aux côtés des pays arabes, ce n’est pas au nom d’une finalité que nous chercherions à imposer au peuple libyen, mais au nom de la conscience universelle qui ne peut tolérer de tels crimes. »

  9.  
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