La représentation que nous nous faisons de la matière est une illusion !

Mais le temps est-il aussi une illusion ?

Comme la matière, le temps n’est pas absolu, c’est une perception variable et subjective dépendant des évènements, un concept né de la comparaison que nous faisons entre nos perceptions d’un instant à un autre instant.

Prenons un exemple. Vous êtes à ce moment précis en train de lire cet article. Supposons qu’avant cela, vous ayez pris une collation dans la cuisine. Vous pensez qu’il y a un écart entre le moment où vous étiez dans la cuisine et ce moment-ci. Pour vous, cet écart représente le temps. En fait, votre mémoire a enregistré l’information selon laquelle vous avez mangé dans la cuisine. Ensuite, vous comparez le moment présent avec l’information emmagasinée dans votre mémoire et l’assimilez à la notion de temps. Sans cette comparaison, le concept du temps disparaît et seul existe alors l’instant présent. Si quelqu’un était dépourvu de mémoire, il vivrait uniquement dans le temps présent car son cerveau serait incapable de faire ces interprétations, il ne pourrait pas avoir le sens du temps.

De plus le sens commun n’a jamais été un guide fiable pour comprendre l’univers. Après tout, nous ne ressentons même pas le mouvement de la rotation dans le vide de la terre (alors qu’elle tourne sur elle-même à plusieurs milliers de km par heure) ainsi que sa vitesse de déplacement phénoménale en orbite autour du soleil. Actuellement notre sens de l’écoulement du temps est aussi buté et dogmatique que l’était l’ancien credo de la « Terre Plate ».

Aujourd’hui il est scientifiquement reconnu que le temps est un concept issu de l’arrangement séquentiel défini des mouvements et des changements. Avec l’espace absolu, Einstein renonça au concept du temps absolu – d’un flux de temps constant, invariable, inexorable, universel, s’écoulant de l’infini passé vers l’infini futur. Une grande partie de l’obscurité ayant entouré la théorie de l’évolution provient de la réticence humaine à reconnaître que le sens du temps, comme l’odorat, est une forme de perception. Tout comme l’espace est simplement un ordre possible des objets matériels, le temps est simplement un ordre possible d’évènements. La subjectivité du temps est mieux expliqué avec les propres mots d’Einstein :

« Les expériences d’un individu nous semblent arrangées en une série d’évènements ; dans cette série, les seuls évènements dont nous nous rappelons semblent être ordonnés selon le critère du « plus ancien » ou du « plus récent ». Il existe par conséquent, pour l’individu, un temps Moi, ou un temps subjectif. Ce n’est pas mesurable en soi. Je peux, en effet, associer des nombres avec des évènements, de telle sorte qu’un nombre supérieur est associé avec l’événement ultérieur plutôt que l’événement antérieur. »

D’après la Théorie de la relativité générale, le temps n’est pas absolu. En dehors des séries d’évènements nous servant à le mesurer, le temps n’a pas d’existence indépendante. Einstein établit ce fait scientifiquement dans sa « Théorie de la relativité générale ». La vitesse du passage du temps varie selon la vitesse d’un corps et sa distance avec le centre de gravité. Si la vitesse augmente, le temps se réduit, se contracte, ralentit et semble proche du point d’inertie. Nos rêves peuvent nous aider à comprendre la relativité du temps car dans notre sommeil, nous vivons des situations qui peuvent s’étaler sur plusieurs jours, alors qu’en fait, notre rêve dure à peine quelques minutes voire quelques secondes.

Expliquons maintenant cela avec une expérience imaginée par Einstein :

Prenons deux frères jumeaux. L’un reste dans ce monde et l’autre entreprend un voyage spatial durant lequel il se déplace pratiquement à la vitesse de la lumière. Lorsqu’il revient de l’espace, il découvrira que son frère jumeau est bien plus vieux que lui. La raison étant que le temps passait beaucoup plus lentement pour le frère dans l’espace. On peut imaginer le même exemple avec un père se rendant dans l’espace à bord d’une fusée voyageant à près de 99% de la vitesse de la lumière et le fils restant sur terre.
D’après Einstein, si le père avait 27 ans et le fils trois ans au départ, trente ans après lorsque le père revient sur terre, le fils aurait 33 ans et le père seulement 30 ans.

La relativité du temps n’est pas relatif à l’accélération ou au ralentissement de l’horloge. Il provient du fait que tout système matériel, jusqu’aux particules du niveau subatomique, fonctionne à des rythmes différents en terme de vitesse. Dans un contexte où le temps est ralenti, le rythme cardiaque, la vitesse de division cellulaire et l’activité cérébrale seraient également ralentis. Dans cette situation, l’individu continuerait à mener sa vie comme avant, car il est inconscient du ralentissement du temps.

Le physicien Julian Barbour provoqua récemment un grand remous dans le monde scientifique lors de la parution de son livre intitulé « La fin du temps: La nouvelle révolution en physique » (« The End of Time: The Next Revolution in Physics« ) dans lequel il examine les notions de l’intemporalité et de l’éternité.

Il maintient l’idée selon laquelle « le temps n’existe pas », et que la plupart des problèmes des physiques résultent de supposer que celui-ci existe. Il argue du fait que nous n’avons aucune preuve du passé autre que notre mémoire, et aucune preuve du futur autre que notre croyance à son égard. Le temps est toute une illusion : il n’y a donc aucun mouvement et aucun changement. Selon lui, l’illusion du temps est ce que nous interprétons par ce qu’il appelle des « Maintenants » (capsules du temps), qui sont n’importe quel modèle fixe qui crée ou code un aspect de mouvement, de changement ou de l’histoire.

Voici pour finir la traduction d’un extrait d’un entretien paru dans le magazine Discover avec le physicien Julian Barbour :

Selon Barbour, ce moment et tout ce qu’il contient – moi, vous, la terre et tout le reste au-delà, jusqu’aux galaxies les plus éloignées – ne changeront jamais. Il n’y a ni passé ni futur. En effet, le temps et le mouvement ne sont rien de plus que des illusions. Dans l’univers de Barbour, chaque moment de la vie individuelle – la naissance, la mort et tout ce qu’il y a entre les deux – existe pour toujours. « Chaque instant que nous vivons est par essence éternel », dit Barbour.

Toute configuration possible de l’univers, du passé, du présent et du futur existe séparément et éternellement. Nous ne vivons pas dans un univers unique qui traverse le temps. Mais plutôt, nous – où les nombreuses versions légèrement différentes de nous-mêmes – habitons simultanément une multitude de tableaux statiques éternels qui incluent tout dans l’univers à n’importe quel moment. Barbour appelle chacune de ces configurations possibles de natures mortes un « Maintenant ». Chaque Maintenant est un univers complet, auto-contenu, intemporel, inchangé. Nous percevons à tort les Maintenants comme étant passagers alors qu’en fait chacun d’eux persiste à jamais. Parce que le mot univers semble trop petit pour contenir tous les Maintenants possibles, Barbour inventa un nouveau terme pour cela : « Platonia ». Le terme honore le philosophe grec qui maintenait que la réalité est composée de formes éternelles et inchangées, même si le monde physique que nous percevons à travers nos sens semble être en flux constants.

Il rapproche sa vision de la réalité à une bande de film. Chaque photogramme capture un « Maintenant » possible, qui peut inclure de l’herbe, des nuages dans un ciel bleu, moi, vous perplexe et des galaxies éloignées. Mais rien ne bouge ni ne change dans aucun des photogrammes. Les photogrammes – le passé et le futur – ne disparaissent pas une fois qu’ils ont défilé devant la lentille.

« Cela correspond à la manière dont vous vous souvenez les moments forts de votre vie », dit Barbour.

« Vous vous rappelez sûrement certaines scènes de façon aussi vivante que des photos instantanées. Je me rappelle qu’autrefois très tragiquement je devais me rendre auprès d’un homme qui s’était suicidé. Et je n’ai encore aucun mal à me rappeler la scène, lorsque j’ai ouvert la porte juste là où il gisait en bas des escaliers. Je le voyais là par terre avec son arme et son sang. C’est imprimé dans ma mémoire comme une photographie. De nombreux autres souvenirs prennent cette forme. Les hommes ont des souvenirs visuels forts. Si ce n’est pas simplement un instantané, cela peut être quelques scènes d’un film dont vous vous souvenez. Rappelez-vous peut-être vos souvenirs les plus vivants. Vous n’y pensez pas comme s’ils ne duraient qu’une seconde. Vous les percevez comme des instantanés dans l’oeil de votre esprit, n’est-ce pas ? Ils ne s’effacent pas – ils ne semblent pas avoir de durée. Ils sont là tout simplement, comme les pages d’un livre. Vous ne vous demanderiez pas combien de secondes dure une page. Ca ne dure pas un millième de seconde, ni une seconde ; ça existe c’est tout. »

Barbour attend calmement l’explosion inévitable d’objections.

N’évoluons-nous donc pas d’un photogramme vers un autre ?

« Non, il n’y a pas de mouvement d’un arrangement statique de l’univers vers un autre. Certaines configurations de l’univers contiennent simplement des petites zones de conscience – les hommes – avec des souvenirs de ce qu’ils appellent le passé, qui sont érigées en « Maintenant ». L’illusion du mouvement apparaît parce que de nombreuses versions légèrement différentes de nous – dont aucune ne bouge – habitent simultanément les univers avec des arrangements de la matière légèrement différents. Chaque version de nous voit un photogramme différent – un « Maintenant » unique, immobile et éternel. Mon point de vue est que nous ne sommes jamais le même dans deux instants. »

L’église paroissiale près de la maison de Barbour contient quelques-uns des plus rares muraux en Angleterre. Une peinture achevée aux alentours de 1340 montre le meurtre de Thomas à Becket, l’archevêque du 12ème siècle dont les convictions s’heurtèrent à celles du roi Henry II. Le mural capte l’instant quand l’épée du chevalier fend le crâne de Becket. Le sang gicle de l’entaille. Si la théorie de Barbour est correcte, alors le moment de martyr de Becket existe toujours comme un éternel « Maintenant » dans une certaine configuration de l’univers, ainsi que nos propres morts. Mais dans le cosmos de Barbour, l’heure de la mort n’est pas une fin ; ce n’est que l’un des innombrables composants d’une structure inconcevablement vaste, gelée. Toutes les expériences que nous avons vécues et que nous vivrons sont fixées à jamais, figées comme des facettes cristallines dans un bijou infini, immortel. Nos amis, parents, enfants sont toujours là.

« Nous sommes toujours coincés au sein d’un « Maintenant » », affirme Barbour. Nous ne passons pas à travers le temps. Au lieu de cela, chaque nouvel instant est un univers entièrement différent. Dans tous ces univers, rien ne bouge ni ne vieillit, puisque le temps n’est pas présent. Un univers peut vous contenir vous étant bébé en train de fixer le visage de votre mère. Dans cet univers, vous ne bougerez jamais de cette scène unique immobile. Dans un autre univers, vous serez à jamais à un souffle de distance de la mort. Tous ces univers et de nombreux autres à l’infini, existent de façon permanente, côte à côte, dans un cosmos d’une taille et d’une variété inconcevable. Donc il n’y a pas un vous immortel, mais de nombreux : le nourrisson, le mec cool, le vieux bonhomme. La tragédie – ou peut-être la bénédiction – est qu’aucune version ne reconnaît sa propre immortalité. Aimeriez-vous réellement avoir 14 ans pour l’éternité, à attendre que le cours d’instruction civique se termine ?

Aussi étrange que cette vision d’un monde intemporel puisse paraître, Barbour croit qu’il y a quelque chose d’encore plus d’étrange à méditer, le fait même de notre existence :

« La création et le fait que toutes choses soient… ceci est pour moi le mystère le plus complet. »

« Le fait que nous sommes ici est totalement mystérieux. »


Auteur: LeSurHumain

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