Les Nombres, Lois de l’Univers : Fondement de la Théurgie

Par Alexandre Moryason


« L’Un naît du Multiple…
et le Multiple surgit de la dissolution de l’Un… »
Empédocle d’Agrigente (1)


SOMMAIRE :

  • Introduction
  • Comprendre « du Centre »
  • L’Être et sa manifestation : l’Un et le Multiple
  • Notes

  • • Introduction

    Le sujet a longuement été débattu au cours des siècles et sa complexité est bien mise en évidence par une seule question : pouvez-vous dire ce qu’est, par exemple, l’eau ? Elle fait partie de notre environnement connu. Alors, pouvez-vous dire exactement ce qu’est l’eau ? Vous répondrez :

    « L’eau est un liquide ; elle est rafraîchissante si on ne la fait pas bouillir ; elle a la capacité d’ôter les impuretés, de nettoyer, de dissoudre certaines substances ; le corps en a besoin, alors on la boit mais elle doit être douce et non salée comme celle de la mer… »

    Vous n’avez pas dit ce qu’« était » l’eau. Vous n’avez fait que décrire ses qualités. Poursuivant plus avant dans cette tentative, vous direz :

    « Les scientifiques disent que l’eau est un composé de deux molécules d’hydrogène pour une molécule d’oxygène. »

    Vous donnez une formule chimique (2) mais ne dites toujours pas ce qu’est l’eau en soi. Pour continuer cette investigation, précisez, alors, ce qu’est la pensée ou l’amour, le fait de pouvoir, pour un être humain, penser et aimer.

    Vous utiliserez des images et des sensations pour définir ce qu’est la pensée et l’amour ; vous en donnerez les différents contenus possibles ; au mieux, si vous le pouvez, vous élaborerez une formule mathématique représentant ce qu’est la pensée ou comparerez l’amour au champ d’une expansion magnétique. Mais la pensée ou l’amour, en eux-mêmes, vous ne pourrez pas plus les définir que vous n’avez pu définir l’eau… non pas parce que vous êtes stupide, mais parce qu’il est impossible, avec l’appareil mental actuel de l’homme, de le faire. Vous expérimenterez les effets de l’eau — agréables ou désagréables — comme vous vivrez les effets de l’amour et saurez que vous pensez. Mais qui aime en vous et qui sait en vous que vous pensez ? Le débat se complique et il ne peut en être autrement.

    Si donc nous sommes incapables de concevoir ce qu’est, en soi, l’eau, la pensée, l’amour — aucune formule chimique n’a pu déterminer la composante de la pensé ou de l’amour — et ce que nous sommes nous-mêmes, comment pourrions-nous exprimer, véritablement, sans altération possible, ce qu’est l’Immensité Universelle et le Concept le plus inaccessible que la formulation humaine nomme « Dieu » ?

    Vous utiliserez le même appareil mental pour tenter pareille formulation et vous direz : « Dieu est « comme » une chaleur dans le coeur, une paix « indescriptible », une immense Lumière, un ciel infini, une mer sans rivages, etc… »

    Intellectuellement (3), vous n’avez pu dire véritablement ce qu’est « Dieu » en Soi ; vous n’avez exprimé que Ses Qualités de même que vous n’avez pu dire ce qu’est l’eau ou l’amour ni ce que vous êtes vraiment vous-même.

    Or si vous ne pouvez rien dire de la réalité de quelque chose ou de quelque phénomène que vous expérimentez chaque jour, vous ne pourrez pas plus pénétrer la Réalité Divine.

    Cette impossibilité réside dans le fait que nous raisonnons en tant « qu’entité séparée » : il y a l’autre, « mon ami Jean, par exemple, et moi ; nous sommes deux ; lui et moi, ce n’est pas le même être ; quand Jean a mal aux dents, ce n’est pas moi qui souffre car lui a mal et moi, non… ; la table et moi sommes deux modes d’existence différents : la table est un objet hors de moi, hors de mon corps, et moi, je suis un être animé… »

    Autant de définitions qui se fondent sur une séparativité entre tout ce qui existe et nous ; effectivement, « la table et moi ne pouvons être confondus… Cette séparativité implique une distance, un espace séparateur : la table est ici — même à un mètre de moi, mais pas en moi — et moi, je suis là. Cet espace, exige, pour être parcouru, du temps : il me faut quelques secondes pour toucher la table parce que, effectivement, elle est à un mètre de mon corps… »

    Ce développement semblera bien simpliste à ceux qui s’attendent à aborder dans un tel chapitre des concepts d’une extrême abstraction, révélant, selon eux, tout « le sérieux » de la question. Mais qui ou quoi, en eux, est dans cette attente ? Leur intellect. Or, nous l’avons constaté, l’intellect humain ne peut « connaître » la réalité de quoi que ce soit ; il décrira seulement en son propre langage « les qualités » d’une réalité expérimentée (l’eau, l’amour, la pensée) et s’il est intègre, il reconnaîtra, qu’en vérité, il ne « connaît » rien. Même si nous commençons à savoir comment utiliser certaines choses — l’électricité ou certains composants chimiques de la matière dense — savons-nous ce que sont réellement l’électricité et la matière ?

    Fondé sur la « séparativité », l’intellect ne peut connaître la « réalité » de quoi que ce soit, la réalité de l’eau, de l’amour, de la pensée, de l’Univers et donc du concept de « Dieu ».

    C’est pourquoi l’Univers et le concept du Divin ont toujours été décrits au moyen d’images ou de symboles susceptibles d’éveiller en nous la possibilité d’une appréhension approximative, même indicible, de ce qu’ils sont. Toutefois, la meilleure approche en est donnée par les Mathématiques.

    Il ne s’agit pas des mathématiques « humaines », fondées sur les critères de la « logique », telle que l’intellect conçoit celle-ci — nous avons des élucubrations mathématiques qui s’effondrent à la moindre démonstration, tout aussi logique, de leurs contraires — mais des Véritables Mathématiques, celles qu’aucune démonstration opposée ne saurait détrôner.

    Ces Mathématiques, constituant « le fil d’Ariane » dans le labyrinthe de l’intellect, ont été qualifiées de « Divines » parce qu’elles contribuent à la Connaissance du concept de Dieu, de l’Univers et donc de ce que nous sommes. Ce sont celles que Pythagore apprit en Égypte, qu’il enseigna et qui permirent à la science de découvrir, beaucoup plus tard, certaines facettes de la réalité qui nous entoure. Ce « Fil » est « la Loi des Nombres », Loi révélant la Base sur laquelle s’agencent toutes les Forces Universelles. Ceci sera vrai non seulement pour comprendre la réalité du monde physique et plus subtil, mais aussi et surtout, en ce qui nous concerne, pour savoir si une pratique dite « théurgique » est véritablement telle : si c’est bien l’Œuvre Divine qui est mise en activité et non pas une aberration intellectuelle, toute logique en apparence, mais aberration, cependant, menant à un désordre des forces en soi et autour de soi.

    Ce sont ces Mathématiques que révèlent également l’Arbre de Vie Kabbalistique, leur adjoignant des images, des symboles, afin d’expliquer l’Infini à ce qui est fini — l’intellect — et permettant à l’être humain d’appliquer concrètement ce Savoir pour transmuter ses limites.

    Ce mode de raisonnement et l’application de la Connaissance dans la vie quotidienne provoqueront l’éveil progressif en l’homme du véritable « appareil captateur » de la Connaissance (4), lequel, ignorant la séparativité, se révélera être Celui Qui Connaît. Et il sera tel, parce qu’il fonctionnera « au coeur » de toute chose, « au centre ». Cette « centralité » de l’être engendrera l’union du Connaisseur (vous, qui voulez connaître) et l’objet de la Connaissance (chaque chose, l’eau, l’amour, la pensée, vous-même, l’Univers et le concept de Dieu) et fera véritablement savoir que c’est seulement au Centre que l’on devient le Tout.

    Par cette Connaissance le chercheur saura alors que les livres lui ont seulement ouvert le Chemin mais qu’ils n’ont jamais pu lui communiquer l’expérience de l’Essence de l’Univers et de la Divinité.

    En conséquence, cet ouvrage (5) espère contribuer, comme le font tant d’autres, à l’ouverture du Chemin en proposant une représentation symbolique de l’Univers et du concept Divin mais il ne saurait prétendre décrire véritablement ce qui est.


    • Comprendre « du Centre »


    · La Leçon de l’Égyptien

    L’exemple qui nous servira à illustrer très rapidement « l’écoulement des Nombres dans l’Univers » est celui que prenaient autrefois les Prêtres d’Égypte devant enseigner cette Loi Fondamentale aux Néophytes, postulant à une Initiation plus élevée.

    Le support en était très simple : une feuille de papyrus.

    Le Prêtre entrait dans la salle d’Études et montrait, sans prononcer un seul mot, à l’assistance silencieuse le Disque Solaire Ailé, Symbole du Divin, qui s’étendait sur un mur, derrière lui. Il regardait tantôt les élèves, tantôt le Disque.

    Puis, il prenait une feuille de papyrus et, en la tenant bien haut entre le pouce et l’index de la main gauche, il la montrait. De l’autre main, index droit tendu, il montrait à nouveau la feuille, attirant fermement ainsi l’attention des élèves.

    Ensuite, gardant toujours le silence, de l’index droit, il indiquait la feuille et une face de celle-ci, prolongeant bien son geste, voulant signifier ce que tous tentaient de comprendre. Puis, il indiquait à nouveau la feuille, la première face et la deuxième face. Enfin, de l’index il montrait seulement la feuille.

    Le cours était fini. Chacun pouvait quitter la salle mais en gardant le silence sur ce sujet sacré.

    Le lendemain, le Prêtre, toujours silencieux, réitérait devant la même assistance le processus de la veille mais, cette fois-ci, il pliait la feuille en deux, rabattant une face sur l’autre, puis il montrait de la main droite une des deux demi-feuilles séparées par la pliure. Il pointait ensuite la première face de celle-ci et enfin la seconde et revenait sur l’ensemble, montrant la demi-feuille. Il faisait de même avec la deuxième demi-feuille et insistait, d’un geste précis, sur le face à face qui prévalait entre elles. Puis, pour finir, il dépliait la feuille, montrant successivement cette dernière, ses deux faces et, avec une extrême rapidité, il la pliait à nouveau, présentant les deux demi-feuilles ainsi formées. La leçon prenait fin dans le silence perplexe d’une assistance réfléchie.

    Le lendemain, il reprenait la feuille de papyrus, recommençant à la plier en deux, puis il montrait à nouveau les deux demi-feuilles, séparées par la pliure. Il en pointait les deux recto et les deux verso, quatre faces en tout, et d’un geste enrobant, il montrait l’ensemble ainsi plié. Laissant là les élèves pensifs, il mettait fin au cours dans le même silence.

    Le lendemain, toujours muet, le Prêtre renouvelait la gestuelle des trois jours précédents mais, une fois la feuille pliée en deux, il la repliait encore en deux. Montrant les quatre morceaux résultant de la deuxième pliure, il en indiquait les quatre recto et les quatre verso, huit faces en tout; puis, du même geste enrobant que la veille, il montrait l’ensemble doublement plié. La leçon s’achevait ici pour ce jour et tous pouvaient partir en silence.

    Lors de la leçon du cinquième jour, quand la feuille était deux fois pliée, il pliait en deux celle-ci une fois encore et attirait du doigt l’attention des élèves sur les huit morceaux résultant de cette troisième pliure. Selon l’habitude, il en indiquait également les huit recto et les huit verso, seize faces en tout, et enrobait d’un geste l’ensemble. Ce jour-là, il laissait la feuille ainsi, trois fois pliée, et mettait fin au cours dans le silence requis.

    Le sixième jour, devant l’assistance interrogative, il prenait la feuille telle qu’il l’avait laissée la veille, pliée en deux, trois fois de suite, et, d’un geste rapide, il la dépliait, montrant à nouveau la feuille de papyrus dans son état initial.

    Puis il montrait le Disque Divin, les deux Ailes et la triple série de plumes composant chacune de celles-ci.

    Enfin, de son index droit, il pointait le Centre du Disque et, en partant du haut de la Circonférence, il suivait cette dernière en tournant bien vers la droite ; une fois le Cercle fermé, il traçait du doigt, au sein de ce Disque et d’un geste continu, le côté droit, puis la base et enfin le côté gauche, d’un Triangle équilatéral dont les pointes touchaient bien la Circonférence. Finalement, il érigeait dans le Triangle un Carré dont un côté se fondait dans la base de la figure précédente.

    Le septième jour, la feuille de papyrus n’était plus là; seul le Disque Divin était porté à l’attention de tous. Ne traçant plus quoi que ce soit, le Prêtre pointait longuement de son index droit le Centre, tout en regardant fixement les élèves.

    La leçon était vraiment finie. Il n’y avait pas de huitième cours. En sept jours, les élèves avaient reçu le support de leur longue méditation future, devant encore et toujours garder le silence sur le fruit de leurs investigations… la Formation de l’Univers et la Loi des Nombres.


    · L’Esprit de l’Égypte

    « Ignores-tu, ô Asclépios, que l’Égypte est l’image du ciel et qu’elle est la projection ici-bas de toute l’ordonnance des choses célestes ? Cependant, il faut que tu saches : un temps viendra où il semblera que les Égyptiens ont en vain observé le culte des dieux avec tant de piété et que toutes leurs saintes invocations ont été stériles et inexaucées. La divinité, quittera la terre et remontera au ciel, abandonnant l’Égypte, son antique séjour, et la laissant veuve de religion, privée de la présence des dieux… Alors cette terre sanctifée par tant de chapelles et de temples sera couverte de tombeaux et de morts. Ô Égypte, Égypte ! Il ne restera de ta religion que de vagues récits que la postérité ne croira plus et des mot gravés sur la pierre et racontant ta piété. »
    Hermès Trismégiste, traduction de Louis Ménard, Page 147.

    En donnant sa Leçon, le Prêtre ne parla pas une seule fois, pas plus que les élèves, habitués à garder longuement le silence. Et de fait, quand, en Égypte, il s’agissait d’aborder des Sujets Saints, on s’abstenait d’émettre un flux de paroles afin de favoriser la Compréhension « à partir du Centre ».

    On considérait l’intellect comme un instrument utile à l’organisation de ce monde dense dans lequel on vivait mais, s’agissant de l’Univers et de l’Être, les symboles, les couleurs, une gestuelle représentative, s’avéraient être plus efficaces pour conduire l’élève au « Centre » que tout long discours. De plus, des Rites Magiques préparaient toute leçon, créant dans les lieux la fréquence vibratoire propice à ce positionnement central de la Conscience. « Les choses du Ciel restent au Ciel » disait l’Instructeur de ce temps-là, « à la Terre d’aller vers elles… »

    Pythagore voulut ramener en Grèce l’Esprit et l’Âme de l’Égypte mais il enseignait à des Grecs — habitués à raisonner « à partir de la périphérie »… — et non pas à des Égyptiens… Il put donc y diffuser l’Essence de ce que lui-même avait appris mais, de l’Esprit et de l’Âme, il ne put, en véritable « Égyptien » qu’il était, en parler (voir plus bas).

    Il enseigna ce que les Grecs eux-mêmes pouvaient comprendre selon leur mode d’appréhension mentale et puisque ceux-ci apprirent par la suite à l’Occident à penser, c’est ce type d’investigation, effectuée à partir de la Circonférence, qui devint aussi le nôtre.

    Ne pouvant donc éviter ce dernier, nous allons exposer brièvement certaines données sur la Loi des Nombres, présentant intellectuellement des symboles mais ne faisant que les présenter.


    Afin d’éclairer notre texte, nous vous proposons un extrait de l’introduction au Livre des Morts des Anciens Égyptiens traduit et commenté par Grégoire Kolpaktchy « épuisé » aux Éditions Stock. Nous ne pouvons que vous conseiller de lire cet ouvrage (dans la traduction de Grégoire Kolpaktchy).

    L’égyptologie officielle n’aime guère qu’on lui parle du caractère « énigmatique » de la culture égyptienne. Elle hausse les épaules. « Énigmes ? Quelles énigmes ? »

    Or, tandis que l’ancien Grec était, de par sa nature, avide de savoir et curieux de posséder le secret des choses, l’Égyptien se plaisait à contempler les énigmes à l’état initial, à visualiser leur totalité stimulante ; il lui répugnait à les disséquer (on ne dissèque que des cadavres), à les creuser, à les fouiller, à étaler en formules abstraites le secret inviolable de l’Être. L’Égyptien aspirait à la totalité. Et il voyait grand.

    Lequel des deux peuples, des Égyptiens ou des Grecs, avait raison ? L’impasse dans laquelle l’humanité civilisée se débat aujourd’hui n’est-elle pas l’héritage du rationalisme grec dégagé progressivement de la mystique égyptienne et retouché par la médiocrité latine ? N’eût-il pas mieux valu s’arrêter à mi-chemin, comme les Égyptiens ? Car avoir constaté l’existence de l’énigme était déjà beaucoup…

    L’énigmatique attirait l’Égyptien comme la beauté fascinait le Grec ; et de même que celui-ci recherchait partout (harmonie, la symétrie, l’équilibre, les proportions justes et les rythmes, de même celui-là se délectait de l’incompréhensible, de l’inconcevable, du contradictoire et de l’irrationnel.

    L’ancien Égyptien, en effet, possédait des antennes pour le fond IRRATIONNEL de l’existence ; pour cette vie terrestre qui est une mort échelonnée ; pour cette mort qui, à ses yeux, possédait tous les attributs d’une vraie vie ; pour cet Être absolu de l’ontologie (« TUM ») identifié par lui avec le Néant ; pour cette attraction (sympathie) universelle qui est « l’autre visage » de la répulsion et de la haine ; pour cette lutte, enfin, lutte implacable, sévissant sur tous les plans de l’existence et dans tous les coins de l’Univers, et qui ne fait qu’obéir, en réalité, à un plan sereinement établi, harmonieux, plein d’une calme et profonde sagesse…

    Toute la dialectique d’Héraclite et — deux millénaires plus tard — celle d’Hegel, voilà le substrat et l’axe de cristallisation de la Weltanschauung (6) égyptienne ; et c’est, pour nous, l’élément le plus précieux de son apport spirituel.

    Fidèle à ce principe de contradiction, base de son ontologie, l’Égyptien traite avec dédain la raison humaine et élève l’homme, cet être « raisonnable » entre tous (rekhit), au niveau des dieux ; il adore l’éternité immuable incarnée dans ses « dieux anciens », et place à la tête de son panthéon un dieu mort…

    Cette vision du monde ne fut jamais exprimée par les Égyptiens en concepts abstraits (l’abstraction n’étant pas de leur ressort) ; mais elle est toujours là, sous la forme d’une ambiance mystérieuse et énigmatique.

    La valeur éducative de l’irrationalisme égyptien est grande ; celui-ci forme un contrepoids à la platitude rationaliste que notre époque nous impose. Voilà pourquoi l’homme d’aujourd’hui se sent obscurément attiré vers l’ancienne Égypte, terre classique des mystères, et vers cette dialectique, propre au tempérament de ce peuple et qui évolue avec virtuosité au milieu d’un cliquetis des antinomies existentielles.

    L’originalité et l’étrangeté de la vision égyptienne du monde nous font paraître comme fade et inexpressif le « miracle grec » dont nous sommes les héritiers directs. La démesure égyptienne écrase la mesure grecque ; elle le fait sans une ombre d’effort, — par la présence presque tangible et palpable de l’Au-delà. II n’est pas postulé, cet Au-delà ; il n’est pas montré, démontré, proclamé : il est tout simplement là, présent devant nous, silencieux, immobile et grandiose.

    La vision hindoue est plus articulée ; elle pénètre plus profondément dans la structure du monde caché ; et la cabbale chinoise nous fait entrevoir avec plus de finesse toute la complexité de son agencement ; mais aucune civilisation du passé n’a jamais révélé le grandiose effet global de l’énigme existentielle, comme l’a fait la pensée égyptienne d’autrefois.

    Quel est donc l’instrument qui a produit ce « miracle » égyptien ?

    C’est la mainmise de l’élite égyptienne sur le mystère de la mort, une mainmise absolue, tyrannique et exclusive. Qu’on s’imagine, en outre, un peuple dur, sourd, obstiné ; un peuple qui ne voit rien, ne veut rien voir, si ce n’est ce mystère fascinant, hallucinant…

    C’est ainsi, par la démesure, que le destin forge des miracles…


    • L’Être et sa manifestation : l’Un et le Multiple


    · Leçon du Premier Jour…

    • L’Être en Qui tout est et vit est Un et la Création révèle Sa Manifestation ;
    (c’est pourquoi avant de prendre la feuille de papyrus dans les mains, le Prêtre Égyptien montrait à l’assistance le Disque Solaire, représentant la Divinité par sa Création)

    • L’Un est « un » en lui-même ;
    (la feuille est une en elle-même, c’est pourquoi le Prêtre la montrait en premier lieu ; elle constitue une Unité)

    • L’Un présente d’abord Deux Aspects de Lui-Même ;
    (la feuille, l’Unité, puis une de ses faces qui, jointe à l’Unité, donne Deux ; aussi, le Prêtre montrait-il du doigt la feuille et une face)

    • L’Un présente aussi Trois Aspects de Lui-Même ;
    (la feuille, l’Unité, la première face jointe à l’Unité donnant Deux, puis la deuxième face qui, jointe à la précédente et à l’Unité, donne Trois ; c’est pourquoi le Prêtre montrait successivement la feuille, puis une face, puis l’autre.) (7)

    Là s’arrêtait la leçon du premier jour :

    L’Être de Qui tout procède est Un et « Un » est ce qui Le définit Lui-Même ; L’Un est donc Un mais Deux et Trois en Lui-Même et étant Tel, partout où ce Trois viendra à l’existence, la Pensée de l’Un, Idéation Première, aura force de Loi. (8)


    · Leçon du Deuxième Jour…

    • Dès que l’Un s’exprime, par la Dualité qu’Il contient, Il engendre aussitôt deux manifestations de Lui-Même, deux Unités Triples ;
    (la feuille, une fois pliée en deux, exprime quelque chose d’elle-même ; la pliure marque le premier changement (9) ; la feuille n’est plus laissée telle quelle ; elle présente, ainsi pliée, dans ses deux demi-feuilles, un dédoublement ternaire d’elle-même : chaque demi-feuille devient une Unité en elle-même, comportant, une face — Deux — puis une autre face — Trois ; c’est pourquoi le Prêtre montrait la triple nature de chaque demi-feuille)

    • Contenant deux manifestations Triples de Lui-Même, l’Un voit le Six s’élaborer en Lui ;
    (les deux Ternaires se font face, séparés par la pliure ; c’est pourquoi le Prêtre insistait sur cette position) (10)

    • Le Six s’élabore dans le sein de la Triplicité de l’Un qui porte donc aussi le Neuf en Lui-Même ;
    (les deux ternaires que constituent les deux demi-feuilles font partie de la feuille, de cette Unité déjà Triple en elle-même. C’est pourquoi le Prêtre Égyptien montrait finalement la feuille dans sa triplicité première)

    Là s’arrêtait la leçon du deuxième jour :

    Le Ternaire (le Trois) engendre deux Ternaires qui révèlent la potentialité du Sénaire (le Six) ; L’Un, Premier Ternaire, contenant l’ensemble, montre qu’Il porte en Lui le Nonaire aussi (le Neuf). (11)


    · Leçon du Troisième Jour…

    • Dès que la Triple Nature de l’Un s’exprime, en raison de la Dualité qu’elle recèle aussi (12), Elle devient le Quatre ;
    (la feuille, une fois pliée en deux, présente deux demi-feuilles et quatre faces, les deux recto et les deux verso de chacune d’elles ; c’est pourquoi le Prêtre montrait bien les deux demi-feuilles, une dualité, comportant quatre faces) (13)

    • S’exprimant ainsi, l’Un reste toujours le Un qui réunit le Tout et ce faisant Il devient Cinq ;
    (le nouvel aspect de la feuille n’altère en rien la présence de la feuille-une ; c’est pourquoi le Prêtre Égyptien enrobait d’un geste l’ensemble)

    Là s’arrêtait la leçon du troisième jour :

    Le Trois engendre le Quatre et révèle aussi le Cinq ; Le Ternaire engendre le Quaternaire et révèle en même temps le Quinaire. (14)


    · Leçon du Quatrième Jour…

    • Lorsque l’Un s’est exprimé une fois, Son Expression devient le support d’autres Expressions possibles ;
    (parce que la feuille a été pliée une fois, elle peut maintenant être pliée une deuxième fois mais toute nouvelle apparence qu’elle présentera dorénavant aura comme support initial la première pliure ; c’est pourquoi celle-ci permet au Prêtre de plier encore une fois la feuille.)

    • La Deuxième Expression de l’Un, fondée sur la Première, révèle Huit capacités de manifestation de Sa Nature ;
    (la première pliure montrait quatre faces produites par les deux demi-feuilles ; ce sont ces quatre faces qui, une fois rabattues les unes sur les autres par la deuxième pliure, offrent maintenant huit faces ; c’est pourquoi le Prêtre indiquait bien celles-ci du doigt) (15)

    Là s’arrêtait la leçon du quatrième jour :

    Le Premier Quaternaire devient le fondement du Deuxième Quaternaire lequel, multipliant par deux les Forces du Premier, possède Huit capacités de manifester l’Un.


    · Leçon du Cinquième Jour…

    • La Troisième Expression de l’Un, fondée sur la seconde — elle-même issue de la Première — révèle Seize capacités de manifestation de l’Un ;
    (les huit faces produites par la deuxième pliure offrent, suite à la troisième pliure, seize faces ; c’est pourquoi le Prêtre indiquait celles-ci du doigt) (16)

    Là s’arrêtait la leçon du cinquième jour :

    Le Deuxième Quaternaire — basé sur le Premier — devient le fondement du Troisième Quaternaire lequel, multipliant par deux les Forces du précédent, possède Seize capacités de manifester l’Un. (17)


    · Leçon du Sixième Jour…

    • Quelles que soient les Expressions de l’Un, Son Ultime Réalisation Le ramène vers Lui-Même ; étant Tel, Il révèle le Dix mais au Dix, Il ne tend qu’à être Un ;
    (une fois les trois pliures effectuées, la feuille est dépliée, redevenant l’Unité initiale)

    • Tout symbole représentant le Divin ne peut éviter de révéler la totalité ou une partie de la Loi des Nombres : l’Un dans Sa Triple Nature, engendrant ce qui s’écoulera de Lui ;
    (le Prêtre montre le Disque Ailé, puis les Deux Ailes, l’ensemble impliquant l’Un en Trois; puis il met en évidence la triple série de plumes composant chaque Aile, indiquant par ce geste le Sénaire généré par la Dualité Première; le Sénaire, joint au Disque lui-même — l’Un en tant qu’Unité —, révèle le Septénaire)

    • L’Univers, qui est l’Un en manifestation, reproduit ce qu’est l’Un Lui-Même : le Trois Qui génère le Quatre, formant ainsi le Sept scellant cette Manifestation ;
    (lorsque le Prêtre Égyptien pointe le Centre, il indique l’origine de toutes les Forces ; puis il trace le Cercle en tournant dans le sens positif et constructeur ; enfin il trace un Triangle qui va reproduire dans ce Cercle ce Qui est déjà Triple au Centre : la Nature de l’Un ; puis, se servant de la base du Triangle il trace un carré parce que toutes les Expressions Quaternaires de l’Un se génèrent à partir de ce Triangle. Le Triangle et le Carré symbolisent le Septénaire…) (18)

    Là s’arrêtait la leçon du sixième jour :

    De l’Un surgit le Multiple mais dans le Multiple seul est véritablement l’Un. L’Un est donc un Centre Qui S’extériorise Lui-Même, tissant Son espace à partir de Lui-Même, ceignant ce dernier de Sa Puissance et le marquant du Sceau de Sa Triple Nature ; celle-ci s’exprime par le Quatre qui fonde toutes choses et, ensemble, le Trois et le Quatre — par l’Intelligence du Cinq — sont le Sept, l’Organisation de l’Un ; mais voulant toujours se retrouver Lui-Même, Il poursuit jusqu’au Dix, le Dix de Son exaltation. A Sa périphérie Il comprend Qu’il est toujours Lui-Même et aussitôt tend vers Son Unique Centre, l’Un, le Géniteur des Nombres.


    · Leçon du Septième et Dernier Jour…

    • L’Un extériorise tout de Lui-Même ;
    (l’Unité devant être considérée comme un Centre se déployant lui-même, la feuille de papyrus devait disparaître car, si elle était un support de démonstration, elle n’a pu reproduire véritablement cette extériorisation. L’être humain, fonctionnant à la périphérie et tendant à retourner vers le Centre, ne peut reproduire le phénomène d’une explosion ordonnée, touchant simultanément le Tout alors que le Centre reste intact)

    • Tout ce que l’Un a généré retourne inévitablement à l’Un ;
    (c’est pourquoi le Prêtre Égyptien pointait du doigt le Centre du Disque Solaire, montrant ainsi que seul ce Centre doit être recherché)

    Ainsi s’achevait un premier Enseignement sur la Formation de l’Univers et la Loi des Nombres :

    Si de l’Un naît le Multiple, le Multiple retourne à l’Un. Tout ce qui, né de Lui, vint à l’existence, trouve dans cet inéluctable Retour son Accomplissement. (19)

    Le Prêtre Égyptien terminait cette étude en regardant les élèves longuement et avec une ferme insistance. Tout un cours était concentré dans ce regard si loquace (20) :

    « Que tout soit clair dès à présent ; c’est du Divin Éternel Manifesté qu’il s’est agi ici et de rien d’autre car rien n’est hors de Lui et, en traitant des Nombres, on a traité du Tout, de vous et de moi, et donc uniquement de Lui. » (21)


    • Notes

    (les notes de bas de page seront mis en ligne prochainement)

    * * * *

    L’intégralité du texte contenu dans « La Leçon de l’Égyptien » est extrait de l’ouvrage d’Alexandre Moryason :
    « », Chapitre II, pages 62 à 79.

    * * * *

    Un commentaire pour “La Leçon de l’Égyptien”
    1. InterObjectif dit :

      Ces vives explications viennent Tout juste de m’inspirer une réflexion puisée à la source de l’Énergie créatrice vitale.

      Pour illustrer mes propos, je dirais — en tendant à faire une analogie entre une pièce de théâtre (InterObjectif) et une pièce de monnaie :

      ● La salle du théâtre (les visiteurs d’InterObjectif) est le côté pile de la pièce de monnaie ;
      ● Les coulisses du théâtre ( d’InterObjectif) sont le côté face de la pièce de monnaie ;
      ● La scène du théâtre (l’aspect technologique, matériel et logiciel, d’InterObjectif) est la tranche de la pièce de monnaie ;
      ● La représentation de la pièce de théâtre (la diffusion d’InterObjectif) est la manifestation de la pièce de monnaie ;
      ● Les acteurs et les participants de la pièce de théâtre (les auteurs, les contributeurs, l’administrateur, les éditeurs, et les commentateurs d’InterObjectif) sont tous ensemble l’Esprit de la pièce de monnaie ;
      ● Le réalisateur et le producteur de la pièce de théâtre (le Créateur d’InterObjectif) sont l’Âme de la pièce de monnaie ;
      ● Le théâtre (et les représentation qui y sont jouées) dans son intégralité (la réalité de ce qu’InterObjectif engendre) est l’Unité de la pièce de monnaie.

      Tout est questions de point de vue et de compréhension du réel en somme.

      Voilà ce qu’est véritablement « L’Esprit collectif en action ! », le slogan d’InterObjecif, le blog de nous-les-dieux.org.

      Fraternellement vôtre.

      Dans le cœur de l’action collective évolutionnaire,
      Patrick,
      alias InterObjectif, LeSurHumain, LeTransmuteur, …

    2.  
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