Aussi incroyable que cela puisse paraître, une véritable révolution démocratique et anticapitaliste a lieu en Islande en ce moment même, et personne n’en parle, aucun média ne relaie l’information, vous n’en trouverez presque pas trace sur « Google » : bref, le black-out total. Pourtant, la nature des évènements en cours en Islande est sidérante : Un Peuple qui chasse la droite au pouvoir en assiégeant pacifiquement le palais présidentiel, une « gauche » libérale de remplacement elle aussi évincée des « responsabilités »  parce qu’elle entendait mener la même politique que la droite, un référendum imposé par le Peuple pour déterminer s’il fallait rembourser ou pas les banques capitalistes qui ont plongé par leur irresponsabilité le pays dans la crise, une victoire à 93% imposant le non-remboursement des banques, une nationalisation des banques, et, point d’orgue de ce processus par bien des aspects « révolutionnaire » : l’élection d’une assemblée constituante le 27 novembre 2010, chargée d’écrire les nouvelles lois fondamentales qui traduiront dorénavant la colère populaire contre le capitalisme, et les aspirations du Peuple à une autre société.

Alors que gronde dans l’Europe entière la colère des Peuples pris à la gorge par le rouleau-compresseur capitaliste, l’actualité nous dévoile un autre possible, une histoire en marche susceptible de briser bien des certitudes, et surtout de donner aux luttes qui enflamment l’Europe une perspective : la reconquête démocratique et populaire du pouvoir, au service de la population.

Ci-dessous… deux articles traitant de cette révolution en marche :

Quand l’Islande réinvente la démocratie

Le 16 décembre 2010 par Jean Tosti

Depuis le samedi 27 novembre, l’Islande dispose d’une Assemblée constituante composée de 25 simples citoyens élus par leurs pairs. Son but : réécrire entièrement la constitution de 1944 en tirant notamment les leçons de la crise financière qui, en 2008, a frappé le pays de plein fouet.

Depuis cette crise dont elle est loin d’être remise, l’Islande a connu un certain nombre de changements assez spectaculaires, à commencer par la nationalisation des trois principales banques, suivie de la démission du gouvernement de droite sous la pression populaire. Les élections législatives de 2009 ont amené au pouvoir une coalition de gauche formée de l’Alliance (groupement de partis composé des sociaux-démocrates, de féministes et d’ex-communistes) et du Mouvement des Verts de gauche. C’était une première pour l’Islande, tout comme la nomination d’une femme, Johanna Sigurdardottir, au poste de Premier ministre.

Très vite, le nouveau gouvernement se trouve face à un problème épineux : le règlement aux Pays-Bas et au Royaume-Uni d’une dette de 3,5 milliards d’euros suite à la faillite d’Icesave, banque en ligne dont les opérations étaient tournées principalement vers ces deux pays. Sous la pression de l’Union européenne, à laquelle les sociaux-démocrates souhaiteraient adhérer, le gouvernement fait voter en janvier 2010 une loi autorisant ce remboursement, ce qui reviendrait, pour chaque Islandais, à débourser pendant huit ans une somme d’environ 100 euros par mois. Mais le président de la République refuse de ratifier la loi, dont le texte est alors soumis à un référendum. À plus de 93%, les Islandais votent contre le remboursement de la dette (6 mars), et depuis le problème reste en suspens.

C’est dans ce contexte que l’Islande décide de modifier sa constitution, qui en fait n’a jamais été vraiment rédigée : lorsqu’en 1944 la république avait été proclamée, on s’était contenté de recopier dans les grandes lignes la constitution du Danemark, pays dont l’Islande dépendait depuis plusieurs décennies, en remplaçant simplement le terme de “roi” par celui de “président de la République”. C’est donc une nouvelle constitution qu’il s’agit d’écrire entièrement, et pour cela on a décidé de faire confiance au peuple souverain. Il y a eu d’abord un appel à candidatures (tout le monde pouvait se présenter à l’exception des élus nationaux, à condition d’avoir dix-huit ans révolus et d’être soutenu par au moins trente personnes) auquel ont répondu 522 citoyennes et citoyens. C’est parmi eux qu’ont été élus les 25 constituants.

Ces derniers commenceront à se réunir à la mi-février et rendront leur copie avant l’été. Parmi les propositions qui reviennent le plus souvent, on peut noter la séparation de l’Église et de l’État, la nationalisation de l’ensemble des ressources naturelles et une séparation claire des pouvoirs exécutif et législatif.

Certes, l’Islande n’est qu’un petit pays d’environ 320 000 habitants. Elle donne cependant là une belle leçon de démocratie aux grands États dont la France : songeons que, dans notre pays, la réforme constitutionnelle de 2008 a été entièrement rédigée à l’Élysée, et que les parlementaires ne l’ont adoptée qu’à deux voix près après avoir été soumis pendant des semaines à des pressions intolérables de la part du chef de l’État.

(source: cadtm.org)

Quand l’Islande réinvente la démocratie

l’Assemblée constituante a été élue en novembre

Un jour, il y a quelques mois, un anglais passant par Paris, rencontré à la librairie Lady Long Solo, nous alertait sur la révolution en Islande. Quelle révolution ? On n’en entend parler nulle part. Une rapide recherche google ne donne rien du tout, aujourd’hui, ni en associant le mot « révolution », ni même « crise », où l’on ne trouve que des détails sur la crise financière, effectivement à l’origine de cette révolution, qui a eu lieu en 2008, dans ce pays d’à peine plus de 300 000 habitants, classé au deuxième rang mondial sur l’indice du développement humain, l’IDH, derrière la Norvège, à la veille de cette crise, en 2006.

Confronté alors à la faillite brutale du système bancaire, le peuple était descendu dans la rue. Du jamais vu au pays des jeysers d’eau chaude. La droite avait aussitôt dû céder la place à la gauche. Et, pour commencer, les banques avaient été nationalisées. Notre informateur anglais en avait entendu parler pour les projets législatifs de liberté totale pour internet, tels que des sites anglais pensaient à s’héberger là. Plus encore, il insistait pour parler d’une véritable révolution, sans pouvoir la décrire plus, mais s’étonnant qu’on n’en ait jamais entendu parler.

Cherchant alors avec obstination, on a fini par voir des images du palais présidentiel assiégé par une foule qu’on qualifierait ici sans hésiter d’anarcho-autonome. En plus des drapeaux noirs, on pouvait deviner dans la foule une forte composante de citoyenneté de type écologiste. Et on comprenait que le pauvre malheureux flic, tout seul devant le palais présidentiel, ait rapidement dû se rendre sous la pression de la foule. Celle-ci, néanmoins pacifique, n’usait que de casseroles et autres objets bruyants, selon la méthode argentine du cacerolazo, qui a su s’avérer très payante aussi là-bas.

Le président avait plié bagage. Un nouveau gouvernement s’était institué. Mais, quelques temps plus tard, celui-ci avait la mauvaise idée de proposer le remboursement de la dette des banques vis-à-vis du Danemark ou de la Grande Bretagne. Le peuple est de nouveau descendu dans la rue. Un référendum sur la question était imposé par volonté populaire, et une petite majorité de 93% rejetait l’accord prévu par les gentils gouvernants.
Parmi les informations glanées, cette image saisissante de l’agora dans les bains publics chauds, où le peuple s’assemble tous les matins pour débattre de comment refaire le monde.

Consécration de cette révolution, l’élection d’une Assemblée constituante, le 27 novembre 2010, événement peut-être plus considérable que la nuit du 4 août 1789 où était votée l’abolition des privilèges, dont on ne se serait pas aperçu sans la vigilance de Truks en vrac, de notre ami B.Bec, du Gers, relayant le CADTM, ou de Jean-Luc Mélenchon, qui trouve là une similitude avec ses propres thèses constitutionnalistes, mais ne semble pas voir plus loin que le bout de son nez anti-capitaliste.

Merveille de la désinformation. Un événement aussi considérable qu’une véritable révolution démocratique, telle qu’on n’en a jamais vue en Europe, peut se produire sans que la presse, ni google, ne permettent d’en savoir quoi que ce soit. C’est sûr qu’à l’heure de la consolidation anti-démocratique que vivent la plupart des pays européens, l’exemple islandais ne fait pas vraiment l’affaire de nos régimes policiers, qui montrent là encore leur aptitude à verrouiller rigoureusement la conscience collective.

On aimerait assurément en savoir plus sur cette révolution islandaise. Voilà des mois que Paris s’éveille rêve de téléporter sa rédaction pour un reportage approfondi au pays des chasseurs de baleines et d’utopie. S’immerger dans les bains chauds de la révolution démocratique fait certes envie, surtout vu du cœur de notre hiver sécuritaire.

Il faut s’imaginer les 25 « simples citoyens » qui vont plancher sur la constitution idéale. Le souffle de l’humanité devrait se retenir. Où l’on verra probablement qu’il n’est pas difficile de faire mieux que toutes les figures de pseudo-démocraties qui se sont déclinées jusqu’ici sur les cinq continents.

Cet article se voudrait un appel à qui aurait plus d’informations sur cette extraordinaire histoire islandaise. On peut m’écrire à: michelsitbon@gmail.com, et je relayerai avec plaisir. Un dossier sur la révolution islandaise tente de rassembler les articles qu’on peut trouver sur le sujet.

(source: parisseveille.info)

23 commentaires pour “Révolution pacifique en Islande, black-out des Médias !”
  1. InterObjectif dit :

    Une dédicace spéciale à Huguette, grand mère québécoise de son état et surtout première traductrice française « anonyme » du « Manuel du Nouveau Paradigme », qui nous a transmis ces informations. ;-)

  2. dit :

    Au Sujet de l’idée d’une Assemblée Constituante, pour ceux et celles qui n’en ont jamais encore entendu Parler, nous vous recommandons Vivement cet . :-)
    Amitiés à toutes et à tous.
    A+,
    Hugues ;-)

  3. InterObjectif dit :

    Egypte: Un nouvel esprit de fierté nationale (YouTube)

    Pendant que la bataille des Égyptiens pour leur avenir politique est lancée, le changement social, lui, balaie déjà le pays.

  4. sunshine dit :

    Bonsoir à tous,
    Je viens ici vous parler d’un sujet sur lequel je vibre intensément : l’Égypte.
    Je ne sais pas si vous êtes sensible à ce sujet mais si vous le suivez un minimum, voici quelque liens pour mieux comprendre ce qui se passe là-bas.
    « We are all Khaled Said » est un groupe sur facebook ou des infos sont partagés par des égyptiens qui sont là-bas et par des gens de toutes les nationalités, pratiquement en temps réel (en anglais par contre).
    « Al Jazeera English: Live Stream » (images en live du Caire).
    Bien sûr il y a plusieurs sources, mais je vous conseille de comparer ce que disent les médias et ce que disent les gens. Il y a une grosse différence.

    • InterObjectif dit :

      Je sais c’est du déjà vu mais je ne m’en lasse pas…
      Extraits de l’interview de Wafa Sultan (psychologue américano-arabe) sur Al Jazeera le 21 février 2006 :

      Wow, elle est vraiment débordante d’énergie cette femme !!!
      http://interobjectif.net/wp-content/uploads/egypte-2006-02-21_wafa_sultan.flv.jpg
      (les sous-titres francophones sont une traduction des sous-titres anglophones du MEMRI)

      Voici une bien meilleure traduction de ses paroles historiques et prémonitoires :

      Wafa Sultan : Le conflit auquel nous assistons n’est pas un conflit de religions ou de civilisations. C’est un conflit entre deux opposés, entre deux époques. C’est un conflit entre une mentalité qui appartient au Moyen-Âge et une autre qui appartient au 21ème siècle. C’est un conflit qui oppose la civilisation au retard, ce qui est civilisé à ce qui est primitif, la barbarie à la raison. C’est un conflit entre la liberté et l’oppression, entre la démocratie et la dictature. C’est un conflit entre les droits de l’Homme d’une part, la violation de ces droits de l’autre. C’est un conflit qui oppose ceux qui traitent les femmes comme des animaux à ceux qui les traitent comme des êtres humains. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui n’est pas un conflit de civilisations. Les civilisations ne s’affrontent pas ; elles se complètent.

      (…)

      Animateur : Si je comprends bien, vous dites que les événements actuels représentent l’opposition de la culture occidentale au retard et à l’ignorance des musulmans ?

      Wafa Sultan : Oui, c’est ce que je dis.

      (…)

      Animateur : Qui a inventé le concept de conflit de civilisations ? N’était-ce pas Samuel Huntington ? Ce n’était pas Ben Laden. J’aimerais évoquer le sujet, si vous voulez bien…

      Wafa Sultan : Les musulmans sont les premiers à avoir employé cette expression. Ce sont les musulmans qui ont déclenché le conflit des civilisations. Le Prophète de l’islam a déclaré : « J’ai reçu l’ordre de combattre ceux qui ne croient pas en Allah et en son Messager. » En divisant la population entre musulmans et non-musulmans et en appelant à combattre les autres jusqu’à ce qu’ils adoptent leurs propres croyances, les musulmans ont ouvert le conflit et déclenché la guerre. Les ouvrages et programmes islamiques regorgent d’appels au takfir et au combat des infidèles.
      Mon collègue a déclaré qu’il n’offense jamais autrui dans ses croyances. Quelle civilisation au monde l’autorise à donner aux autres des appellations qu’ils ne se sont pas choisies eux-mêmes ? Une fois, il les appelle « Ahl Al-Dhimma », une autre fois « le Peuple du Livre » ; une autre fois encore, il les compare à des singes et des porcs, où il appelle les chrétiens « ceux qui éveillent la colère d’Allah ». Qui vous a dit qu’ils sont le « Peuple du Livre » ? Ils ne sont pas le Peuple du Livre ; ils sont le Peuple de nombreux livres. Tous les ouvrages scientifiques utiles que vous possédez aujourd’hui sont à eux ; c’est le fruit de leur libre pensée et de leur créativité. Qui vous donne le droit de les appeler « ceux qui éveillent la colère d’Allah » ou « les égarés », pour venir ensuite raconter que votre religion vous défend d’offenser les croyances d’autrui ?
      Je ne suis ni chrétienne, ni musulmane, ni juive. Je suis un être humain laïque. Je ne crois pas à surnaturel, mais je respecte le droit d’autrui à y croire.

      Dr Ibrahim Al-Khouli : Etes-vous hérétique ?

      Wafa Sultan : Appelez-moi comme vous voudrez. Je suis un être humain qui ne crois pas au surnaturel…

      Dr Ibrahim Al-Khouli : Si vous êtes hérétique, il ne sert à rien de vous faire des reproches, vu que vous avez blasphémé contre l’islam, contre le Prophète et le Coran…

      Wafa Sultan : C’est un problème personnel qui ne vous concerne pas.

      (…)

      Wafa Sultan : Mon frère, vous pouvez croire aux pierres tant que vous ne me les lancez pas dessus. Vous êtres libre d’adorer qui vous voulez, mais les croyances des autres ne vous regardent pas, qu’ils croient que le Messie est Dieu, fils de Marie, ou que Satan est Dieu, fils de Marie. Laissez les gens croire en ce qu’ils veulent.

      (…)

      Wafa Sultan : Les Juifs ont derrière eux la tragédie de l’Holocauste et ont [néanmoins] obligé le monde à les respecter au moyen de leur savoir, non de leur terreur ; [ils ont forcé le respect du monde] par leur travail, non en pleurant et en criant. L’humanité doit la plus grande partie des découvertes et de la science des 19ème et 20ème siècles aux scientifiques juifs. 15 millions de personnes, éparpillées à travers le monde, se sont unies pour gagner leurs droits grâce à leur travail et à leurs connaissances. Nous n’avons pas vu un seul Juif se faire sauter dans un restaurant allemand. Nous n’avons pas vu un seul Juif détruire une église. Nous n’avons pas vu un seul Juif protester en commettant des meurtres. Les musulmans ont transformé en décombres trois statues de Bouddha. Nous n’avons pas vu un seul bouddhiste réduire en cendres une mosquée, tuer un musulman ou incendier une ambassade. Seuls les musulmans défendent leurs croyances en brûlant des églises, en tuant, en détruisant des ambassades. Cette façon de faire ne donnera aucun fruit. Les musulmans doivent se demander ce qu’ils peuvent faire pour l’humanité avant d’exiger que l’humanité les respecte.

      • Larry dit :

        Putain de curés, d’imams, de rabbins, etc. !
        Quand une religion ralentit ses saloperies, il y en a une autre qui accélère !
        À bas l’idée même de Dieu, les pervers sadiques s’en emparent.

        • InterObjectif dit :

          Holà, doucement Larry !
          Ce n’est pas parce que certains s’arrogent à tort le droit de dicter leurs lois au nom de Dieu dans le but inavoué d’obtenir du pouvoir sur autrui que l’on doit en réaction renier ce qui EST la Source de la Création qui nous a engendrés, ainsi que Tout ce qui existe !

      • Mohamad dit :

        Cette femme doit prendre le temps de comprendre la religion qu’elle critique, je lui dis juste que ceux qui ont un savoir en religion ne se trouve pas à « Al Jazeera » ou dans une autre chaine, le débat se fait à l’université Madame, dans un lieu de savoir… pas un lieu de pouvoir.
        Salam.

      • Milouone dit :

        Concernant Wafa Sultan !
        Un peu bizarre… elle revendique sa laïcité puis commence à encenser les « juifs »
        Son discours sonne juste au début puis on remarque tout de suite l’avis d’une « soi-disant » laïque sioniste.
        Comme dans chaque peuple il y a des bons et des mauvais… mais ceux qui dirigent le monde sont mauvais et ils sont principalement des juifs.
        Les juifs ont été trompés par leur « prêtres » il y a des siècles tout comme nous les chrétiens.
        Dieu est en tout mais certainement pas dans le cœur de ces gens. ;-)
        Malheureusement comme le dise certains experts… la libération des peuples arabes va se faire au profit d’Israël.
        De plus avec Fukushima… désastres et séismes font que chaque personne ne peut se concentrer sur chaque bouleversement et les « mauvais » en profitent pour reprendre quelques lopins de terre en Palestine.

        • Northman dit :

          Est-ce dire que reconnaître les bons coups des juifs (dont je ne suis pas, je suis athée), c’est forcément être sioniste ? Cela me semble assez réducteur et fort peu judicieusement dénué de nuances.

          • Michelc dit :

            Dans ma classe, il y a une affiche qui dit :
            « Rapproche-toi de ceux qui cherchent la vérité, éloigne-toi de ceux qui l’on trouvée. »

            Je n’ai pas de problème avec les croyances religieuses, je suis de croyance cheyenne, j’ai des problèmes avec le fanatisme et l’intégrisme religieux. Les islamistes ne sont pas mieux que les sionistes ni que les intégristes chrétiens du « far west » américain ou même des témoins de Jévovah. Ces gens participent tous du principe de vérité unique et verticale, et d’étroitesse de vue. Dans le passé, et malheureusement aujourd’hui, cela génère malheurs et massacres, je ne vois pas en quoi cela pourrait plaire à un éventuel dieu tel que les croyants se l’imaginent. 

  5. sunshine dit :

    Excellente analyse de la situation !
    Effectivement c’est un problème qui transcende les religions… merci pour ce partage. ;)

    Égypte : si nous perdons la bataille, chacun de nous sera arrêté, harcelé, torturé…

  6. [...] This post was mentioned on Twitter by Heather, Sainte-Nance. Sainte-Nance said: Cachez cette démocratie que je ne saurai voir ou pendant ce temps en Islande : http://bit.ly/hxsbiK [...]

  7. Obamakote dit :

    La vraie police qui verrouille les consciences, c’est les média. C’est pourquoi les riches et puissants les achètent pour les orienter dans leur direction. Le cinéma box-office est un incroyable stimulant pour consommer toutes ces choses dernier cri qu’utilisent les comédiens. Il fait la morale, il fait rêver à des vies impossibles, etc… La grande presse bourre les cerveaux des lecteurs de pensées toutes faites pour emplir les vides entre les annonces. Vivent les « feuilles de chou » !
    Tous comme les Juifs, qui ne cessent dans la Bible de massacrer leurs ennemis avec la bénédiction de Yahvé, les Chrétiens ont fait aussi bien que les Nazis comme génocides en Amérique. Certains musulmans tardent à appliquer la tolérance demandée par le Prophète à l’égard des autres religions (monothéistes ?). Les califes s’entouraient de mathématiciens, de ministres, de poètes de toutes les religions, en particulier de Juifs. Le problème principal de l’Islam, c’est qu’il n’admet pas la séparation du religieux et du politique. C’est pourtant une condition sine qua non à la paix, et de la tolérance.

  8. Ulysse dit :

    Un article pour mettre un peu d’eau dans votre vin révolutionnaire (trouvé sur Google, alors pour le black-out…) :
    La « révolution démocratique » en Islande tient du fantasme

    • InterObjectif dit :

      Et alors Ulysse, où est le problème ? Tu as lu l’article en entier ou tu n’as « flashé » que sur le titre ?
      L’article repris ici est intitulé « Révolution pacifique en Islande, black-out des Médias ! », et il date de quelques temps déjà. Tu as vu et tu vois des infos sur ce sujet pourtant européen dans les médias traditionnels ? NON !!!
      Ce qui contrarie Rue89 dans cet article (au demeurant intéressant), c’est que cette révolution en cours ne soit pas typiquement anti-capitaliste et n’est pas encore terminé !!! Le sous-titre de l’article est d’ailleurs « S’il a choisi des solutions originales après l’effondrement de son économie, le pays n’est pas devenu un paradis anticapitaliste. »
      Voir également, au sujet de la « dérive gauchiste » possible de ce site, un article trouvé justement sur Rue89 :
      « Rue89 se gauchise au point d’en perdre toute objectivité »
      Tiens, voici un autre article, paru lui aussi sur Rue89 :
      Les Islandais se rebellent contre la haute finance internationale
      Une révolution n’a pas besoin d’être foncièrement anti-capitaliste pour exister, l’actualité des dernières semaines dans les pays nord-africains nous démontre tout le contraire !!!
      Vas donc faire ton « troll » ailleurs, si tu n’as rien d’autres d’intéressant à ajouter sur le sujet !

  9. InterObjectif dit :


    Référendum sur la loi sur l’accord Icesave du 9 avril 2011.

    Une décision présidentielle contestée

    Le 20 février dernier, le président de la République d’Islande Olafur Ragnar Grimsson annonçait l’organisation d’un référendum sur la nouvelle loi sur l’accord Icesave, votée par l’Althing, chambre unique du parlement, 4 jours auparavant par 44 voix (sur 63 députés). La décision du chef de l’Etat a surpris les Islandais et choqué certains membres de la classe politique. Des voix se sont élevées pour protester contre ce que certains considèrent comme une opposition au Parlement, organe pourtant dépositaire de la volonté nationale. La Premier ministre Johanna Sigurdardottir (Parti de l’alliance social-démocrate) s’est déclarée « déçue » de la décision d’Olafur Ragnar Grimsson. « Nous avions anticipé que le président de la République signerait la loi sur l’accord Icesave, celui-ci a été approuvé à la majorité du Parlement et il n’est pas commun qu’un chef de l’Etat s’oppose à un accord adopté à une telle majorité ». Elle a ajouté qu’il y avait peu de chance que le Royaume-Uni et les Pays-Bas soient prêts à renégocier le texte signé. « La décision du président Grimsson de soumettre la loi sur l’accord Icesave à un référendum va entrainer un blocage de l’économie, un recul de la capacité de l’Etat à assurer les prêts financiers et une augmentation du chômage » a indiqué l’économiste Gudmundur Olafsson, à l’université de Reykjavik.
    Seuls les leaders du Parti de l’indépendance, principal parti de l’opposition, Bjarni Benediktsson, et du Parti du progrès, Sigmundur David Gunnlaugsson, ont approuvé la décision du chef de l’Etat. 

    Ce référendum est le deuxième organisé sur ce sujet. Le 6 mars 2010, une écrasante majorité d’Islandais (93%) avait rejeté la première loi sur l’accord Icesave votée fin décembre 2009. A l’époque, le président avait en partie justifié son recours par l’article 26 de la Constitution et l’organisation d’une consultation populaire par la nécessité d’obtenir une meilleure offre de la part des autorités britanniques et néerlandaises.
    Le chef de l’Etat considère indispensable l’approbation de ses compatriotes. « Le président pense que si la majorité du parlement était opposée à la majorité de la population, il se devrait alors d’écouter la population » a déclaré la politologue Stefania Oskarsdottir.
    Selon une enquête réalisée par l’institut MNR8 pour l’association Andriki, plus de 6 Islandais sur 10 (62,1%) étaient favorables à l’organisation d’une nouvelle consultation populaire sur la loi sur Icesave. En outre, 42 000 personnes ont signé la pétition mise en ligne le 21 février dernier par l’organisation Samstada (qui signifie unité) demandant un rejet du nouvel accord.
    Le nouveau référendum sur la loi sur l’accord Icesave se tiendra le 9 avril prochain. 

    La nouvelle loi sur l’accord Icesave

    Les difficultés des banques islandaises ont commencé au début de l’année 2008. Peinant à s’approvisionner en liquidités, la Landsbanki a créé la banque en ligne Icesave qui, s’appuyant sur les taux d’intérêt islandais (élevés), promet une forte rémunération à ses déposants et attire de nombreux Britanniques et Néerlandais. Mais le système s’effondre à l’automne 2008 et l’Islande se retrouve en situation de faillite économique. Les banques du pays, qui avaient engagé près de 10 fois le PNB islandais (à la fin de l’année 2007, les actifs des 3 banques nationalisées par la suite représentaient 923% du PNB du pays selon le Fonds monétaire international), ne peuvent plus financer leurs opérations ni rembourser leurs créanciers ou leurs déposants. Le 29 septembre 2008, la banque Glitnir, en faillite, est nationalisée ; les 5 et 6 octobre, c’est au tour de ses homologues Kaupthing et Landsbanki. Ces 3 établissements – les plus importants de l’île –, représentaient environ 85% du système bancaire.
    Mais l’histoire ne s’arrête pas là. L’Islande, ruinée, se retrouve redevable d’une lourde dette envers le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Le pays doit rembourser 3,8 milliards € (soit 40% du PIB national et environ 12 000 € par habitant) à plus de 320 000 citoyens britanniques et néerlandais qui, en 2008, ont vu disparaître toutes les économies qu’ils avaient confiées à la banque en ligne Icesave. Une partie (85%) de cette somme est récupérable par les actifs de la banque en faillite mais pas avant un certain laps de temps. Avec les intérêts, la somme totale que les Islandais doivent honorer s’élève à environ 2 milliards €. 

    Le 14 novembre 2008 sous la contrainte de l’Union européenne, le gouvernement islandais, s’est engagé à indemniser les 320 000 clients d’Icesave dans la limite de 20 887 € par personne. Le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont partiellement indemnisés leurs compatriotes et se sont ensuite tournés vers les autorités islandaises pour se faire rembourser. Le 5 juin 2009, un accord est signé entre l’Islande et le Royaume-Uni et les Pays-Bas par lequel l’Etat islandais s’engage à apporter sa caution à un emprunt représentant 3,8 milliards €, remboursable en 15 ans à un taux d’intérêt de 5,5% (les premiers remboursements ne sont pas prévus avant 7 ans). Le texte comprend également des garanties afin que les remboursements n’empêchent pas le redressement économique de l’Islande et stipule que la garantie de l’Etat ne pourra s’étendre au-delà de 2024 (elle devra être renégociée si les paiements se poursuivent après cette date). Ce dernier amendement provoque la fureur du Royaume-Uni et des Pays-Bas comme celle du FMI qui cesse alors ses versements à l’Islande. Un nouveau texte qui supprime la limite de 2024 est donc soumis à l’Althing fin 2009 ; il est ratifié dans la nuit du 30 au 31 décembre par une courte majorité (33 voix, contre 30). 
    Mais le président Olafur Ragnar Grimsson refuse de promulguer cette loi et convoque un référendum le 6 mars 2010. Une grande majorité des Islandais (93%) rejette alors l’accord. Les négociations reprennent entre les trois Etats et débouchent sur un nouveau texte voté le 16 février dernier par le Parlement.

    La nouvelle loi sur l’accord Icesave comprend plusieurs nouvelles mesures : 
    – les actifs de la banque Landsbanki ont été réévalués. La somme restant à payer s’élève donc aujourd’hui à 47 milliards de couronnes islandaises (293 millions €, soit 900 € par habitant). La somme était, il y a un an, trois fois supérieure ;
    – la période de remboursement a été étendue jusqu’en 2046 ;
    – les taux d’intérêt ont été diminués, passant de 5,5% à 3,2% en moyenne. Reykjavik devra verser au total 3,9 milliards €, dont 1,3 milliard à La Haye (taux d’intérêt de 3%) et 2,6 milliards à Londres (taux d’intérêt de 3,3%).
    Le nouvel accord comprend également des mesures garantissant que les remboursements ne dépasseront jamais 5% des recettes du gouvernement islandais.

    Les Islandais penchent pour le « oui »

    Les enquêtes d’opinion anticipent une victoire du « oui » au référendum du 9 avril prochain. Un sondage réalisé fin février dernier pour le quotidien Frettabladid et la chaîne de télévision numéro 2 révèle que 61,3% des Islandais s’apprêtent à voter en faveur de l’adoption de la nouvelle loi sur l’accord Icesave. Un gros tiers (38,7%) déclarent qu’ils rejetteront le texte. Trois personnes interrogées sur dix (29,6%) se montrent toujours indécises. 

    L’agence de notation Moody’s a déclaré qu’une victoire du « non » pourrait avoir pour conséquence un abaissement de la note de crédit de l’Islande. « Si l’accord est rejeté, nous déclasserons sans doute la note de l’Islande à Ba1 ou au-dessous compte tenu des répercussions négatives qui s’ensuivraient pour la normalisation économique et financière du pays » peut-on lire dans un communiqué publié par l’agence. En revanche, Moody’s a annoncé que si le « oui » sortait victorieux du référendum et que le nouvel accord était donc approuvé, elle relèverait sans doute la note actuelle de l’île (Baa3) qui passerait de négative à stable.
    Certains politiques affirment également qu’un nouveau « non » pourrait pousser le Royaume-Uni et les Pays-Bas à saisir le Tribunal de l’Association européenne de libre-échange (AELE), une menace que d’autres (dont la députée européenne Eva Joly (Europe écologie), ancienne conseillère du procureur spécial chargé de l’enquête sur la crise bancaire qui dévasté l’Islande) considèrent sans fondement juridique.
    Enfin, la consultation populaire conditionne en partie la question de l’adhésion à l’Union européenne de l’Islande, candidat officiel depuis le 17 juin 2010. Une enquête d’opinion publiée en janvier dernier montrait que 65,4% des Islandais souhaitaient que les discussions en vue de l’intégration de leur pays au sein des Vingt-sept (qui ont débuté le 27 juillet 2010) se poursuivent.
    Les sympathisants du Parti de l’indépendance sont les seuls à souhaiter majoritairement l’arrêt du processus de négociation en cours. Les 2/3 des proches du parti d’extrême gauche du Mouvement de gauche-Les Verts (67,2%) sont favorables à la poursuite des pourparlers quand bien même leur leader Steingrimur Sigfusson y est opposé.

    Corinne Deloy -- Fondation Robert Schuman -- 14 mars 2011

    La Fondation Robert Schuman, créée en 1991 et reconnue d’utilité publique, est le principal centre de recherches français sur l’Europe. Elle développe des études sur l’Union européenne et ses politiques et en promeut le contenu en France, en Europe et à l’étranger. Elle provoque, enrichit et stimule le débat européen par ses recherches, ses publications et l’organisation de conférences.

    Le point une semaine avant le scrutin

    Le 20 février dernier, le président islandais Olafur Ragnar Grimsson annonçait l’organisation d’un référendum sur la nouvelle loi sur l’accord Icesave. Cette décision a choqué une partie de la classe politique et des médias, et de nombreux Islandais. « Le temps des négociations Icesave est passé » titrait le quotidien Frettabladid au lendemain de cette annonce. « Le président est devenu un acteur politique, mais pas le symbole d’unité que le peuple pensait qu’il devait être » écrivait son rédacteur en chef, Olafur Stephenson.
    Le référendum du 9 avril est le deuxième organisé sur l’accord Icesave. Le premier, qui s’est tenu le 6 mars 2010, avait vu une très large majorité d’Islandais (93%) rejeter la première loi sur l’accord Icesave qui avait été votée par le parlement fin décembre 2009.

    Etablissement en ligne créé par la banque Landsbanki, Icesave, qui promettait d’importantes rémunérations en s’appuyant sur des taux d’intérêt élevés, avait attiré de nombreux Britanniques et Néerlandais (environ 320 000 personnes). A l’automne 2008, le système financier de l’Islande s’effondre et le pays se retrouve en situation de faillite économique ; la banque Landsbanki est donc nationalisée. Reykjavik est alors redevable d’une énorme dette (3,8 milliards €, soit environ 12 000 €/habitant, représentant 40% du PIB national) envers le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Un accord entre les trois pays est signé en 2009 mais rejeté par la population le 6 mars 2010 lors du référendum convoqué par le président de la République.
    La 2ème loi sur l’accord Icesave, votée le 16 février dernier, comprend de nouvelles mesures :
    – les actifs de la nouvelle Landsbanki, banque créée sur les ruines de l’ancien établissement, ont été réévalués (il est admis désormais que celle-ci peut couvrir sur ses actifs propres 75% de la dette totale). La somme restant à payer s’élève à 47 milliards de couronnes islandaises (293 millions €, soit 900 €/habitant). Le montant de la dette était, il y a un an, trois fois supérieur ;
    – la période de remboursement a été étendue : elle ne débutera qu’à partir de 2016 et pourra s’étaler sur une période de 30 ans. Cela donne à l’Islande le temps de gérer la crise socio-économique actuelle sans être pénalisée par les remboursements ;
    – les taux d’intérêt ont été abaissés, passant de 5,5% à 3,2% en moyenne. Reykjavik devra verser au total 3,9 milliards €, dont 1,3 milliard à La Haye (taux d’intérêt de 3%) et 2,6 milliards à Londres (taux d’intérêt de 3,5%).
    Le nouvel accord comprend enfin une clause de garantie d’Etat qui conditionne les remboursements à la performance économique de l’Islande : ceux-ci ne pourront dépasser 6% de la progression du PIB islandais.

    Au fur et à mesure que le 9 avril approche, l’avance du « oui » (crédité de 61,3% des suffrages fin février) se réduit. Ainsi, l’enquête d’opinion réalisée par l’institut Market and Media Research (MMR) et publiée le 17 mars par le magazine Business News Weekly révèle que 52% des Islandais s’apprêtent à voter en faveur de l’adoption de la nouvelle loi sur Icesave tandis que 48% déclarent qu’ils la rejetteront. Moins d’un quart des personnes interrogées (23,1%) restent indécises. Les Islandais vivant dans la région de Reykjavik et les plus diplômés se montrent les plus favorables au texte.
    La majorité des sympathisants du Parti du progrès, parti centriste agrarien dirigé par Sigmundur David Gunnlaugsson, s’apprêtent à rejeter la loi. Dans le quotidien Morgunbladid, l’ancien Premier ministre (1991-2004), David Oddson (Parti de l’indépendance), a également émis le souhait d’une victoire du « non » au référendum, estimant que le rejet du texte obligerait le gouvernement dirigé par Johanna Sigurdardottir (Parti de l’alliance social-démocrate) à convoquer de nouvelles élections législatives.

    Un sondage réalisé fin mars par l’institut Capacent Gallup pour le groupe Afram crédite le « oui » de 56% et le « non » de 44%. Il montre que 70% des proches du Parti du progrès penchent pour un rejet de la loi tout comme 42% des sympathisants du Parti de l’indépendance. En revanche, 80% des proches du Parti de l’alliance social-démocrate sont favorables à l’adoption du texte.

    La loi sur l’accord Icesave devrait être acceptée par le peuple islandais le 9 avril prochain.
    La participation sera un élément déterminant dans l’issue du référendum. L’an dernier, 54,50% des Islandais s’étaient rendus aux urnes pour la première consultation populaire organisée dans le pays depuis 1944.

  10. InterObjectif dit :

    Le Président de la République d’Islande lutte pour la dignité et la justice.

    A propos du référendum islandais du 9 avril 2011, par Werner Wüthrich.

    « Le fait que le peuple soit le juge suprême de la validité des lois est au cœur de la Constitution islandaise. » (Ólafur Ragnar Grimsson, Président de la République d’Islande)

    Il y a une année déjà, le gouvernement islandais avait conclu avec la Grande-Bretagne et les Pays-Bas un accord concernant le remboursement avec l’argent des contribuables des dettes des banques privées suite à la crise financière. A l’époque déjà, le Président de la République Ólafur Ragnar Grimsson y avait mis son veto et imposé la tenue d’un référendum. En mars 2010, le peuple islandais s’était nettement opposé au projet par 93% de « non ».
    Dernièrement, le Président a de nouveau refusé de signer la loi controversée, qui a entre-temps été quelque peu amendée, si bien qu’un nouveau référendum va avoir lieu le 9 avril.

    L’Islande est une île de l’Atlantique comptant 340.000 âmes. Elle possède de grandes pêcheries. Ses habitants pratiquent un peu l’agriculture et ont d’importants élevages d’ovins. Ils accueillent en outre de plus en plus de touristes qui apprécient les beaux paysages de l’île et ses sources d’eau chaude. Cela leur permet de vivre assez confortablement.

    Voici quelques points d’histoire : Les vikings venus de Norvège peuplèrent l’île il y a 1100 ans. L’Islande a longtemps appartenu au Danemark. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle fut occupée par les américains qui y installèrent une base. En 1944, elle proclama son indépendance. Dans un passé récent, il y eut souvent des conflits de pêche (« guerre de la morue ») avec l’Allemagne, la Norvège et la Grande-Bretagne qui auraient voulu limiter les droits de pêche. L’Islande est membre de l’AELE mais pas de l’UE. Depuis 2000, elle a frappé par ses taux de croissance élevés, mais la raison n’en était pas le produit de la pêche : il se trouve que les trois grandes banques de l’île ont joué un jeu très risqué et transformé le pays, dans le contexte global, en une place financière. Elles ont attiré des capitaux de l’épargne étrangers avec des taux d’intérêt excessifs et ont effectué avec cet argent des investissements très risqués dans le monde entier, avec succès dans un premier temps. Les banquiers se posèrent en hommes « modernes » et « ouverts » et rompirent avec les traditions de leur banque et de leur profession.

    Grandeur et décadence

    Ces trois grands établissements firent ce que de nombreuses banques américaines et européennes faisaient également, mais contrairement à ces dernières, les banques islandaises ne purent pas s’appuyer sur un gouvernement fort et sur une puissante banque centrale qui les sauverait en cas de crise en leur injectant des milliards. Et ce qui devait arriver arriva. Ces trois établissements s’effondrèrent à la suite de la crise financière. Ce sont des fonds spéculatifs étrangers qui ont déclenché la catastrophe en attaquant massivement et à plusieurs reprises la monnaie islandaise. (cf. l’ouvrage d’Ásgeir Jónsson, chef économiste de la Kaupthing Bank, intitulé « Why Iceland ? »)

    Les directeurs de banque, qui sont les principaux responsables de la débâcle et qui ont empoché de juteux bonus dans les années fastes, ont dû abandonner leur poste. Certains ont quitté le pays. Une commission d’enquête parlementaire a rédigé un rapport de 2000 pages qui cite un petit groupe de quelque 30 banquiers et membres du gouvernement comme étant les principaux responsables de la catastrophe. Le peuple n’a pas réélu le gouvernement, lequel a été remplacé par une coalition composée de socialistes et de Verts.

    La Suède, la Norvège et la Pologne ont promis leur aide. Le FMI a également promis un crédit de 2,1 milliards de dollars. En tout, le pays s’est vu promettre quelque 7 milliards d’euros et a dû s’engager à rembourser ses dettes sur une très longue durée. Le Premier ministre britannique Gordon Brown n’a pas arrangé les choses en prétendant que le pays était lié à des organisations terroristes, prétexte à « geler » les avoirs étrangers des banques islandaises. Cet « acte de piraterie » (selon les termes des Islandais) a suscité une vive indignation. Depuis circulent sur Internet des images représentant des enfants, des femmes, des pêcheurs, des paysans et des personnes âgées qui veulent montrer que les Islandais ne sont pas des terroristes.

    Nouveau cap politique et « restructuration » des banques

    L’Islande est membre de l’AELE depuis des décennies et a toujours fait preuve d’indépendance en matière d’intégration européenne. L’actuel gouvernement socialo-Verts a opéré un changement de cap radical. Il s’est fixé pour objectif d’adhérer à l’UE d’ici deux ans et d’adopter l’euro aussi rapidement que possible.

    Les trois banques islandaises qui se sont effondrées pendant la crise ont été restructurées, comme on dit dans le jargon spécialisé. En réalité, on n’a pas assisté à un effondrement proprement dit. Les guichets sont restés ouverts et les distributeurs automatiques de billets ont continué de fonctionner. L’ancienne Banque Haupthing, qui avait une filiale à Genève, s’appelle aujourd’hui Arion et appartient à ses créanciers surtout étrangers, essentiellement des banques. L’ancienne Glitinir s’appelle aujourd’hui Islandsbanki et est également en la possession de créanciers, étrangers avant tout.

    En revanche, la Landsbanki et sa filiale en ligne Icesave ont été nationalisées. Aussi l’Etat, c’est-à-dire les contribuables, répond-il de leurs dettes. C’est là qu’est le problème aujourd’hui. Au cours de ces dernières années, Icesave avait attiré quelque 340.000 épargnants étrangers – avant tout des Britanniques et des Néerlandais – avec des taux d’intérêts à deux chiffres (placements « high yield »). Les banquiers investirent imprudemment une bonne partie de cet argent dans des placements douteux de la finance globale et essuyèrent, comme d’autres banques, des pertes importantes. Aujourd’hui, ces dettes représentent environ 40% du produit national. Il s’agit maintenant de s’acquitter de cette montagne de dettes. Les épargnants hollandais et britanniques n’étaient pas disposés à attendre des années. Leurs gouvernements leur ont garanti leurs « économies » selon le droit de leur pays. Ils ont accordé au gouvernement islandais un crédit de quelque 4 milliards d’euros pour satisfaire aux demandes des épargnants ou spéculateurs britanniques ou néerlandais. Mais maintenant les deux gouvernements exigent que l’Islande paie des intérêts et remboursent ces crédits par tranches. Cela représenterait pour chaque Islandais – sans les intérêts – l’équivalent de 15.000 francs suisses.

    Le 30 décembre 2009, le Parlement islandais a adopté une loi qui règle les modalités de remboursement. Les intérêts devaient être de 5,5% et le remboursement devait s’étendre jusqu’en 2024. Le montant des tranches dépendrait de l’évolution économique du pays. Cependant cette loi n’est jamais entrée en vigueur.

    Opposition de la société civile

    L’association In Defence a organisé des manifestations de natures très diverses. En janvier 2010, elle a allumé autour du domicile du Président des feux de Bengale visibles de loin qui marquaient leur opposition à la politique du Parlement : La population doit-elle être rendue collectivement responsable des dettes privées des banques alors qu’elle n’y est pour rien ?

    L’opposition était également dirigée contre la personne du Premier ministre britannique Gordon Brown qui avait placé l’Islande sur la liste des pays terroristes afin de pouvoir saisir les avoirs des filiales britanniques de la Landsbanki, maintenant nationalisée.

    Le mouvement In Defence a récolté en quelques jours 62.000 signatures pour une pétition demandant au Président de la République de ne pas signer la loi sur Icesave. Magnus Arni Skulason, cofondateur et porte-parole de l’association In Defence, a déclaré ceci : « Avec les seuls intérêts que nous devrions payer selon la loi sur Icesave, nous pourrions financer le système de santé pendant 6 mois. » Le président de la République Ólafur Ragnar Grimsson a accédé à la demande de la population et a appelé à un référendum. « Le fait que le peuple soit le juge suprême de la validité des lois est au cœur de la Constitution islandaise. Aussi ai-je décidé, conformément à la Constitution, de confier au peuple la décision concernant cette loi contestée. »

    Questions en suspens

    Dans le cadre du référendum, la population a débattu de questions fondamentales concernant la crise financière. Ce débat a été public et non, comme dans d’autres pays, réservé à quelques milieux élitaires. Est-il moralement justifié d’exiger des contribuables qu’ils remboursent les dettes de banques privées envers des spéculateurs étrangers ? Dans ces circonstances, les promesses et les garanties faites par l’Etat ne sont-elles pas immorales et anticonstitutionnelles ?

    340.000 Britanniques et Hollandais avaient ouvert un compte de manière impersonnelle en Islande par le biais d’Internet et obtenu un taux d’intérêt allant bien au-delà de 10%. Pourquoi n’endossent-ils pas la responsabilité de leur acte ? Ceux qui spéculent ainsi doivent s’attendre à perdre éventuellement leur argent. Est-il moralement et légalement justifié de reporter ce risque sur l’Etat et donc sur les contribuables ? N’est-ce pas une invitation à continuer de spéculer selon la devise : « Si ça ne marche pas, il y aura toujours quelqu’un pour me rendre mon argent. »

    La cheffe du gouvernement islandais Jóhanna Sigurdardottir et des milieux financiers ont essayé de détourner le peuple de voter « non » : Ils ont prétendu que les progrès économiques de l’année précédente étaient en péril et que le refus de la loi était « un jeu dangereux ». La population ne s’est pas laissé intimider. 93% des citoyens ont refusé la loi sur Icesave en mars 2010 dans une quasi-unanimité impressionnante.

    Situation actuelle

    Depuis, le gouvernement a négocié avec Londres et La Haye un nouvel accord prévoyant des conditions un peu plus favorables : Les remboursements s’échelonneraient entre 2016 et 2046. Les taux d’intérêt serait inférieurs. Les Pays-Bas obtiendraient 1,3 milliard à un taux annuel de 3% et la Grande-Bretagne 2,6 milliards à 3,3%. Le gouvernement islandais, qui voudrait adhérer à l’UE et rester un membre bien vu de la communauté financière globale, plaide avec force en faveur du nouveau « deal » qu’il considère comme plus favorable que le premier. Il estime qu’un « non » annulerait la reprise économique, affaiblirait le gouvernement et empoisonnerait les relations diplomatiques. En outre, les dettes devraient être remboursées dans la mesure du possible avec l’argent de la banque nationalisée Islandsbanki. Le Parlement a déjà donné son feu vert. Des sondages indiquent que le « oui » a cette fois plus de chances.

    Ce nouveau « deal » est certes financièrement un peu plus favorable que le précédent, mais il n’élimine pas les objections fondamentales d’ordre moral, au contraire. Les politiques islandais ne reportent-ils pas tout simplement le remboursement sur la prochaine génération, qui est encore moins responsable de la débâcle financière que l’actuelle ? Comment peut-on imposer des remboursements douteux à des individus qui sont encore mineurs aujourd’hui ou ne sont pas encore nés et qui ne peuvent pas se défendre ? Est-ce que les responsables ne sont pas en réalité les investisseurs privés et les banques qui ont spéculé sur des rendements anormalement élevés et ont perdu leur argent ? Est-il justifié de leur venir en aide avec l’argent des contribuables ? Cela fait-il partie des missions de l’Etat ? Ces questions de principe ne se posent pas seulement en Islande mais également dans d’autres pays. Seulement, dans ces derniers, on ne peut pas se prononcer sur la question.

    Le président de la République d’Islande Ólafur Ragnar Grimsson a donc mis son veto pour la seconde fois après que 61.000 des 340.000 habitants aient signé leur pétition contre le nouveau « deal ». La consultation populaire aura lieu le 9 avril 2011. Grimsson est devenu le héros des jeunes, l’avocat des enfants à naître qui lutte pour la dignité et la justice.

  11. InterObjectif dit :

    Icesave : le «non» a encore gagné en Islande !

    Le nouveau projet d’accord sur le remboursement de 3,9 milliards d’euros réclamés par Londres et La Haye après la faillite de la banque Icesave en 2008, a été rejeté par les Islandais à l’occasion d’un référendum le samedi 9 avril 2011. Selon des résultats encore partiels, le «non» l’emporterait – une nouvelle fois – avec plus de 55% des voix.

    Pour la seconde fois en un an, les Islandais étaient appelés à se prononcer sur l’accord Icesave encadrant le remboursement par l’Islande de la Grande-Bretagne et des Pays-Bas, dont les citoyens avaient été spoliés par la faillite de la banque islandaise en ligne. Quelque 340.000 Britanniques et Néerlandais avaient alors perdu leur épargne.

    Selon les premiers chiffres officiels portant sur 70% des bulletins dépouillés, le «non» l’emporterait avec 57,7 % des voix, contre 42,3 % pour le «oui». Pour les partisans du «non», rien n’oblige les citoyens islandais à assumer financièrement la dette d’une banque privée. Ceux qui soutiennent l’accord pointent les effets désastreux d’un vote négatif en terme d’image pour l’Islande.

    Le gouvernement, qui a fait campagne pour le «oui», a fait part de sa déception. Johanna Sigurdardottir, Première ministre du gouvernement de coalition, a déclaré que le résultat était un «choc». Le Parlement islandais avait également soutenu le projet d’accord qui était plus favorable à l’Islande que la première mouture du texte rejetée à une écrasante majorité (93% des voix) en mars 2010. Ce dossier, outre les tensions qu’il génère avec les gouvernements britannique et néerlandais, suscite également un large débat politique en Islande.

    (source: rfi.fr)
  12. InterObjectif dit :

    Islande : NON et encore NON !

    Le 9 avril 2011, les Islandais ont refusé, à près de 60%, de payer pour assumer les erreurs de ceux qui ont conduit leur pays dans l’abîme. Ils ont une nouvelle fois refusé par référendum l’accord Icesave, qui prévoit que l’État indemnise les centaines de milliers d’épargnants britanniques et néerlandais ayant perdu de l’argent lors de la faillite de cette banque en ligne en 2008. Ils ont donc confirmé le premier « non » prononcé en mars 2010, ce qui agace au plus haut point tout à la fois le gouvernement islandais, les gouvernements britannique et néerlandais, l’Union européenne, les banquiers et les promoteurs de la mondialisation néolibérale. Tous ces hauts responsables ne voient aucun inconvénient à ce qu’une banque en ligne nommée Icesave propose des taux mirobolants pour attirer les clients, que des citoyens britanniques et néerlandais attirés par la promesse de gains faciles y investissent en toute connaissance de cause, que Londres et La Haye viennent éponger les pertes de ces spéculateurs quand une crise de grande ampleur éclate provoquant la faillite de la banque concernée, puis que ces gouvernements se retournent contre l’Etat islandais pour qu’il prenne en charge les 3,9 milliards d’euros qu’ils ont dépensés, et que la première ministre islandaise soit d’accord pour imposer cette purge à son pays. Fort heureusement, le peuple islandais a une nouvelle fois dit non.

    Avouons que les mines défaites de ceux qui pensaient que le peuple allait accepter l’inacceptable ont été assez jubilatoires. Le Royaume-Uni et les Pays-Bas, « très déçus », reprendront la procédure judiciaire devant l’Autorité de surveillance de l’Association européenne de libre-échange (AELE). Selon le ministre néerlandais des Finances : « Le temps des négociations est terminé, l’Islande demeure dans l’obligation de rembourser, la question relève désormais des tribunaux. » Du côté du gouvernement islandais : « Le résultat du référendum n’affectera pas le début des versements par la société Landsbanki Islands hf. [maison-mère d’Icesave] aux créanciers prioritaires -- y compris les autorités britanniques et néerlandaises. » Le peuple s’est exprimé, il est maintenant instructif de suivre le niveau de respect de cette décision. Mais pour comprendre comment l’Islande en est arrivée là, un retour en arrière s’impose.

    Du paradis à l’enfer

    Vue de l’extérieur, l’Islande, qui figurait au premier rang pour l’indice de développement humain du PNUD en 2007, loin devant des pays d’orthodoxie néolibérale comme les États-Unis, la France ou le Royaume-Uni, semblait être un petit paradis. Avec une espérance de vie parmi les plus élevées au monde, un chômage quasi inexistant, les conditions de vie difficiles des populations du tiers-monde paraissaient bien loin pour les 320.000 Islandais. Pourtant, la dette publique du pays était montée en flèche à partir de 2003, date de l’achèvement de la privatisation des banques. Au cours des dernières années, il est clair que le recours à des emprunts à court terme s’est multiplié.

    Aujourd’hui, dans ce petit pays qui vit de la pêche à la morue, d’un peu d’aluminium, de tourisme, de quelques moutons et de beaucoup de géothermie, plus d’un tiers des ménages est surendetté. En phase avec l’idéologie dominante, le gouvernement avait incité les familles à devenir propriétaires de leur logement. Mais la catastrophe guettait. Depuis les années 1980, tous les prêts étaient indexés sur les prix, mais pas sur les salaires. La dévaluation de la monnaie islandaise (krona, en français couronne) de 50% en 2008 et une inflation à deux chiffres allaient pousser les Islandais dans le précipice.

    Désormais, Reykjavik rencontre des soucis comparables à ceux des capitales situées au bas du classement du PNUD : manque de liquidités, négociations difficiles avec des créanciers intraitables, primes de risque très élevées, notation dégradée par les agences comme Fitch ou Standard & Poor’s, intervention du FMI, prêteur en dernier ressort.

    Tout a commencé avec un système financier ayant comme priorité absolue la libre circulation des capitaux, suite à la révolution néolibérale des années Reagan-Thatcher au virage des années 1980. Partout où elle fut appliquée, les inégalités se sont creusées.

    L’Islande a elle aussi participé à cette tendance forte, notamment à partir de 1999 où le gouvernement islandais a commencé à privatiser le secteur bancaire.

    Déjà, lors de la mini-crise de 2006, Fitch annonçait la dégradation de la dette publique islandaise et les agents boursiers comparaient la situation de l’Islande à celle de la Thaïlande en 1997 ou de la Turquie en 2000. C’était la première alerte.

    Les trois principales banques islandaises (Kaupthing, Glitnir, et surtout Landsbanki à travers sa filiale Icesave), privatisées en 2003, ont rapidement trouvé leur place dans le monde de la grande finance. Leurs activités principales avaient lieu à Londres, au Luxembourg et dans les pays scandinaves. Rapidement, ces trois banques s’étaient dotées de fonds hautement spéculatifs. La City de Londres, totalement dérégulée, était leur terrain de jeu préféré.

    Dans un souci de recherche effrénée de bénéfices pour les actionnaires, elles ont profité de ce qui ressemble fort à du laxisme organisé dans le contrôle bancaire pour pouvoir investir sur les marchés financiers mondiaux sans garde-fou.

    La population islandaise étant insuffisante pour générer un chiffre d’affaires de taille internationale, ces banques ont cherché à élargir leurs activités à l’étranger, en proposant des comptes courants en devises étrangères, rémunérés, dans d’autres pays dont le Royaume-Uni (octobre 2006) et les Pays-Bas (mai 2008). Après la mini-crise de 2006, les agences de notation ont alors fait pression pour que les banques diversifient leur base de financement.

    Le marché a bien répondu à leur offre, vu que les comptes courants sont rarement rémunérés dans les banques européennes. Devant ce succès, entraînant une augmentation de leurs propres réserves, ces banques se sont trouvées dans la possibilité d’offrir des prêts alléchants, toujours indexés sur les devises fortes.

    Suivant la logique bancaire jusqu’au bout, elles ont placé le reste de leurs réserves dans des produits financiers étrangers divers, y compris ceux qui se montreront par la suite les plus risqués et les plus nocifs.

    Deux fléaux : la crise et le FMI…

    La crise frappe alors et, le 6 octobre 2008, les banques islandaises hypertrophiées s’effondrent. À ce moment-là, leurs dettes s’élèvent à 10 fois le PIB du pays. L’État n’a pas les moyens de les renflouer, puisque leurs besoins dépassent largement ses capacités. Pour éviter une panique bancaire, les gouvernements britannique et hollandais acceptent de dédommager leurs ressortissants détenteurs de comptes dans des banques islandaises. Mais ces gouvernements présentent la facture (3,9 milliards d’euros en tout, soit 2,6 pour le Royaume-Uni et 1,2 pour les Pays-Bas) à l’Islande ! Paradoxe de la situation, le chiffre de la population islandaise est inférieur au nombre des 400.000 comptes concernés.

    Le jour même du déclenchement de la crise, le FMI envoie une mission sur l’île. Le 24 octobre 2008, il fait son retour en Europe de l’Ouest avec un accord de prêt de 2,1 milliards de dollars (ratifié le 19 novembre), faisant de l’Islande le premier pays occidental à recourir à une telle aide depuis un quart de siècle. Le financement s’étalera sur deux ans, avec un versement immédiat de 830 millions de dollars. Huit autres tranches de 160 millions de dollars suivront. Le prêt sera remboursé par les Islandais entre 2012 et 2015.

    Le chef de la mission du FMI précise que l’Islande devra trouver quatre milliards supplémentaires : « Pour la période de deux ans, le paquet d’aides est d’environ six milliards de dollars dont quatre milliards provenant d’autres pays ». Les pays du Nord de l’Europe (la Finlande, la Suède, la Norvège et le Danemark avec 2,5 milliards de dollars) et la Pologne complètent cette somme.

    Comme toujours avec le FMI, en contrepartie, l’Islande s’engage à appliquer un « programme de redressement » de son économie, par des mesures immédiates, à court et moyen terme. Ce programme très contraignant implique des efforts significatifs de réduction des dépenses, autrement dit une cure d’austérité. Le geste le plus humiliant pour les islandais est, dès le début de la crise, le gel des avoirs des banques islandaises par le Royaume-Uni dans le cadre juridique d’une « loi anti-terroriste », mettant l’Islande dans la liste des pays « terroristes » pour Londres. Le pays sera retiré de cette liste le 15 juin 2009.

    Tout juste cinq ans après avoir privatisé ses trois banques, en septembre 2008, le gouvernement islandais se trouve obligé de reprendre 75% de la banque Glitnir. Le mois suivant, il renationalise Kaupthing et Landsbanki. En février 2009, Glitnir est totalement renationalisée sous son ancien nom « Islandsbanki ». Le processus est très clair : avant 2003, comme ces banques faisaient des profits colossaux, il fallait qu’elles soient privatisées, mais dès qu’elles ont plongé dans le rouge, l’État a été sommé de les récupérer, d’assumer leur charge, d’emprunter lourdement pour faire face aux échéances, puis de les reprivatiser au plus vite sans oublier de réformer son économie dans un sens néolibéral pour faire payer la facture par la population islandaise. Voilà comment le peuple paie pour les lourdes erreurs des banquiers !

    Les réactions ne manquent pas. Tous les samedis, durant plusieurs mois, la population a manifesté contre les mesures d’austérité qui impliquent notamment des attaques très dures contre le système de protection sociale et contre les retraites, entraînant par exemple la fermeture d’hôpitaux.

    Sous cette pression, le Premier ministre annonce en janvier 2009 la tenue d’élections anticipées pour le 9 mai. Les islandais ne se satisfont pas de cette proposition. Le samedi 24 janvier, rassemblés comme chaque week-end depuis seize semaines, ils réclament le départ du gouvernement. Deux jours plus tard, le Premier ministre, issu du parti de l’Indépendance, formation de centre-droit qui partageait le pouvoir avec le parti social-démocrate depuis mai 2007, annonce la démission immédiate de son gouvernement.

    Un gouvernement intérimaire est formé jusqu’aux élections, le 25 avril 2009, qui voient arriver à la tête du pays une coalition formée par le parti social-démocrate et le parti gauche-verts. Le 16 juillet 2009, l’Islande dépose officiellement sa candidature à l’Union européenne.

    Icesave : non une fois !

    Le 30 décembre 2009, l’Althingi (Parlement islandais) vote de justesse la loi dite « Icesave », en accord avec les exigences des pays demandeurs, qui entérine le remboursement de 3,9 milliards d’euros à la Grande-Bretagne et aux Pays-Bas. Cela revient à payer environ 100 euros par habitant et par mois pendant huit ans pour la faillite d’une banque aux investissements très hasardeux. La population manifeste son désaccord en exigeant, par une pétition et plusieurs jours de « casserolades » devant le parlement, que le Président Olaf Ragnar Grimsson ne promulgue pas la loi. Ces manifestations permettent aussi la sensibilisation d’une partie de la population sur les méfaits du monde financier.

    Devant la pression de la rue, démontrant que les peuples en mouvement peuvent se faire entendre, le président refuse de signer, appelant, dans le cadre de l’article 26 de la Constitution islandaise, à un référendum contraignant pour le gouvernement.

    Le 6 mars 2010, avec une forte mobilisation, 93% des islandais rejettent l’accord, ce qui oblige les ministères des Finances des trois pays concernés (Islande, Royaume-Uni et Pays-Bas) à reprendre les négociations. Depuis, les trois délégations se rencontrent très régulièrement à Londres, dans une atmosphère volcanique de chantage.

    En parallèle, se tiennent les pré-négociations pour l’adhésion à l’Union européenne, qui a tenu à lier les deux types de discussions. Malgré les demandes répétées du gouvernement islandais de dissocier les différentes négociations, pendant cette période il subit des pressions très fortes pour avancer dans le sens voulu par les créanciers. Donnant donnant…

    Bien que le FMI se défende de considérer le règlement de ce litige comme condition au versement, ses États membres décident de geler la troisième tranche (160 millions de dollars), pour finalement débloquer son versement le 9 avril 2010. Après le FMI, la Suède, la Norvège, la Finlande et le Danemark annoncent le déblocage de la seconde tranche de leur prêt bilatéral.

    Le 17 juin 2010, jour anniversaire de ses 66 ans d’indépendance, l’Islande obtient le statut de candidat officiel à l’Union européenne.

    Les négociations avec Londres et La Haye aboutissent, le 8 décembre 2010, à un nouvel accord, supposé plus acceptable par la population. Le taux d’intérêt est ramené à 3,3% pour la part britannique et 3% pour la part hollandaise, au lieu de 5,5%, et la durée de remboursement allongée de huit à trente ans (entre 2016 à 2046, au lieu de 2024). La liquidation des actifs de Landsbanki est mieux prise en compte.

    Le 10 janvier 2011, le FMI annonce avoir débloqué la cinquième tranche de son prêt à l’Islande, pour un montant de 160 millions de dollars. Les termes de ce nouvel accord sont débattus devant l’Althingi le 16 février 2011 et votés à 44 voix pour, 13 contre et 3 abstentions.

    Pour la majorité des parlementaires, il s’agit là d’une taxe à payer pour faire la paix avec la « communauté internationale », plaire au FMI, aux agences de notation, avoir à nouveau accès aux marchés financiers mondiaux et faciliter les négociations d’adhésion à l’UE.

    Et non deux fois !

    Mais, le 20 février, le Président de la République décide l’organisation d’un nouveau référendum populaire, faisant suite à une nouvelle pétition de plus de 40.000 signatures. La Première ministre islandaise, Johanna Sigurdardottir, se permet alors de déclarer : « C’est décevant. Nous avions anticipé que le Président allait signer l’accord sur Icesave […] L’accord a été approuvé à la majorité au Parlement et ce n’est pas commun qu’un Président s’oppose à un accord adopté à une telle majorité », ajoutant que, selon elle, il y a « peu de chance que la Grande-Bretagne et les Pays-Bas soient prêts à renégocier cet accord ». Pourtant, et heureusement, le peuple se prononce donc une deuxième fois pour le non.

    Depuis une indépendance à l’égard du Danemark un peu hâtivement négociée en 1944, la question de réécrire la Constitution, encore largement basée actuellement sur celle du Danemark, a été plusieurs fois soulevée. La crise « Icesave » semble avoir précipité ce débat sur la place publique islandaise. Le Parlement décide alors, en accord avec le programme électoral, la création d’une Assemblée constituante en vue de mener ce projet à terme. Le 27 novembre 2010, vingt-cinq membres sont élus par vote populaire parmi plus de cinq cents candidats.

    Peu de temps avant que cette Assemblée commence à délibérer, l’élection des membres a été invalidée par la Cour suprême islandaise pour vices de procédure. Fin février 2011, l’Assemblée constituante est transformée en Conseil constitutionnel, composé des mêmes personnes précédemment élues. Elle devrait faire ses propositions d’ici au mois de juin 2011.

    À cause de cette crise systémique du capitalisme, l’Islande est descendue en 2010 à la dix-septième place du classement du PNUD selon l’indice de développement humain. Elle souffre d’une blessure sociale et économique profonde, qui a laissé un nombre important de chantiers de construction inachevés et probablement pour longtemps, une inflation importante, un surendettement des foyers et un taux de chômage élevé. Au moment de leur nationalisation, les trois banques ont licencié en urgence 20% de leurs salariés.

    D’après le Rapport mondial sur les salaires 2010/11 de l’Organisation internationale du travail sur les politiques salariales en temps de crise, le salariat islandais est le plus durement frappé, avec une baisse moyenne des salaires de 8% en 2009 faisant suite à une baisse de 4,9% en 2008. Un sondage fait apparaître qu’un tiers de la population envisage de quitter le pays.

    Reste aussi une immense frustration parmi la population qui admet mal que la dizaine de responsables dorme toujours tranquille. Les banquiers et les hommes d’affaires islandais, sous investigation criminelle en Islande, sont encore actifs dans le monde bancaire, certains sont même devenus conseillers financiers à Londres, au Luxembourg ou au Canada.

    Les Islandais n’acceptent pas qu’un banquier puisse amasser une fortune considérable en faisant prendre des risques démesurés à la société entière puis en fasse payer le prix à l’État et aux citoyens. Comme le disait William K. Black : “La meilleure façon de voler une banque est d’en posséder une”. (“The best way to rob a bank is to own one”, 2005) Ils sont convaincus que l’on peut trouver suffisamment d’argent dans les avoirs des banques pour payer les dégâts occasionnés. Ils ne comprennent pas pourquoi les responsables de la crise n’ont pas été mis hors d’état de nuire : la plupart des dirigeants des grandes puissances et des grandes banques ayant mené l’économie dans cette impasse n’ont pas été inquiétés, même s’ils sont parfaitement identifiés. Ils ne comprennent pas non plus pourquoi les règles du jeu n’ont toujours pas été changées au niveau international, alors que les conséquences sur les conditions de vie des populations, qui sont les principales victimes de la crise, se dégradent durablement. Pour l’instant, les coupables ont réussi à faire payer le prix aux victimes. Où est la justice sociale ?

    Les biens nationaux continuent à être bradés à des sociétés étrangères. L’Islande est le septième producteur mondial et le deuxième producteur européen d’énergie géothermique. En 2010, la chanteuse islandaise Björk, soutenue par la députée européenne Eva Joly, a mené une campagne contre le projet de rachat quasi intégral de la compagnie publique HS Orka, productrice d’énergie géothermique, par la multinationale canadienne Magma Energy Corp. Sans succès. Les groupes extérieurs à l’Espace économique européen (EEE) n’étant pas autorisés en Islande à posséder un producteur d’électricité, Magma a utilisé une filiale en Suède pour cette acquisition. Depuis fin 2010, Magma détient donc 98.53% de HS Orka.

    Mobilisations populaires, référendums refusant les diktats des créanciers, l’actualité islandaise a de quoi donner un peu d’espoir. Mais pas de quoi être euphorique. En effet, malgré ces quelques rebondissements, il n’est pas raisonnable, comme certains l’ont fait, de parler d’une révolution en marche. Ce mouvement social n’est pas actuellement de nature à remettre en cause l’adhésion aux principes du libre marché, du néolibéralisme et de l’orthodoxie économique. Les élections n’ont pas vraiment changé la donne : le capitalisme est toujours aussi structurellement dominant qu’il l’était avant la crise. L’élite restreinte de l’île est toujours bien en place. L’élection de l’Assemblée constituante n’a pas réellement suscité des passions : seulement 36% des inscrits se sont déplacés aux urnes pour sélectionner ses membres. Et, malgré une forte participation aux pétitions et aux manifestations, la crise « Icesave » n’a pas stimulé un intérêt démesuré pour la politique de la part des Islandais, ni un désir particulier de faire tomber le système qui les a ruinés.

    Les sondages récents montrent que plus de la moitié des citoyens ne souhaitent pas s’engager dans une aventure politique. Mais si une nouvelle Constitution réellement progressiste peut sortir de ce processus, malgré la lassitude constatée parmi les citoyens islandais, cela peut être un vrai pas dans la bonne direction.

    Par Yvette Krolikowski, Mike Krolikowski, Damien Millet

    (source: cadtm.org)
  13. Tommy dit :

    AH enfin l’homme se lève, vous voulez parler de réinventer le monde, c’est à moi qui faut parler. Vous voulez vivre libre c’est encore à moi qui faut parler. Qui je suis, je suis votre intuition. Jamais l’homme ne sera heureux de vivre sous une loi quelquonque décidé par un autre. La vrai nature de l’homme est la bonté. Pour vivre heureux il faut retrouver notre terre mère en santé et vivre de sa richesse en abondance. Le maginifique plan A de la nature est que tous devons faire de son mieux dans la société une heure par jours de bénévolat. Si tous demain matin peux donner cette énorme tache à sa société il retrouva sa noblesse dans la sagesse. AMEN

  14. bée bée dit :

    Vous ne croyez pas à la censure ? Celle-ci est de taille ! Alors continuez à bien regarder les « informations »…

    Un bel exemple de courage !!!! Dépêchons nous à le regarder car très souvent ce genre de reportage est vite censuré.

    Un reportage artisanal sur les évènements qui ont secoué l’Islande et qui ont fait l’objet d’un black-out médiatique complet, car c’est très dérangeant. :)

    Faites suivre un maximum.

    Urgent, à diffuser, en parler, c’est le moment ou jamais !

    Il faut diffuser cette vidéo et parler autour de soit de ce qui se passe en Islande. Ce qui se passe est historique et j’espère que la contagion gagnera le reste du monde soit-disant libre. Cette vidéo est la preuve que nous pouvons changer les choses et je remercie Peter de « The Plot 911 » de l’avoir mise en ligne. C’est par soucis de maximisation de sa diffusion que je me permet de la mettre à nouveau en ligne.

  15.  
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